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lieu à de longues discussions et devront susciter de nouveau la question de souveraineté sur les Marches et l'Ombrie sur laquelle il sera difficile sinon impossible d'arriver à une transaction.

En attendant et quel que soit le résultat des négociations entamées, je crois utile de faire connaître à Votre Excellence le nombre et la situation actuelle des Archevêchés et des Évêchés en Italie, et de lui transmettre en même temps quelques autres renseignements relatifs à cette question.

On trouve dans les États qui composent aujourd'hui le Royaume d'Italie, 44 Archevêchés et 174 Évêchés, répartis de la manière suivante:

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Les Évêques préconisés depuis l'époque des annexions et qui n'ont pas reçu l'exequatur du Gouvernement italien, sont ceux de Milan, de Pavie, de Borgo-san-Domino, de Bologne, de Ravenne, de Cesena, de Comachio, de Loreto, de Recamati, d'Osimo, de Nocera, de Cita di Castello et de Calvi. Excepté les trois premiers et le dernier tous les autres appartiennent aux provinces romaines annexées.

Parmi les 62 siéges vacants, il y en a 10 en Piémont, 12 en Ligurie et en Sardaigne, 2 en Lombardie, 15 dans le Napolitain, 7 en Toscane, 14 dans les provinces romaines, et 2 dans les duchés.

Le nombre des Évêques expulsés et exilés à l'époque de l'annexion, se monte, ainsi qu'on me l'a assuré, à 64, plutôt plus que moins. Le nombre de ceux qui ont été arrêtés depuis et se trouvent sous le coup de procès, s'élève à 39 ou 40.

Ces chiffres que j'ai lieu de croire parfaitement exacts en disent plus que tous les commentaires dont je pourrais les accompagner et font comprendre la nécessité d'établir un ordre de choses conforme aux sentiments et aux intérêts tant du Saint-Siége que du Gouvernement et de l'Italie, pays essentiellement religieux.

Signé: ZARCO DEL VALLE.

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE.

M. Pacheco à M. Llorente.

Rome, le 2 mai 1865.

La négociation avec l'Italie peut être considérée comme close. L'Envoyé du Roi Victor-Emmanuel a accepté sans difficulté tout ce que demandait le Gouvernement pontifical. Demain les Commissaires italiens et le Cardinal Antonelli se réuniront probablement pour la dernière fois, pour dresser et échanger les différents instruments relatifs à la négociation sous forme de lettres. Sa Sainteté est très-satisfaite; il n'en est pas de même du parti extrême qui désapprouve cet arrangement.

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE.

M. Pacheco à M. Llorente.

Rome, le 5 mai 1865.

Le délégué italien a quitté Rome pour en référer à son Gouvernement de la part duquel ont été élevées quelques difficultés. Il est cependant d'accord avec le Cardinal Antonelli sur tous les points de la négociation et il espère retourner bientôt pour terminer définitivement. Ici ils sont satisfaits et le délégué s'en va content aussi. Il se plaignait de ce qu'à Turin on ne le comprenait pas sans de longues explications et il a voulu les donner de vive voix

M. Pacheco à M. Llorente.

Rome, le 6 mai 1865.

Monsieur le Ministre, par ma dépêche n° 54, j'ai informé Votre Excellence que M. Vegezzi, délégué du Roi Victor-Emmanuel, était arrivé dans cette Cour et qu'il avait été reçu par Sa Sainteté. Dans les télégrammes postérieurs dont je vous envoie copie ci-jointe je vous ai exposé l'état de la négociation d'après des nouvelles dignes de foi qui m'étaient successivement parvenues. Aujourd'hui je compte leur donner quelques développements afin que Votre Excellence soit au cou

rant de ce qui s'est passé ou se passe encore au sujet de cette question si importante.

