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cent dix, de laquelle il avoit mis sur pied plusieurs grandes armées très considérables, il n'y a aucune proportion, pour ce qu'en ladicte année la despense de l'extraordinaire ne se montoit qu'à la somme de six millions huict cens quarante-sept mil quatre cens quatre-vingtz-quinze livres seize solz quatre deniers, et maintenant elle monte à quarante millions; grande disproportion en argent, quoyqu'elle ne se treuvera pas peult-estre sy grande au nombre des gens de guerre que le feu Roy fit lever pour lors et ceux qui sont maintenant dans les armées de Sa Majesté. Il y a plus; c'est que la despense des deux dernières années mil six cent quarante-trois et mil six cent quarante-quatre exceddera touttes les despenses des années préceddentes, quoyque très grandes, de la somme de seize millions, et néantmoings les mesmes armées qui subsistoient dans lesdictes années sont les mesmes qui subsistent encore å présent; dans lesquelles il fault qu'il y ait eu de grandes augmentations pour causer une despense sy extraordinaire de seize millions , veu que tout le monde sayt qu'elles sont assez mal payées et beaucoup plus inal qu'elles n'estoient les années mil six cent trente-six, mil six .cent trente-sept et suivantes.

Les garnisons ne sont pas plus fortes ny plus étendues qu'elles n'estoient alors, excepté deux ou trois places qui rendent les anciennes frontierres plus asseurées, où il n'est pas nécessaire d'entretenir de sy grosses garnisons. Les despences de l'artillerye et de la marine sont aussi très esloignées de celles du temps du feu Roy Henry-le-Grand, du règne duquel, et encores longtemps depuis, la despence de l'artillerye ne montoit qu'à quatre ou cinq cens mil livres. Il est vray qu'en ladicte année mil six cent dix elle monta à unze cens

cinquante-quatre mil deux cens dix-huict livres, en quoy il ny a poinct de proportion avecq cinq millions huict cens quinze mil quatre cens quatre livres dix-neuf souz qu'elle est montée en mil six cent trente-huict, et depuis tousjours réglément à près de quatre millions de livres, à cause des achaps, fournitures, qui coustent plus qu'ils ne faisoient alors, qu'il est nécessaire de renouveler de temps en temps.

Pour ce qui est des marines du Levant et Ponant, la despence de celle du Levant est plus forte de moictié de ce qu'elle estoit és années mil six cent vingt-huiet et mil six cent vingt-neaf, jusques en l'année mil six cent trentecinq, esquelles elle ne s'est montée qu'à cinq cens mil livres ou environ, et maintenant elle excède ung million.

La marine du Ponant est une despence nouvelle depuis mil six cent vingt-sept ou environ, qui se monte à présent à trois millions de livres et plus, pour laquelle, du temps du feu Roy Henry-le-Grand et longtemps depuis, à peine y avoit-il fonds pour les appointemens des officiers et gages des frésoriers.

Pour ce qui est despences payées par ordonnances et par acquitz, il y a tousjours eu deux chapitres particuliers dans les comptes de l'espargne ; mais ce n'estoit que pour l'acquict des debtes da Roy, bien vériffiées, vaccations de plusieurs personnes employées pour son service, postes et voitures de recepveurs généraux, et autres semblables despences et revenus pour admortissement des rentes, là ou dans les dernières années les deux chappitres ne sont remplys d'aultres choses que de remboursement de finances d'officiers aux porteurs des quittances d'achaps et adınortissement des rentes sur les huict millions; et de ces deux natures, depuis mil six cent trente-cinq, il se trouvera pour plus de

cinquante millions de livres. En quoy Sa Majesté a receu un notable préjudice pour ce que premièrement, pour ce qui est des offices, chacun sayt que les porteurs des quictances de finances sont les traictans d'iceux ou du moings interressez, et qui ont eu la remise du quart, et néantmoings on les ranboursoit antierrement de toute la finance comme sy elle estoit entierre actuellement és coffres du Roy; et de mesme, pour ce qui est des rentes sur les huict millions, chacun sayt aussi qu'ils n'ont jamais esté dans le commerce à plus du denier cinq ou six, et maintenant à un denier ou un denier et demy, et néantmoings les achaps qu'ils ont faicts au denier quatorze, à des personnes incognues qui les ont acheptées à vil prix, sont remboursez du total de la constitution, comme sy c'estoit à eux à qui lesdictes rentes estoient constituées.

