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CITOYEN DE GENEVE;

A

CHRISTOPHE DE BEAUMONT;

Archevêque de Paris, Duc de St. Cloud
Pair de France, Commandeur de
l'Ordre du St. Efprit, Provifeur de
Sorbonne, &e.

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Da veniam fi quid liberiùs dixi, non ad con-
tumeliam tuam fed ad defenfionem meam,
Præfumfi enim de gravitate & prudentiâ tua
quia potes confiderare quantam mihi respon
dendi neceffitatem impofueris.

Aug. Epift. 238 ad Pafcent.

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****

A AMSTERDAM,

Chez MARC MICHEL REY

MDCCLXIIL

TAYLOR

AVIS de l'Imprimeur.

L'Auteur de cet Ouvrage ne s'étant pas trouvé à portée de revoir les épreuves, on ne doit point lui attribuer les fautes qui peuvent s'y être gliffées malgré tous mes foins pour la correction

UNIVERJAY

1 5 MAR 1961

OF OXFORD

LIBRARY

NO

Citoyen de Geneve,

A

CHRISTOPHE DE BEAUMONT,

Archevêque de Paris.

POURQUOI faut-il, Monseigneur, que

j'aye quelque chose à vous dire ? Quelle langue commune pouvons-nous parler comment pouvons-nous nous entendre & qu'y a-t-il

entre vous & moi ?

CEPENDANT, il faut vous répondre ; c'est vous-même qui m'y forcez. Si vous n'euffiez attaqué que mon livre, je vous aurois laiffé dire: mais vous attaquez auffi ma personne; &, plus vous avez d'autorité parmi les hommes, moins il m'eft permis de me taire, quand vous voulez me deshonorer.

JE NE puis m'empêcher, en commençant cette Lettre de réfléchir fur les bizarreries de ma destinée. Elle en a qui n'ont été que pour moi.

J'ETOIS né avec quelque talent; le public l'a jugé ainfi. Cependant j'ai paffé ma jeunes-→ fe dans une heureufe obfcurité, dont je ne cherchois point à fortir. Si je l'avois cherché, cela même eût été une bizarrerie que durant tout le feu du premier âge je n'euffe pu réuffir, & que j'euffe trop réuffi dans la fuite, quand ce feu commençoit à paffer. J'approchois de ma quarantieme année, & j'avois " au lieu d'une fortune que j'ai toujours méprisée, & d'un nom qu'on m'a fait payer fi cher, le re

A 2

pos

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pos & des amis, les deux feuls biens dont mon cœur foit avide. Une miférable question d'Académie, m'agitant l'efprit malgré moi me jetta dans un métier pour lequel je n'étois point fait ; un fuccès inattendu m'y montra des attraits qui me féduifirent. Des foules d'adversaires m'attaquerent fans m'entendre avec une étourderie qui me donna de l'humeur & avec un orgueil qui m'en infpira peut-être. Je me défendis, &, de difpute en difpute, je me fentis engagé dans la carriere, prefque fans y avoir penfé. Je me trouvai devenu , pour ainfi dire, Auteur à l'âge où l'on ceffe de l'ê tre, & homme de Lettres par mon mépris même pour cet état. Dès-là, je fus dans le public quelque chose : mais auffi le repos & les amis difparurent. Quels maux ne souffris-je point avant de prendre une affiette plus fixe & des attachemens plus heureux ? Il fallut dévorer mes peines; il fallut qu'un peu de réputation me tint lieu de tout. Si c'eft un dédommagement pour ceux qui font toujours loin d'euxmêmes, ce n'en fut jamais un pour moi.

SI J'EUSSE un moment compté sur un bien fi frivole , que j'aurois été promptement défabufé! Quelle inconftance perpétuelle n'ai-je pas éprouvée dans les jugemens du public fur mon compte ! J'étois trop loin de lui; ne me jugeant que fur le caprice ou l'intérêt de ceux qui le menent, à peine deux jours de fuite avoit-il pour moi les mêmes yeux. Tantôt j'étois un homme noir, & tantôt un ange de lumiere. Je me fuis vu dans la même année vanté, fêté, recherché, même à la Cour; puis insulté, menacé

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