L'envoyé italien s'est présenté ici avec les meilleurs dispositions. Dès son arrivée il exprima à Sa Sainteté et confirma ensuite au Cardinal Antonelli qu'il venait avec l'intention de terminer d'une manière satisfaisante la négociation. A toutes les exigences que l'on montrait il s'empressa de souscrire. S'il lui arrivait d'élever lui-même une prétention et de rencontrer de la résistance, il l'abandonnait sans hésitation. Ainsi il fut convenu que, en règle générale, les Évêques bannis rentreraient dans leurs diocèses; M. Vegezzi fit seulement remarquer que, parmi eux, il y en avait deux ou trois qui devraient dans leur propre intérêt s'abstenir de retourner à leurs siéges. Ainsi on décida que les Évêques nouvellement nommés se rendraient à leurs siéges, non pas tous en même temps, mais successivement comme le proposa le Cardinal Antonelli. Ainsi encore il fut entendu que le Gouvernement du Roi Victor-Emmanuel accepterait les titulaires proposés, conformément au Concordat pour les siéges vacants en Piémont et pour les autres siéges en Italie (y compris la Lombardie aussi longtemps qu'il ne serait pas intervenu de Convention particulière dans le but de transférer le patronage autrichien au Gouvernement piémontais auquel ce territoire a été légitimement cédé), pour ces siéges, je le répète, Sa Sainteté nommerait librement les personnes qui lui agréeraient. M. Vegezzi demandait que les nominations fussent accordées de préférence à des prêtres romains afin que les titulaires fussent étrangers aux questions locales, mais le Cardinal s'y refusa ne voulant point causer de préjudice au clergé de chaque région et M. Vegezzi céda également sur ce point. Une concession encore plus large faite par le Représentant sarde, c'est que les Évêques ne prêteront aucun serment pour cette fois, concession dont Votre Excellence ne méconnaîtra pas la grande valeur. On discuta ensuite certaines questions accessoires, comme par exemple celle des séminaires, celle du mariage civil et de la suppression des ordres religieux. Relativement à la question du mariage civil, M. Vegezzi déclara qu'une loi allait être promulguée à ce sujet et que, quoiqu'il l'eût combattue dans les Chambres, il reconnaissait qu'il était impossible de la laisser sans effet; que le Gouvernement prendrait d'ailleurs des mesures pour qu'elle ne produisît point les difficultés et les inconvénients pratiques signalés par le Cardinal. En ce qui touche les ordres religieux, il offrit de faire retirer le projet de loi et Votre Excellence sait qu'il en a été ainsi. Enfin pour ce qui est des séminaires, question qui ne se serait pas élevée s'ils n'avaient été convertis en lycées, j'ignore quelle est la solution qui a été proposée, mais sans doute il en a été proposé une.

En présence de tels faits et, en particulier, en présence de la disposi

ARCH. DIPL. 1866-IV

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tion générale où paraît être le délégué de tout accepter en se bornant à faire quelques observations sur les conséquences pratiques qui pourraient résulter dans l'application, mais sans s'opposer en rien aux vœux exprimés par la Cour pontificale, Votre Excellence comprendra la joie qu'a dû ressentir le Saint-Père et tous ceux qui appartiennent au parti extrême et ennemi de toute transaction. Je n'ai pas besoin de dire à Votre Excellence que Sa Sainteté, aussi bien que le Cardinal Antonelli, ont dit, dès le premier moment, et répêtent que cet arrangement sera d'une nature purement ecclésiastique et qu'il ne modifiera en rien la ligne politique du Gouvernement. Néanmoins, le bon sens général s'aperçoit par instinct que quelque chose et même beaucoup a dû changer pour qu'on négociât de cette façon avec un Gouvernement excommunié et que si ce n'est pas un premier pas, c'est au moins un acheminement nécessaire pour arriver à autre chose.

Maintenant il me reste à faire connaître à Votre Excellence le dernier état de la négociation. Le Gouvernement piémontais, ou n'a pas compris son délégué, comme celui-ci le prétend, ou a élevé quelques difficultés qui l'empêchent de terminer son œuvre. A la suite d'une correspondance télégraphique et de l'arrivée d'un courrier, M. Vegezzi a quitté Rome hier; je ne sais si c'est pour se rendre à Florence ou à Turin, dans le but de conférer avec le Ministre, M. Vacca. Il a dit qu'il ne croyait pas rencontrer de difficultés sérieuses à mener sa négociation à bonne fin, que tout venait d'un manque d'intelligence de la part dudit Ministre et qu'il arrangerait l'affaire avec lui de vive voix. Il espère revenir ici, au moins il l'assure, dans peu de jours.

