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SALIX ET PHOLOË,

OU

L'ORIGINE DU SAULE (1);

MÉTAMORPHOSE.

A MANT de Pholoë, le beau Salis un jour Sous l'ombrage des bois soupirait son amour. Pholoë, tendre et sage, en cette solitude Souvent laissait errer sa molle inquiétude; Tantôt joignant sa voix à la voix des oiseaux , Tantôt rêvant assise au bord des clairs ruisseaux, Parfois cueillant des fleurs, et de ces fleurs moins belles Relevant sans apprêts ses grâces naturelles. Son berger, s'il paraît, lui cause un doux plaisir; Mais elle aime sans crime, et sourit sans rougir. Lui, mêlant jusqu'alors, fidèle à l'innocence, Le respect au désir, la crainte à l'espérance, Il attendait qu'Hymen, de roses couronné, Vînt proclamer l'époux dans l'amant fortuné.

(1) Cette pièce n'est pas précisément une idylle ; mais elle devait précéder les idylles sur le Saule, qu'on trouvera ci-après , puisqu'elle contient l'origine de cet arbre.

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Id. et Egl.

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Qui peut compter, hélas ! sur ta vaine promesse,
Faible Raison ? L'Amour se rit de ta sagesse.
Pholoë, ce jour-là, sous un berceau lointain,
Se confiait, paisible, à la fraîcheur du bain :
Là, d'épais aliziers, penchés sur l'onde puré,
Protégeaient sa pudeur d'un rideau de verdure.
Le calme de ces lieux, leur silence écarté,
Ce demi-jour des bois, plus doux que la clarté,
Tout lui dit : « Ne crains pas un regard téméraire ,
» Belle Nymphe: pour toi veille ici le mystère ».

Cependant, vers cette onde ouverte à tant d'appas,
Le hasard , non le crime, avait conduit tes pas ,
Salix ; et seul coupable, à travers le feuillage
Zéphir t'a révélé les secrets du rivage.
Dieux! que d'attraits offerts à ton oil enflammé!
Pâris fut moins ému, qua nd sur l'Ida charmé
Il vit, galant arbitre, et Junon sans parure ,
Et Minerve sans voile, et Vénus sans ceinture.
Ici , des flots mouvans le limpide cristal
Trahit d'un sein de lis le contour virginal;
Là, sur l'azur des eaux, levant ses tresses blondes,
Elle semble Vénus sortant du sein des ondes.
Salix rougit, se trouble; un feu séditieux
Dans ses veines s'allume , étincelle en ses yeux ;
Il veut parler: sa voix expire, et vers la rive,
Demi-courbé , l'ail fixe, et l'oreille attentive,
Il tremble que son souffle, agitant les rameaux,
De son bruit délateur n'épouyate les eaux.

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Mais sur ces bo rds peu sûrs, Pholoë sans alarmes
Va reprendre le lin qui doit cacher ses charmes.
Légère, elle s'avance, et chaque mouvement
Livre un nouveau trésor aux regards d'un amart.
Insensé ! que fait-il ? quel délire l'égare ?
Il s'élance , il s'écrie : « Arrête au moins, barbare!
« La gaze défend mal des assauts du désir;
s) Tombe en mes bras sans voile, ou tu me vois mourir às

« Ciel!... ». Ce fut le seul cri de la vierge éperdue ;
Mais à ce cri d'effroi , l'onde au loin s'est émue;
Au fond de ses roseaux la naïade a frémi :
D'un murmure plaintif le bois som bre a gémi;
Et Diane, accourue à ce bruit qui l'attire ,
L'arc en main, va venger l'honneur de son empire.
Ta présence , o déesse ! a sauvé la pudeur:
Mais l'outrage imparfait arme encor ta fureur:
Salix fuyait ; soudain, frappé dans la colère,
O prodige! ses pieds s'attachent à la terre :
Tronc noueux, pour courir il fait de vains efforts ;
Une prison d'écorce enveloppe son corps ;
De son teint qui verdit les roses se ternissent;
Ses cheveux dans les airs en longs rameaux jaillissent,
Ses bras, que vers les cieux il tendait supplians,
Symboles de douleur, retombent languissans.
Saule , il chérit les eaux et son pâle feuillage
De sa maîtresse absente y cherche encor l'image.

DE GUERIE:

LE SAULE DE L'AMANT.

Humble Saule, ami du mystère,
Que je me plais sous tes rameaux!
Je chéris, amant solitaire,
Comme toi, le bord des ruisseaux.

Ta feuille pâle, enchanteresse,
Qu'agitent les moindres zéphirs ,
Inspire au coeur une tristesse
Qui vaut mieux que tous les plaisirs.

La prairie aime le murmure
Du ruisseau qui la suit toujours ;
Tu penches sur eux ta verdure
Pour mieux entendre leurs amours.

Ta feuille est mobile et tremblante;
Tu me peins l'Amour qui frémit;
Elle est douce, elle est languissante,
Tu me peins l'Amour qui gémit.

Que le myrte croisse à Cythere,
Qu'il pare les Ris et les Jeux;
Ta feuille m'est cent fois plus chère ;
Je suis un amant malheureux.

L'espoir n'adoucit point mes chaînes ;
Pour jamais mon coeur doit souffrir;
Mais plus je me plains de mes peines,
Et plus je craindrais d'en guérir.
Doux Saule, accrois mon esclavage,
Fais-moi jouir de mon tourment !
J'aime : ô bonheur! sous ton ombrage ,
Que j'aime encor plus tendrement!
À tes pieds dormait ma Bergère
Quand elle eut mon premier soupir:
Ah ! c'est là que je vis Glycère;
Ah! c'est là que je veux mourir!

Ducis.

LE SAULE DU SAGE.

Saule, que j'aime ton ombrage !
Qu'il plaît à mon cour attendri !
La vie, hélas! n'est qu'un orage :
Voudrais-tu m'offrir un abri?

J'ai long-temps bravé la tempête ;
Saule, je viens mourir au port.
Sous les vents tu courbes ta tête :
Tu m'apprends à céder au sort.

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