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QUI RECITOIENT, CRANTOIENT ET DANSOIENT

DANS LA PASTORALE.

IRIS, mademoiselle de BRIE.
LYCAS, le sieur MOLIÈRE.
PHILÈNE, le sieur Estival.
CORYDON, le sieur DE LA GRANGE.
UN BERGER, le sieur BLONDEL.
UN PATRE, le sieur de CHATEAUNEUF.
MAGICIENS dansants, les sieurs LA PIERRE, FAVIER.
MAGICIENS chantants, les sieurs LE GROS, DON, GAYE.
DÉMONS dansants, les sieurs CHICANNEAU, BONNARD, NOBLET le cadet,

ARNALD, MAYEU, FOIGNARD.
PAYSANS, les sieurs Dolivet, DESONETS, DU PRON, LA PIERRE, MERCIER,

Pesan, Le Roy. ÉGYPTIENNE dansante et chantante, le sieur Noblet l'aîné. ÉGYPTIENS dansants; quatre jouant de la guitare, les sieurs Lulli,

BEAUCHAMP, CHICANNEAU, VAIGART; quatre jouant des castagnettes, les sieurs Favier, BONNARD, SAINT-ANDRÉ, ARNALD; quatre jouant des gnacares, les sieurs LA MARRE, des Airs second, du Feu, PESAN.

OU

L'AMOUR PEINTRE,

COMÉDIE-BALLET EN UN ACTE.

1667.

NOTICE.

Le Ballet des Muses, représenté à Saint-Germain, comme nous l'avons vu plus haut, le 2 décembre 1666, fut donné une se. conde fois dans cette résidence royale, le 5 janvier 1667. L'absence du jeune Baron décida Molière à retirer Mélicerte, dont il était du reste peu satisfait ; et il remplaça ce fragment de pièce par le Sicilien, ou l'Amour peintre. Cette charmante comédie fut jouée à Paris le 10 juin suivant ; Molière y figura comme acteur, et on voit par une lettre de Robinet, qu'il avait été pendant quelque temps éloigné de la scène par la maladie de poitrine qui devait le conduire au tombeau.

Depuis her pareillement
On a pour divertissement
Le Sicilien, que Muliere,
Avec sa charmante maniere,
Méla dans le ballel du roi,
Et qu'on admirc, sur ina foi.

El lui, tout rajeuni du lait
De quelque autre infante d'Inache,
Qui se couvre de peau de vache,
S'y remontre enfin à nos yelix
Plus que jamais facétieux.

Le livret du Ballet des Muses dit que le Sicilien avait été composé uniquement pour offrir au roi des Turcs et des Maures, et M. Taschereau, en rapportant ce fait, remarquc avec raison qu'on est loin du temps où de semblables caprices enfantaient de semblables ouvrages. Le Sicilien , en effet, est une pièce charmante, et, dans notre répertoire, la première petite pièce en un acte dans laquelle, au jugement de Voltaire, « il y ait de la grâce et de la galanterie. » — «Jusque-là, dit Petitot, on ne croyait pas que la délicatesse et l'élégance des manières pussent entrer dans des comédies qu'on ne considérait que comme des farces destinées à reposer l'attention longtemps occupée ou par une tragédie, ou par une comédie de caractère. Le Sicilien prouva qu'on pouvait réussir dans un genre absolument différent. Ce modèle charmant a été plusieurs fois imité; mais en voulant fuir la farce, on est tombé dans l'excès opposé : la délicatesse est devenue de l'affectation, la grâce, de la manière, et la finesse, du faux bel esprit. De là toutes ces comédies de boudoir qui se sont succédé au Théâtre-Français, malgré les réclamations des hommes de goût, qui s'affligeaient de voir transformer ainsi un genre charmant dont Molière avait donné le premier modèle, et dont il ne fallait pas s'écarter. »

Les commentateurs sont tous de l'avis de Voltaire et de Petitot; et pour compléter l'histoire critique du Sicilien, nous ne pouvons mieux faire que de citer l'opinion de M. Auger : « Il était difficile d'imaginer un sujet qui prêtàt davantage aux divertissements, et de combiner une action où ils pussent être mieux placés. La singularité des mours siciliennes, le mélange des nations, la variété des costumes, l'amour ombrageux et tyrannique d'un noble messinois ou palermitain en contraste avec l'amour respectueux et tendre d'un gentilhomme français, des scènes de nuit, des sérénades galantes, des voiles, cette invention de la coquetterie ou de la jalousie, que l'une peut si facilement tourner contre l'autre, tout cela composait un spectacle animé et pittoresque, que la musique et la danse venaient naturellement embellir.

