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DES

INTENDANTS DES MONTS-DE-PIÉTÉ,

TOUCHANT

LES DROITS DE TROIS DENIERS POUR LIVRE PAR MOIS QUE LE ROY ET
SON CONSEIL ONT TROUVÉ BON QUE LESDITS MONTS REÇOIVENT
A L'OUVERTURE DE LEUR ESTABLISSEMENT, SUR CE
QUE LES NÉCESSITEUX Y VOUDRONT PORTER

VOLONTAIREMENT,

A L'EXEMPLE DES MONTS ESTABLIS EN PLUSIEURS ENDROITS
DE LA CARESTIENTÉ, PAR L’APPROBATION

DES PAPES ET CONCILES.

A PARIS.

Chez FRANÇOIS PREUVERAY, rue de la Grande-Bretonnerie ,

proche la porte Saint-Jacques.

1643.

On fait estat qu'il faudra dans Paris quatre Monts-dePiété, à cause de la grandeur de la ville et du nombre des nécessiteux;

Que chaque bastiment avec ses magasins, soit fait ou à faire, coustera pour le moins cinquante mille escus, dont l'intérest montera pour chaque maison à six mille livres par an, qui sont 24,000 livres.

Les extraordinaires despences qu'il faudra faire en chaque bastiment (de voûtes de pierre, de portes et volets de fer pour les garantir de vol et de feu) monte

ront pour le moins à cinquante mille livres, dont l'intérest, pour les quatre Monts, reviendra à 20,000 livres.

Les réparations de chaque Mont monteront pour le moins á mille livres par an, 4,000 livres.

Le chaufage et les flambeaux pour les officiers monteront pour le moins á mille livres par an pour chaque Mont, qui font 4,000 livres.

Les ustenciles nécessaires de fer, de cordage, poids, papier, parchemin, laque, cire, oublie, plume, encre, ficelle , etc. , reviendra pour chaque Mont à mille livres, qui sont 4,000 livres.

Le salaire des officiers de chaque Mont montera pour

le moins à soixante mille livres par an, qui sont 240,000 livres.

L'intérest de cinquante mille livres qui demeurent tout le long de l'année inutile dans les caisses montera à 80,000 livres.

Le prest gratuit d'un escu pour chaque pauvre, à deux cent soixante et un jours ouvriers de l'an, à quatre cens pauvres par jour, montent pour les quatre Monts à 313,200 livres.

La somme totale est 689,200 livres.

Maintenant, pour trouver cette somme cy-dessus (que personne ne donne aux Monts et qu'il faut ménager sur un fonds certain), il s'ensuit nécessairement qu'il faut que les Monts de Paris prestent par an sur gages cinq millions de livres, lesquels peuvent rendre, à raison de trois deniers pour livre par mois, la somme de 750,000 livres, et à ce compte le revenant bon de chaque Mont seroit de 10,455 livres la première année.

Mais on doit considérer en ce calcul le certain et l'incertain, les despences et les déboursemens nécessaires, qui inonteront infailliblement à 689,200 livres ;

Et qu'il n'y a point de certitude que les Monts presteront par an la somme de cinq millions de livres , qui est le fond nécessaire pour les indemniser.

L'incertitude visible qu'il y a qu'une somme déterminée se puisse prester tout entière, comme celle cydessus ou quelqu'autre de ceste importance, a tousjours esté la raison fondamentale qui a meu les Papes, Conciles , Roys et princes catholiques, d'approuver que les droicts qu'on prend soient plus grands à l'ouverture des Monts qu'après quelque temps de leur establissement, afin de rendre leurs intendans capables de satisfaire tout au plus tost qu'il se peut à ces premières grandes et inévitables despences, les obligeant toutesfois à rendre compte de temps en temps de leur administration à des protecteurs qui sont leurs juges, et qui pourront régler mesme de la première année, le revenant bon, pour la diminution de ces premiers droicts en faveur du public ou des pauvres, et en continuer le rabais jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucun autre revenant bon que ce qui est nécessaire pour les frais des Monts et salaire des officiers, comme il a esté expliqué plus amplement dans les imprimés qui ont précédé celuy-cy.

