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choisissent scrupuleusement les jours qui le font davantage briller ; qu'ils se gardent bien de se commeltre jamais en des lieux qui de contribuent pas à les faire paroitre élevés et pai faits ; à la bonne heure : mais que la charité redoute les mêmes inconvénients; que celle souveraine des ames chréliendes appréhende de voir sa dignité diininuée en quelque lieu qu'il lui plaise de se montrer, c'est ce qui ne se peut penser sans crime; et comme on a dit autrefois que plutôt que Caton fût vicieux, l'ivrogoerie seroit une vertu, on peut dire avec bien plus de raison que les lieux les plus infames seroient dignes de la présence de celle reine, plutôt que sa présence dans ces lieux pût porter aucune atteinte à sa dignité.

» En effet, monsieur, car ne croyez pas que j'avance ici des paradoxes, c'est elle qui les rend dignes d'elle, ces lieux si indignes en eux-mêmes : elle fait, quand il lui plaît, un temple d'un palais, un sanctuaire d'un théâtre, et un séjour de bénédictions et de graces d’un lieu de débauche et d'abomination. Il n'est rien de si profane qu'elle ne sanctifie, de si corrompu qu'elle ne purifie, de si méchant qu'elle ne rectifie, rien de si extraordinaire, de si inusilé et de si nouveau qu'elle ne justifie. Tel est le privilége de la vérité produite par cette vertu, le fondement de toutes les autres vertus.

" Je sais que le principe que je prétends établir a ses modifications comme tous les autres; mais je soutiens qu'il est toujours vrai et constant, quand il ne s'agit que de parler comme ici. La religion a ses lieux et ses temps affeclés pour ses sacrifices, ses céréinonies et ses autres mystères; on ne peut les transporter ailleurs sans crime; mais ses vérités, qui se produisent par la parole, sont de tous temps et de tous lieux; parceque le parler étant nécessaire en tout et partout, il est toujours plus utile et plus saint de l'employer à publier la vérité et à prêcher la vertu, qu'à quelque autre sujet que ce soil.

» L'antiquité, si sage en toutes choses, ne l'a pas été moins dans celle-ci que dans les autres; et les païens, qui n'avoient pas moins de respect pour leur religion que nous en avons pour la nôtre, n'ont pas craint de la produire sur leurs théâtres; au contraire, connoissant de quelle importance il étoit de l'imprimer dans l'esprit du peuple, ils ont cru sage

ment ne pouvoir mieux lui en persuader la vérité, que par les spectacles qui lui sont si agréables. C'est pour cela que leurs dieux paroissent si souvent sur la scène ; que les denoûments, qui sont les endroits les plus importants du poëme, ne se faisoient presque jamais de leur temps que par quelque divinité; et qu'il n'y avoit point de pièce qui ne fût une agréable leçon, et une preuve exemplaire de la clémence ou de la justice du ciel envers les hommes. Je sais bien qu'on me répondra que notre religion a des occasions affectées pour cet effet, et que la leur n'en avoit point; inais, outre qu'on ne sauroit écouter la vérité trop souvent et en trop de lieux, l'agréable manière de l'insinuer au théâtre est un avantage si grand par-dessus les lieux où elle paroît avec toute son austérité, qu'il n'y a pas lieu de douter, nalurellement parlant, dans lequel des deux elle fait plus d'impression.

» Ce fut pour toutes ces raisons que nos pères, dont la simplicité avoit autant de rapport avec l'Évangile que notre raffinement en est éloigné, voulant profiter à l'édification du peuple de son inclination naturelle pour les spectacles, instituerent premièrement la comédie, pour représenter la passion du Sauveur du monde, et semblables sujets pieux. Que si la corruption qui s'est glissée dans les meurs depuis ce temps heureux a passé jusqu'au théâtre, et l'a rendu aussi profane qu'il devoit être sacré; pourquoi, si nous somines assez heureux pour que le ciel ait fait naître dans nos temps quelque génie capable de lui rendre sa première sainteté, pourquoi l'empêcherons-nous, et ne permettronsnous pas une chose que nous procurerions avec ardeur, si la charité régnoit dans nos ames, et s'il n'y avoit pas tant de besoin qu'il y en a aujourd'hui parmi nous, de décrier l'hypocrisie, et de prêcher la véritable dévotion ?

» La seconde de mes réflexions est sur un fruit véritablemeut accidentel, mais aussi très important, que non-seulement je crois qu'on peut tirer de la représentation de l'Imposteur, mais même qui en arriveroit infailliblement. C'est que jamais il ne s'est frappé un plus rude coup contre tout ce qui s'appelle galanterie solide en termes honnêtes, que celle pièce; et que si quelque chose est capable de mettre la fidélité des mariages à l'abri des artifices de ses corrupteurs, c'est assurément celte comédie; parceque les voies les plus ordinaires et les plus fortes par où on a coutume (l'attaquer les femmes y sont tournées en ridicule d'une manière si vive et si puissante, qu'on paroîtroit sans doute ridicule quand on voudroit les employer après cela, et par conséquent on ne réussiroit pas.

» Quelques-uns trouveront peut-être étrange ce que j'avance ici; mais je les prie de n'en pas juger souverainement qu'ils n'aient vu représenter la pièce, ou du moins de s'en remettre à ceux qui l'ont vue; car bien loin que ce que je viens d'en rapporter suffise pour cela, je doule même si sa lecture tout entière pourroit faire juger tout l'effet que pro.luil sa représentation. Je sais encore qu'on me dira que le vice dont je parle, étant le plus naturel de lous, ne manquera jamais de charmes capables de surmonter tout ce que cette comédie y pourroil attacher de ridicule; mais je réponds à cela deux choses : l'une, que dans l'opinion de tous les gens qui connoissent le monde, ce péché, moralement parlant, est le plus universel qu'il puisse être; l'autre, que cela procède beaucoup plus, surtout dans les femmes, des ineurs, de la liberté et de la légèreté de notre nation, que d'aucun penchant naturel, étant certain que de toutes les nations civilisées il n'en est point qui y soit moins portée par le tempérament que la Françoise ; cela supposé, je suis persuadé que le degré de ridicule où cette pièce feroit paroître tous les entretiens et les raisonnements qui sont les préludes naturels de la galanterie du lète-à-lèle, qui est la dangereuse; je prétends, dis-je, que ce caractère de ridicule, qui seroit inséparablement attaché à ces voies et à ces acheminements de corruption, par celle représentation, seroit assez puissant el assez fort pour contre-balancer l'attrait qui fait donner dans le panneau les trois parts des femmes qui y donnent. ......"

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FIN DU DEUXIÈME VOLUME.

TABLE DES MATIÈRES

DU DEUXIÈME VOLUME,

Tages.

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La Princesse d'Élide.........
Don Juan, ou le Festin de Pierre........
L'Amour médecin........
Le Misanthrope.
Le Médecin malgré lui....
Mélicerte. .....
Pastorale comique...............
Le Sicilien, ou l'Amour peintre.......
Le Tartuffe, ou l'Imposteur........
Amphitryon .....................
George Dandin, ou le Mari confondu....
Relation de la Fête de Versailles..........
Appendice........

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Paris. -- Imprimerie de Mmo V. Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, 40, au Marais.

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