» On serait tenté de croire que la comédie-ballet du Sicilien a donné naissance à l'opéra-comique. Ne trouve-t-on pas, en effet, dans la pièce de Molière, les duos, les ariettes de nos comédies lyriques, et jusqu'à ces divertissements que le poëte place d'ordinaire à la fin des actes, comme autant de canevas préparés pour la musique et pour la chorégraphie ? Le Sicilien, d'ailleurs (je me sers ici de l'expression consacrée), est coupé comme un opéra-comique ; les tableaux, les situations, les airs, y sont préparés et amenés de la même manière. Cette similitude a paru si exacte, qu'en 1780 on a donné la pièce sur le ThéâtreItalien, sans y faire aucun autre changement que de rimer en quelques endroits la prose de Molière, afin de multiplier un peu davantage les morceaux de chant. »

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PERSONNAGES DE LA COMÉDIE.

DON PÈDRE, gentilbomme sicilien'.
ADRASTE, gentilhomme françois, amant d'Isidore'.
ISIDORE, Grecque, esclave de don Pedre.
ZAIDE, jenne esclave.
UN SÉNATEUR%.
HALI, Turc, esclave d'Adraste.
DEUX LAQUAIS.

PERSONNAGES DU BALLET.

MUSICIENS.
ESCLAVE chantant.
ESCLAVES dapsants.
MAURES et MAURESQUES daosants.

SCENE 11. — HALI, MUSICIENS.

HALI, aux musiciens. · Chut. N'avancez pas davantage, et derneurez dans cet endroit, jusqu'à ce que je vous appelle. .

Acteurs de la troupe de Molière. "MOLIÈRE. - 'LA GRANGE. - 'Mademoiselle DE BRIE. - • Mademoiselle MOLIÈRE. DU CROISY. -LA THORILLIÈRE.

' Tous les commentaleurs ont remarqué, l'un après l'autre, que le début du Sicilien est en vers blancs d'inégale mesure :

Il fait noir comme dans un four;
Le ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche,

Et je ne vois pas une étoile

Qui montre le bout de son nez.
Triste condition que celle d'un esclave, etc.

ils auraient pu ajouter que la remarque s'applique à toute la pièce, et à beaucoup d'autres de Molière. En effet, la prose de Molière est souvent remplie de vers bon rimés, au point qu'il est difficile de ne pas reconnaitre là un parli pris, ou ide nature pourvue d'un instinct du rhythme vraiment extraordinaire.

Et ce qui sernble copfirmer le premier soupçon, c'est la différence qui se montre d'une pièce à une autre. Par exemple, le Festin de Pierre, qui est de la plus belle prose de Molière, et qui, par l'élévation des pensées, en plusieurs parties, semblait appeler la versification, le Festin de Pierre n'en présente que des traces fort rares qui pe valent pas qu'on en tiende compte.

Il en est de même de la Critique de l'École des Femmes : on sent que Mo

SCÈNE II. -- HALI, seul. Il fait noir comme dans un four : le ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche !, et je ne vois pas une étoile qui montre le bout de son nez. Sotte condition que celle d'un esclave, de ne vivre jamais pour soi, et d’être toujours tout entier aux passions d'un maître, de n'être réglé que par ses humeurs, et de se voir réduit à faire ses propres affaires de tous les soucis qu'il peut prendre! Le mien me fait ici épouser ses inquiétudes; et, parcequ'il est anioureux, il faut que nuit et jour je n'aie aucun repos. Mais voici des flambeaux, et, sans doute, c'est lui.

SCÈNE III. – ADRASTE, DEUX LAQUAJS, portant chacun un

flambeau; HALI.

ADRASTE. Est-ce toi, Hali?

HALI. Et qui pourroit-ce être que moi ? A ces heures de nuit, hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de courir maintenant les rues.

ADRASTE. Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui sente dans son cæur la peine que je seps. Car, enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre l'indifférence ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime, on a toujours au moins le plaisir de la plainte, et la liberté des soupirs ; mais ne pouvoir trouver aucune occasion de parler à ce qu'on adore, ne pouvoir savoir d'une belle si l'amour qu'inspirent ses yeux est pour Jui plaire ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquietudes; et c'est où me réduit l'incommode jaloux qui veille, avec tant de souci, sur ma charmante Grecque, et ne fait pas un pas sans la traîner à ses côtés.

lière s'y est surveillé. Au contraire, l'Avare est presque tout en vers libres, comme Amphitryon. L'auteur n'a pas eu le temps d'y attacher les rimes, mais la mesure y est déjà *. Il n'y a qu'à ouvrir au hasard.

(F. Génig.) 'Scaramouche étoit un personnage bouffon de l'ancien ihéâtre italien, qui étoit habillé de noir de la tête aux pieds, et dont le masque même étoit ravé de poir au front, aux joues et ali menton.

(Auger.j * Voir pour les exemples cirés par M. Génin, le Lexique, au mot Vers blancs.

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