Je partage, pour ma part, cette croyance. Lorsque M. Vegezzi s'est présenté ici avec les dispositions dont j'ai parlé, il est impossible de croire qu'il ait agi sous sa responsabilité seule, et sans connaître, au moins sur les points essentiels, la pensée de son Gouvernement. Il se peut que certaines questions secondaires n'aient pas été prévues et qu'il ait à cet égard dépassé les limites que s'était tracées le cabinet La Marmora; mais, au fond, mais en ce qui touche les points essentiels, il ne paraît pas possible qu'il ait manqué à ses instructions. Et s'il en est ainsi, si la France accepte avec empressement l'idée d'une entente, le Cabinet italien pourrait-il aujourd'hui revenir sur ses pas et rompre les négociations en désapprouvant ce qu'a fait en son nom le délégué qu'il a envoyé ? Le Gouvernement italien ne serait-il pas très-embarrassé devant l'opinion publique, et le Souverain Pontife n'aurait-il pas au contraire tout l'avantage si, après la noble initiative prise par lui, on savait qu'il n'avait demandé aucune chose qui n'eût été acceptée par le délégué du Roi Victor-Emmanuel?

De toute façon les faits ne tarderont pas à éclairer complétement la

question, soit en conduisant à un résultat complet, soit eri aménaħt lá rupture des négociations.

Signė J.-F. PACHECO.

M. Zarco del Valle à M. Bermudez de Castro.

Turin, le 9 mai 1865.

Monsieur le Ministre, M. Veggezi est revenu il y a quelques jours de Rome. Il paraît qu'il est très-satisfait de l'accueil qu'il a reçu de Sa Sainteté et du Gouvernement romain, mais que sa mission n'a donné lieu jusqu'ici à aucun résultat positif: il a apporté avec lui et a présenté au Gouvernement Italien une liste de demandes toutes relatives à la question des Évêchés, la seule qui ait été traitée pendant son séjour à Rome. Ainsi que j'ai eu l'honneur d'en informer Votre Excellence par ma dépêche n° 50, la difficulté principale consiste dans l'installation des Évêques nommés dans les Marches et dans l'Ombrie, le Gouvernement Italien exigeant qu'ils prêtent serment à S. M. le Roi d'Italie, condition à laffuelle le Saint-Siége ne saurait souscrire, pas plus qu'à la diminution du nombre des diocèses actuellement existants; c'était un des points principaux signalés dans la lettre du Roi VictorEmmanuel. En outre, pour qu'un accord puisse être obtenu, il sera nécessaire que le Gouvernement romain reconnaisse le droit public ecclésiastique et les lois spéciales en vigueur dans le Royaume d'Italie que le cabinet de Turin est décidé à maintenir, ainsi que le démontrent les termes d'une circulaire adressée par le Ministre de l'Intérieur aux Préfets, dans le but d'expliquer les raisons qu'a eues le Cabinet de retirer le projet de loi relatif à la suppression des corporations religieuses. Certaines personnes supposent que cet acte se rattacherait à la mission confiée à M. Vegezzi. Dans sa circulaire, le Ministre déclare qu'en entrant en négociations avec le Saint-Siége, le Gouvernement n'abandonnera pas les principes fondamentaux suivis par la politique du Royaume d'Italie et qu'il n'a d'autre intention que de conciliér les intérêts spéciaux de l'Église avec ceux de l'État, sans qu'il soit permis de supposer par là que le Gouvernement ait oublié en quoi que ce soit le devoir de sauvegarder les droits et les lois de l'État ainsi que les prérogatives de la Couronne, et de maintenir intactes et en dehors les questions politiques qui se rattachent à la question religieuse ou qu'on voudrait confondre avec elle. Malgré ces difficultés, on ne considère pas ici les négociations comme rompues, mais comme simplement suspendues jusqu'à ce que M. Vegezzi ait reçu de nou

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