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DE

LA VIE ET LA MORT

DU MARESCHAL DE GASSION,

CONTENANT

LES ACTIONS HEROIQUES QU'IL A FAITES, ET PARTICULIÈREMENT

DEPUIS L'AGE DE DIX-SEPT ANS JUSQUES A PRÉSENT,
TANT EN SAVOYE, ITALIE, SUÈDE , ALLEMAGNE,
FLANDRE, QU'AUTRES LIEUX OU IL A

TESMOIGNÉ SA VALEUR.

A ORLEANS,

Chez Gilles Horor el GABRIEL Fremont, Imprimeurs-Libraires.

4647.

Avec permission.

AVERTISSEMENT.

Parmi les noms célèbres de l'histoire militaire du xvilo siècle on peut placer celui du maréchal de Gassion. On retrouvera en effet dans sa vie on type original et pur de ces vieux guerriers d'on autre âge dont toute l'existence n'était qu'on long dévoûment au roi et à la patrie, et qui, n'ayant d'autre amour que leur épée, d'autre passion que la gloire, ont continué en France, bien après l'époque de la chevalerie , la famille des Bayard et des Duguesclin.

Nous appelons d'autant plus volontiers l'attention de notre lecteur sur le personnage dont il va être question, qu'il paraft être de ceux envers qui la gloire ne s'est peut-être pas complètement acquittée. La célèbre bataille de Rocroy, par exemple, ne rappelle guère dans la mémoire de la plupart des lecteurs que le nom de Condé, et on oublie volontiers que sur le champ de bataille même le jeune duc d'Enghien crut faire acte de justice en partageant avec Gassion les lauriers de la victoire, déclarant que c'était à lui qu'il en était redevable. Il est vrai que Gassion a eu le malbeur d'avoir pour historien de ses hauts faits un écrivain honni par Boileau. Le héros a dû se ressentir de la mésaventure de l'historien. Cependant l'Histoire du maréchal Gassion, par l'abbé de Parc, à part la question littéraire, a une valeur historique incontestable. Nous ne pouvons toutefois braver la censure de Boileau en la publiant , car elle n'a pas moins de 4 volumes in-12. Nous nous contenterons de meltre sous les yeux du lecteur une pelile pièce de Théophraste Renaudot, qui contient encore un assez bon nombre de faits et de détails intéressants négligés jusqu'à ce jour par l'histoire et la biographie.

VIE ET MORT

DU MARESCHAL DE GASSION.

Le mareschal de Gassion a eu pour père messire Jaques de Gassion, second président au mortier du parlement de Pau, à présent de Navarre, qui avoit esté procureur général au mesme parlement, et cettui-cy encore estoit fils de messire Jean de Gassion, aussi second président en ce parlement-là, où il avoit passé par toutes les belles charges ; et sa vertu fut en telle estime à Henrile-Grand, qui se connoissoit fort bien en hommes, que la charge du premier président au souverain conseil de Béarn estant venue à vaquer, et ce grand prince, pour considérations de ce temps-là, ne pouvant le pourvoir au titre d'office de cette première charge, la luy laissa

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néantmoins exercer par commission, sans luy en vouloir préférer aucun autre, mais l’en laissa jouir paisiblement jusques à sa mort, qui n'arriva que quinze ans après, en sa quatre-vingt-dixiesme année. Il estoit cadet d'une des plus nobles maisons de Béarn , ayant perdu l'un de ses frères à la bataille de Pavie, et un autre ayant esté gouverneur du chasteau de Nantes en Bretagne.

Mais retournons à nostre mareschal, dont la vie est assez pleine de gloire sans rien emprunter de celle de ses ayeux. Il a eu quatre frères et deux sœurs; l'aisnée de celles-cy fut mariée au sieur d'Espalungue, gentilhomme béarnois; la cadette au sieur d'Artagnan, gouverneur de la forteresse de Montaner en Béarn, et lieutenant de Roy en la ville et pays adjacent de Bayonne, sous le comte de Grammont-Toulongeon, frère du mareschal de Grammont.

Des frères de celuy duquel nous parlons, l'aisné exerce dignement la charge de président au mortier au mesme parlement de Navarre, et celle d'intendant de la justice, police et finances de Béarn et ancien domaine de Navarre, outre l'honneur qu'il a d'estre conseiller d'Estat ordinaire. Le second est le sieur de Pont d'Oly, demeurant en Béarn. Le troisiesme, le sieur de Bergere, colonel d'un régiment de cavalerie et mareschal de camp. Il estoit le quatriesme. Son cadet est l'abbé de Gassion, nommé par le Roy à l'évesché d'Oleron, aussi en Béarn, et à l'abbaye du Luc au mesme pays.

Cette naissance et le bon augure qu'on tiroit de la vivacité de son esprit, notamment de ce que dès son enfance il ne vouloit céder à personne, ayant mérité une bonne éducation, il fut élevé aux lettres, qu'il apprit sous les Jésuites du collège de Pau et sous les Barnabites de celuy de Lescar en Béarn, ceux-cy religieux en cette

abbaye du Luc, et profita tellement aux humanitez et en la philosophie qu'il s'y trouva consommé avant l'âge de seize ans.

Ce fut alors que, se voyant en ce chemin fourchu d'Achile auquel la jeunesse fait choix du genre de vie qu'elle doit suivre, nostre Gassion ayant balance dans son esprit les divers emplois de la robbe à laquelle ses paren's le destinoient, et voyant l'office de président au mortier occupé par son aisné, ne jugeant point d'autre charge en la robbe digne de luy, il se résolut à prendre les armes, en ayant facilement obtenu la permission de son père, bien aise qu'il se présentast occasion à une partie de sa famille de reprendre l'épée qu'elle avoit quittée pour prendre la robbe, le chef de cette famille, qui faisoit profession des armes, n'ayant laissé que des filles.

La France estant lors tranquille, comme tous les Estats voisins, à la réserve de l'Italie, il s'y en alla servir le duc de Savoye, et ayant fait commandement à tous ses sujets de quitter le service de ce duc qui favorisoit lors le parti des ennemis de Sa Majesté, il retourna en France avec le sieur de Vignoles , gentilhomme béarnois, mareschal de bataille et son maistre de camp; et estant de retour au Pas-de-Suze, il fut reconnu avoir si bien fait en toutes les occasions, dans sa condition de simple cavalier, qu'il fut fait cornette de la compagnie de chevaux-légers du capitaine Philippe, qui servoit dans l'armée françoise. Sur quoy l’accommodement ayant esté fait entre Sa Majesté et le duc de Savoye, et sa compagnie par ce moyen inutile ayant esté cassée, luy, qui ne pouvoit demeurer les bras croisés , n'eut pas plus tost entendu parler des hauts faits du Roy de Suède et de l'irruption qu'il avoit faite presqu'en mesme temps en Allemagne, qui se trouvoit par ce moyen le vrai théatre

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