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MÉMOIRE

SUR L'ÉTAT DES FINANCES,

DEPUIS 1616 JUSQU'EN 1644.

MÉMOIRE

SUR L'ÉTAT DES FINANCES,

DEPUIS 1616 JUSQU'EN 1644 (1).

La recepte de l'espargne du temps de feu Henry-leGrand , Roy de France, jusques en l'année mil six cent seize, n'a pas monté plus de vingt-deux ou vingt-trois millions de livres pour le courant; encore y a-il plusieurs années où elle n'a monté que vingt millions pour le courant, et ce non compris les douze ou quatorze millions qui estoient dans la Bastille, que les trésoriers de l'espargne se remettoient de main en main en papier seullement; au moyen de quoy la recepte

(1) Ce fragment inédit , extrait des Archives du royaume, lettre K, n° 110, donne des détails importants sur l'organisation financière de la France pendant les premières années du règne de Louis XIII.

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ésdictes années est arrestée à trente-deux ou trentetrois millions; mais ce n'estoit qu'une entrée et issue dans leurs comptes.

Et en l'année mil six cent seize, la recepte de l'espargne commença d'augmenter sans plus de remise, à cause que lesdictz quatorze millions se trouvèrent entièrement consommez dans ladicte année, et a continué tousjours d'année en année jusques au poinct où elle est à présent, sçavoir :

Liv. tournois. s. parisis.
En l'année 1641......... 118,114,485 16
En l'année 1642...... 98,778,509 7
En l'année 1643......... 124, 276,807 9
En l'année 1644......... 122,883,710 12 4 d.

Et c'est à cause de l'augmentation de la taille et des fermes, et particulièrement des deniers des levées extraordinaires en sy grand nombre, que, depuis l'année mil six cent vingt seullement, l'on vériffia qu'il s'est porté à l'espargne plus de sept cent millions de livres, non compris plusieurs frais pour les taxations et aultres despenses employées dans les comptes de ceulx qui ont mangé lesdicts deniers, sçavoir :

Les deniers des parties casuelles, cinq cens trentetrois millions neuf cens quarante-sept mil quatre cens trente-neuf livres sept souz;

Du principal des constitutions de rente sur l’Hostelde-Ville de Paris , créées depuis ladicte année sur les gabelles de Lionnois et Provence en Languedoc, non compris les rentes sur les huict millions et trois millions des tailles et gabelles , la somme de soixante-seize millions cent quarante mil trente livres quatorze souz;

De la vente et revente du domaine et héritages et offices domaniaux, la somme de cinquante-six millions quatre cens cinq mil deux cens quatre-vingtz livres ;

Des deniers provenant des droictz alliénez pendant les années mil six cent trente-quatre, mil six cent trentecinq, mil six cent trente-six et mil six cent trente-sept, la somme de vingt-quatre millions huict cens sept mil neuf cens dix-huict livres six souz six deniers.

Dessus lesquels deniers et plusieurs aultres recouvreméns qui ont esté portés à l’espargne il y a eu des traitlez au quart et quelquefois au tiers remises; ainsy les traictans doibvent avoir profitté quasy de la moitié desdictes levées, à cause des remises et aultres frais et despenses à leur proffict; et quand ils n'auroient profitté que du quart, il revient à la somme de cent soixantedouze millions trois cens vingt-cinq mil seize livres dixneuf solz.

Voillà une des principalles causes de l'augmentation qui se trouve dans les receptes de l'espargne des années dernières, au moings depuis que lesdictes levées 'ont commencées , dont le Roy n'a pas proffitté de la moitié ; néantmoings le peuple les a payées entiers.i3.

Que sy l’excedz est grand dans les receptes de l'espargne, il n'est pas moings dans les despenses, pour ce que les despenses suivent ordinairement les receptes, et principallement pour ce qui est de la guerre, de l'artillerye, marine du Levant, Ponant, deniers payez par ordonnances, par acquitz et comptans, par certiffica

tion. ;)

Sy nous voulons faire comparaison de la despense des guerres des années dernières avecque celles da temps du feu Roy, particulièrement de l'année mil sis

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