Tous les Monts-de-Piété qui ont esté establis par argent pris å intérest ont eu leur commencement de ceste sorte , comme paroist par plusieurs actes imprimez sous l'adveu des Roys et princes catholiques, qui ont tousjours recogneu par la suite qu'ils n'avoient pas sujet de se repentir d'un si bon et si pieux establissement, d'autant que, par ce moyen, ils ont esloigné des terres de leur obéissance les Juifs, Lombards et autres qui tiennent des banques de prest, et qui extorquoient des nécessiteux des interests si monstrueux qu'ils surpassent de beaucoup les sommes prestées, ce qui se prati

que encore tous les jours dans Paris. Et qui sçait si on n'en fait point de mesme aux autres villes, où on fait payer l'interest de deux en deux mois par advance, qui est autant qu'intérest sur intérest, et qui monte par un redoublement de sept fois à plus de cent pour cent, veu qu'on exige outre cela des trois sols d'enregistrement de chaque gage, et encore six deniers pour livre lorsqu'on les vend; sans mille autres exactions : friponneries indignes qui se commettent dans ces bureaux, et qui se prouvent par les plaintes de tous ceux presque qui y ont affaire.

Or, quoyque Sa Majesté ait eu les mesmes sentimens que ces autres princes touchant les Monts-de-Piété, et qu'elle en ait jugé l'establissement très utile à ses sujets, et qu'en cette considération il luy ait pleu en faire expédier des lettres patentes et les adresser à ses parlemens, quoyqu'on y procède sur le mesme pied, la mesme méthode, les mesmes principes et les mesmes fins de tous ces autres qui ont attiré sur eux et attirent encore tous les jours les bénédictions de tant de peuples, si est-ce que des approbations illustres n'ont pas peu les mettre à couvert de la médisance, non plus que de l'envie, qui persécute tousjours plus les bonnes choses dedans leur commencement que dedans leurs progrez, et qu'une infinité d'usuriers leur attribuent leur propre crime, désespérez de ce qu'ils viennent les détruire , jugeant bien qu'ils ne sauroient rien trouver de plus propre pour les rendre odieux aux gens de bien que ce qui les fait eux-mesmes l'horreur et l'abomination de tous les hommes.

Avec ce dessein ils sement parmi le peuple de faux bruits que ces Monts seront des monts d'impiélé, des retraites de Juifs et de Lombards.

On a trouvé qu'il estoit nécessaire de protester contre ces calomnies et impressions injurieuses, et d'en appeller au jugement de tous les gens d'honneur, et principalement à ce grand conseil et à ceste esquitable et judicieuse cour de parlement, dont la justice ne permettra pas sans doute qu'une œuvre si pieuse, si utile et si nécessaire, soit estouffée auparavant que de naistre, et que les

pauvres et nécessiteux soient privez d'un soulagement si notable que des personnes de marque et d'une probité recogneue s'efforcent de leur mesnager, en s'obligeant de respondre de leur administration de trois en trois mois, sur leur bien, leur vie et leur honneur; de faire observer les règles et ordonnances prescrites par Sa Majesté sur ce sujet-là , et rendre compte du revenant bon que la candeur et la netteté de l'ordre auquel ils se sont astraints eux-mesmes, et dont ils ne cachent le secret à personne, peut bien empescher, quand leur conscience ne suffiroit pas pour cela, de convertir à aucun gain particulier, mais seulement au soulagement de la pauvreté et de la nécessité publique.

Ces personnes se persuadent aussi (ce leur semble avec quelque sorte de fondement) que ce public (en faveur duquel ils engagent des choses si prétieuses, et auquel ils offrent de presier tous leurs soins, leurs peines, leur crédit et leur industrie) leur doit cette civilité que d'attendre pour le moins les premiers trois mois du prétendu establissement avant que de les censurer, veu aussi que personne n'est forcé de se servir du fruit de leur travail s'il ne l'a pour agréable.

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