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Le ciel mit, en formant les hommes,
Les autres êtres sous leurs lois.
A ne nous point flatter, nous sommes
Leurs tyrans plutôt que leurs rois.
Pourquoi vous mettre à la torture ?
Pourquoi vous renfermer dans cent canaux divers?
Et pourquoi renverser l'ordre de la nature,
En vous forçant de jaillir dans les airs ?
Si tout doit obéir à nos ordres suprêmes,
Si tout est fait pour nous, s'il ne faut que vouloir,
Que n'employons-nous mieux ce souverain pouvoir !
Que ne régnons-nous sur nous-mêmes !
Mais, hélas ! de ses sens esclave malheureux,
L'homme ose se dire le maître
Des animaux, qui sont peut-être
Plus libres qu'il ne l'est, plus doux, plus généreux,
Et dont la faiblesse a fait maître
Cet empire insolent qu'il usurpe sur eux !
Mais que fais-je! où va me conduire
La pitié des rigueurs dont contre eux nous usons ?
Ai-je quelque espoir de détruire
Des erreurs où nous nous plaisons ?
Non; pour l'orgueil et pour les injustices
Le coeur humain semble être fait.
Tandis qu'on se pardonne aisément tous les vices,
On n'en peut souffrir le portrait.
Hélas! on n'a plus rien à craindre ;
Les vices n'ont plus de censeurs ;

Le monde n'est rempli que de lâches flatteurs :
Savoir vivre, c'est savoir feindre.
Ruisseau, ce n'est plus que chez vous
Qu'on trouve encor de la franchise :
On y voit la beauté ou la laideur qu'en nous
La bizarre nature a mise ;
Aucun défaut ne s'y déguise ;
Aux rois comme aux bergers vous les reprochez tous;
Aussi ne consulte-t-on guère
De vos tranquilles eaux le fidèle cristal ;
On évite de même un ami trop sincère.
Ce déplorable goût est le goût général.
Les leçons font rougir; personne me les souffre :
Le fourbe veut paraître homme de probité.
Enfin, dans cet horrible gouffre
De misère et de vanité
Je me perds ; et plus j'envisage
La faiblesse de l'homme et sa malignité,
Et moins de la Divinité
En lui je reconnais l'image.
Courez, ruisseau, courez, fuyez-nous ; reportez
Vos ondes dans le sein des mers, d'où vous sortez,
Tandis que, pour remplir la dure destinée
Où nous sommes assujettis,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hasard nous a donnée,
Dans le sein du néant d'où nous sommes sortis.
M.me DEsHoULIÈREs.

LE RUISSEAU DE CHAMPIGNI.

RuissEAU qui baignes cette plaine, l
Je te ressemble en bien des traits :
Toujours même penchant t'entraîne ;
Le mien ne changera jamais.

Tu fais éclore des fleurettes ;
J'en produis aussi quelquefois :
Tu gazouilles sous ces coudrettes ;
De l'Amour j'y chante les lois.

Ton murmure flatteur et tendre
N'y cause ni bruit ni fracas :
Plein du souci qu'Amour fait prendre,
Si j'en murmure, c'est tout bas.

Rien n'est, dans l'empire liquide,
Si pur que l'argent de tes slots :
L'ardeur qui dans mon sein réside
N'est pas moins pure que tes eaux.

Des vents qui font gémir Neptume
T'u braves les coups redoublés :
Des cruels jeux de la Fortune
Mes sens ne sont jamais troublés.

f

Je ressens pour ma tendre amie
Cet amoureux empressement ! #
Qui te porte vers la prairie
Que tu chéris si constamment.

Quand Thémire est sur ton rivage,
Dans tes eaux l'on voit son portrait :
Je conserve aussi son image ;
Dans mon cœur elle est trait pour trait.

Tu n'as point d'embûche profonde ;
Je n'ai point de piége trompeur :
On voit jusqu'au fond de ton onde ;
On lit jusqu'au fond de mon cœur.

Au but prescrit par la Nature
Tu vas toujours, d'un pas égal,
Jusqu'au temps où, par sa froidure,
L'hiyer vient glacer ton cristal.

Sans Thémire je ne puis vivre ;
Mon but à son cœur est fixé ;
Je ne cesserai de la suivre

Que quand mon sang sera glacé. PANARD. AU RUISSEAU

DE DAME MARIE - L E S - L IS .

IRuisseau paisible et pur, frais et charmant ruisseau ;
Honneur soit à la nymphe antique
Qui, sous sa voûte humble et rustique,
Epanche mollement les trésors de ton eau !
Va de tes flots d'argent, non loin de ton berceau,
Arroser l'agreste bocage
Où vient le rossignol te chanter ses amours ;
Coulé, à sou doux ramage, en murmurant toujours,
Le long du modeste ermitage
Où,constant dans ses mœurs,comme toi danston cours,
Mon solitaire ami , content de vivre en sage,
Sur tes bords peu connus, aime à cacher ses jours.
Jadis, dans leur marche pompeuse,
Il entendit gronder le Danube et le Rhin ;
Il vit tomber, bondir au pied de l'Apennin,
L'Éridan descendu de sa roche écumeuse.
Oh ! qu'il aime bien mieux, sur cette rive heureuse,
Voir le soir, à pas lents, revenir un troupeau !
Le jour, y voir jouer les enfans du hameau;

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