Le comptant est nécessaire pour les despences secrettes; aussy, quand la chambre s'est réservé de faire remontrances au Roy, ce n'est pas sur l'usage, mais sur l'exceds d'iceux, qui est venu à un si hault poinct que là où du temps du feu Roy et depuis, jusques en mil six cent seize, la somme de dix-sept à dix-huict cens mil livres estoit suffisante, maintenant se monte à cinquante, soixante millions, sçavoir : en l'année mil six cent quarante-trois, à quarante-huict millions deux cent soixante-ung mil cent vingt-cinq livres neuf sols;

En mil six cens quarante-quatre, à cinquante-neuf millions quatre cens cinquante-sept mil trois cens cinquante-quatre livres huit sols neuf deniers.

Ce qui provient des grandes levées de deniers extraordinaires qui sont faictes depuis quelques années , la remise desquels au quart et au tiers ont esté rejectées dans les deniers comptans; aussy, tant plus la recepte

desdicts deniers est forte, tant plus la despence desdicts comptans est grande. Oultre lesquelles remises, depuis que l'usage des receptes par anticipation a eu lieu , l'on a encores rejecté dans lesdicts comptans les intérests de quinze pour cent des deniers payez par les receveurs généraux, fermiers et aultres, sur les années subséquantes celles de leur exercice, de telle sorte qu'il est facille de monstrer comme, en la susdicte année mil six cent quarante-quatre, il a esté rejecté dans le compte de ladicte année plus de trente millions pour les remises et interests de quinze pour cent de deniers extraordinaires et deniers par anticipation, dont les traittans de l'année doibvent avoir profitté, pour lesquels il semble maintenant que lesdictz comptans sont en usage. En laquelle année, oultre les despences secrettes, il faut qu'il y ait encore plusieurs aultres despenses rejectées dans le comptant, comme la passe du denier dix-huict au denier quatorze des rentes sur dix-huict millions, et aultres despences de pareille quallité , pour ce qu'il est impossible que la despense des affaires secrettes puisse monter à vingt-six millions qui restent encores dudit comptant.

II° SÉRIE, T. VI.

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DES COMPTES DE DÉPENSES

POUR LE BALLET DU ROY.

JANVIER 1625 (1).

Cent soixante-huit aunes de taffetas incarnadin pour vingt-quatre grandes robes pour habiller les vingt-quatre viollons du Roy , 672 livres tournois.

Quarante-huict aunes de bougran incarnadin pour servir auxdictes robes, 28 livres tournois.

Trois cent soixante aunes de passementeries d'or et d'argent pour lesdictes robes, 73 livres tournois.

Vingt-quatre aunes de gance d'or, 3 livres 12 sols.

Seize onces de soye incarnadin à coudre auxdictes robes, 14 livres 8 sols.

Quinze aunes de taffetas pour faire une grande robe à un grand colosse en forme de femme représentant la musique, 45 livres.

Dix aunes de satin bleu pour faire une robe de femme à Guillemine la Quinteuse , 55 livres tournois.

Quarante-huict aunes de taffetas bleu pour faire douze juppes à douze musiciens de la campagne, 124 livres tournois.

Dix aunes de satin roze pour faire le dessus de deux cappes à l'espagnolle, pour le Roy et monsieur de Blainville, représentant deux joueurs de guitarre, 56 livres tournois.

(1) Nous ajoutons ici quelques extraits des registres conservés aux Archives. Nous n'avons pas cette fois élé heureux dans nos recherches, et les Comptes de dépenses ne nous ont offert que des articles assez insignifiants.

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