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Pour n'être pas confondu avec cette espèce de bibliotaphes, j'ai voulu faire connaître ces livres inconnus. J'ai entrepris ce travail ; je l'ai poursuivi pendant des années, dans l'intervalle de devoirs remplis : c'est le résultat de mes loisirs ; c'est le fruit de nombreuses lectures et d'une critique longtemps exercée sur un sujet qui me plaît.

La collection des poëtes qui composent une partie de ma bibliothèque comprend tous ceux de ces écrivains que quarante années de recherches m'ont permis de réunir depuis le XII° siècle jusqu'au XVIIe inclusivement. Mon travail commence donc avec les essais d'une langue informe, et se continue jusqu'à celle qu'écrivaient La Fontaine et Racine. J'ai fait précéder les poëtes par les ouvrages sur l'art poétique, puis par les recueils de poésies détachées. Tous ces livres sont assez rares pour me permettre de croire que très peu de personnes les connaissent, en*totalité du moins; et cependant tous méritent d'être connus, ne fût-ce qu'afin de diriger les étudiants et les amateurs dans le choix des auteurs qu'ils recherchent, et qu'ils achètent souvent en aveugles, comme je l'ai fait tant de

fois.

Je n'ai pas la prétention d'avoir composé une histoire complète de la poésie française. Mon ou

vrage, s'il mérite ce nom, n'est que le catalogue, la liste des poëtes que je possède, avec des notices bibliographiques sur leurs différentes éditions ; l'analyse consciencieuse, accompagnée d'extraits, de ce que leurs œuvres contiennent, et la biographie de ces auteurs. J'ai rigoureusement observé l'ordre chronologique de la mort de chacun d'eux , ou de la date de leur dernière production quand l'époque de la mort n'est pas connue, afin que l'on puisse juger des progrès de notre poésie , de ses diverses phases ou variations et de sa décadence. Ce sont de simples matériaux pour un travail plus important, et dont je laisse l'exécution à un écri

vain plus jeune que moi, plus habile , ou plus hardi.

On n'a cessé de m'objecter que ce titre de CATALoGUE que je donne à mon livre éloignerait bien des lecteurs. Cette considération#fort sérieuse , en m'empêchant'de trouver un libraire, m'a mis dans l'obligation d'imprimer à mes frais; mais elle n'a pas eu le pouvoir de m'arrêter. J'ai même refusé de me rendre à la proposition séduisante de me fournir un beau titre, par exemple : Voyage aux hypogées, ou Catacombes des poètes français, avec cette épigraphe : REsURRExERUNT ! Je tenais à mon titre de Catalogue, par l'excellente raison que ce livre n'est réellement qu'un catalogue; chose d'ordinaire peu attrayante , je le sais, quoiqu'il y ait des exceptions.Je conviens que les ouvrages des bibliographes ne sont lus que par des bibliographes, sorte d'érudits que l'on trouve peu réjouissants. Il faut avouer cependant que, quand le nombre des livres devient incommensurable, c'est déjà quelque chose que d'en connaître les titres , sans même savoir tout ce que ces livres contiennent ; mais voilà ce qui rebute le commun des lecteurs. Toutefois , en se bornant à une petite portion de la bibliographie, comme ont fait Sorel, Colomiès , les Pères Menestrier, Niceron, Lelong , et quelques autres plus modernes, peut-être est-il possible d'apporter plus d'intérêt à cette science; c'est une tentative que j'ai voulu faire. Et puis j'ai vu passer sous mes yeux tant de livres rares et ignorés, provenant de bibliothèques précieuses vendues et dispersées de mon temps , dont il ne nous reste rien que ces catalogues qui ne donnent que des titres, encore souvent inexacts ou mal classés, rédigés à la hâte par des libraires illettrés, que j'ai craint le même sort pour le peu de livres que je possède.

J'accepte la responsabilité des jugements que j'ai portés sur ces vieux poëtes inconnus, m'étant borné à ceux dont les ouvrages rares ne sont entre les mains que d'un petit nombre de curieux , ou perdus dans les grandes bibliothèques. Mes jugements n'ont jamais été influencés par les opinions précédentes de biographes passionnés, ou sans critique et sans goût, à mon avis. Quelques réputations m'ont paru mal fondées ; quelques auteurs entièrement oubliés , au contraire, m'ont fourni de longs extraits : car ce n'est que par la citation exacte, et sans aucune sorte de changements, des textes mêmes, que j'appuie toujours mon opinion.

Aux poëtes proprement dits, épiques, lyriques , satiriques , élégiaques , etc., qui seuls composent ce volume, je réunirai, dans un autre volume, les auteurs dramatiques , et, dans un dernier, les chansonniers et les conteurs en vers , puis en prose ; ce qui me conduira à terminer ce catalogue par ces petits livres singuliers, si recherchés de nos aïeux et si rares aujourd'hui , connus sous le nom de Facéties. J'y comprendrai également les recueils d'histoires prodigieuses, amoureuses, tragiques, scandaleuses, etc. Le tout contiendra le résumé de plus de douze cents poëtes et écrivains. Chacun de ces volumes formera un ouvrage entièrement séparé, qu'on sera libre de joindre ou non à celui-ci.

Trop peu de gloire est attaché aux compilations de ce genre pour que l'on puisse m'attribuer la vanité de vouloir rappeler sur moi , sexagénaire , les regards fugitifs du public. J'espère que l'on ne

verra dans cette nouvelle publication que le désir bien réel de terminer ma carrière littéraire par un travail que je crois utile, et qui manque à l'histoire de notre poésie. Puissé-je ne m'être pas trompé !

· VIOLLET LE DUC.

NoTA. Je me suis toujours exactement conformé à l'orthographe souvent bizarre des titres des ouvrages que je catalogue et des passages des auteurs cités ; j'en avertis une fois pour toutes, afin d'éviter des (sic) trop répétés.

Les chiffres qui précèdent chaque article, à partir du XVI° siècle, indiquent, le premier, la date de la naissance de l'auteur , le second la date de sa mort; s'il n'y a qu'un chiffre, il indique l'année de la mort de l'auteur, ou de l'impression de l'ouvrage quand l'époque de la mort n'est pas connue.

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