Images de page
PDF
[ocr errors]

L, campagne languissait, Aride , embrasée, Et Flore dépérissait Faute de rosée : D'Aurore les tendres pleurs Ne pouvaient suffire ; Tout brûlait l'émail des fleurs, Même le zéphire. | Enfin le ciel se couvrit : r On reprit courage ; Mais une autre frayeur prit ; C'était un orage : # Déjà le vent déchaîné Fait frémir la terre ; - Dans le nuage entraîné Gronde le tonnerre : Le crêpe affreux de la nuit Cache la lumière ; TLe voyageur tremblant fuit Sous une chaumière ; Mais la peur qui l'y conduit Entre la première.

Cependant de longs torrens
D'une fraîche pluie
Humectent les prés mourans,
Leur rendent la vie ;
Déjà Flore a soulevé
Sa tige flétrie,
Et le gazon abreuvé
Rit dans la prairie.

Hier de même il m'advint
Que près d'Aspasie
Une querelle survint ;
C'était jalousie.
Dame Discorde , entre nous,
Criait, faisait rage ;
Mais l'Amour à nos genoux
Riait de l'orage.
Enfin ce dieu prévalut :
Douce paix fut faite,
Et l'orage me valut

Récolte complète. HoFFMAN.

PHILÈNE ET LAURE.

Dé, du soir l'ombre légère
Couvrait la cime des coteaux ;
La jeune et timide bergère
Ramenait des champs ses troupeaux :
Triste et pensif le beau Philène
Sous le saule d'une fontaine
Seul laissait errer ses chevreaux,
Et, rejetant chien et houlette,
Il soupirait sur sa musette
Ces chants redits par les échos :

Si ton berger, ingrate Laure,
T'est désormais indifférent,
Immole un amant qui t'adore,
Et qui périt en t'adorant.
Dieux qui vîtes notre tendresse,
Sauvez celle qui me délaisse
D'être ainsi délaissée un jour !
Ma mort remplira son envie :
Elle pourra m'ôter la vie,
Mais non pas m'ôter mon amour !
Id. et Egl. 1 l

En vain dans l'eau de ces fontaines
Je cours éteindre mon ardeur ;
L'amour dans mes brûlantes veines !
S'allume avec plus de fureur.
Innocens agneaux que j'envie ,
Ah ! rien ne trouble votre vie ;
L'Amour est pour vous sans danger ;
Ce dieu dispense en ses caprices
Au troupeau toutes les délices,
Et tous les tourmens au berger !

Sur votre écorce, avant l'aurore,
Ormeaux, combien ai-je tracé
Le nom de ma perfide Laure
Avec mon nom entrelacé !
Croissez, couvrez-vous de feuillage ;
Le rossignol sous votre ombrage
Viendra lamenter sa douleur :
Un jour, sous votre asile sombre,
Le voyageur, cherchant de l'ombre,
Sentira palpiter son cœur.

En revenant des pâturages,
Tous deux pressés de nous revoir,
Ma Laure et moi dans ces bocages,
Tous deux nous devancions le soir.
Sans avoir revu ma compagne
Deux fois dans la triste campagne

L'ombre a bruni le vert des bois.
Ah! que Laure vive et m'oublie !
Laure, si tu perdais la vie, /
Hélas! je la perdrais deux fois !

Penchée à travers la feuillée,
Laure entendit ce triste chant :
Joyeuse à la fois et troublée,
Elle vole vers son amant.
La brebis que tu m'as donnée,
Par quelque berger détournée,
N'est qu'en ce moment de retour.
Ah ! s'écrie aussitôt Philène,
Les vents ont emporté ma peine,
Et n'ont laissé que mon amour !

[ocr errors][merged small][ocr errors]

Assis au rivage des mers,
Quand je sens l'amoureux Zéphire
Agiter doucement les airs,
Et souffler sur l'humide empire,

« PrécédentContinuer »