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Naïade, entourez-moi dans ces sombres retraites :
Puissé-je, près de vous, de vos ondes discrètes,
Perdre sans nul regret d'inutiles désirs,
Oublier un instant et mes peines secrètes
Et de trop tendres souvenirs !
DELANDINE.

LE PÈCHEUR ;

IMITATION D'UNE BARcARoLLE ITALIENNE.

Pais des bords fleuris où le Tage ,
Avec orgueil, roule ses flots,
Indifférent encore, un Pêcheur, en ces mots,
Insultait à l'Amour sur sa flûte sauvage :
Dieu méchant ne crois pas, un jour,
M'asservir à ta loi cruelle ;
Tout mon trésor c'est ma nacelle :
Mes filets sont tout mon amour.

Lorsque de la plaine liquide

J'ai surpris un jeune habitant ;
Ainsi, dis-je, l'Amour, aux piéges qu'il me tend,
Voudrait faire tomber ma jeunesse timide.

Non, méchant, ne crois pas, un jour,
M'asservir à ta loi cruelle :
Tout mon trésor c'est ma nacelle :
Mes filets sont tout mon amour,

J'ai vu l'amant de Glycerie ;
Hélas! le pauvre infortuné !
J'ai cru voir un navire aux vents abandonné,
Déplorable jouet des ondes en furie.
Ah ! méchant, ne crois pas, un jour,
M'asservir à ta ioi cruelle :
Tout mom trésor c'est ma nacelle :
Mes filets sont tout mon amour.°

Nœris alors, sur le rivage, Promenait sa tendre langueur ; Elle approche, elle entend l'insensible Pêcheur Chanter avec fierté sur sa flûte sauvage : Dieu méchant, ne crois pas, un jour, M'asservir à ta loi cruelle : Tout mon trésor c'est ma macelle : Mes filets sont tout mon amour.

D'un œil où se peint la tendresse,

Elle l'appelle; il suit ses pas ; Il la suit : ébloui de ses jeunes appas, L'imprudent, de ces bords, croit suivre la déesse,

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| 146 ENCYCLOPÉDIE PoÉTIQUE. L'imprudent! hélas! dès ce jour Il va subir la loi cruelle. Adieu filets, adieu nacelle,

Le Pêcheur est pris par l'Amour.
BERQUIN.

LE TEMPS PASSÉ.

Bonns du Lignon, charmans rivages,
Lieux toujours chers à la beauté,
Pourquoi n'offrez-vous plus aux sages
Les délices des premiers âges ;
L'amour et la fidélité ?

Jadis sur vos lits de verdure
Les Amours fixaient le bonheur ;
Ils y régnaient sans imposture ;
Leurs lois, que dicta la nature,
Formèrent le code du cœur.

La jeune et sensible bergère
Était fidèle à son berger;
Elle me voulait que lui plaire ;
Et le berger, toujours sincère,
Ne savait pas être léger.

Leur temple était l'ombre d'un hêtre,
Leur prêtre, l'Amour ingénu :
Le berger, sous ce dais champêtre,
N'était que ce qu'il devait être ;
Ardent, mais toujours retenu.

Au feu de la Délicatesse
Le cœur épurait les désirs ;
Dans l'asile de la Tendresse,
Les Ris admettaient la Sagesse,
Et la Sagesse les Plaisirs.

Lise, sage sans être prude,
Sans ornement que la candeur,
Ne se fit point une habitude
D'étudier quelle attitude
Plaît en imitant la Pûdeur.

Le tendre Amour dans la retraite
Venait régner avec les Jeux : .
Son sceptre était une houlette,
Sa couronne une violette,
Et ses sujets un peuple heureux.

Tel fut le monde en son enfance ;
Oui, tels furent les biens réels
Dont s'embellit notre existence
Au temps heureux où l'innocence
Etait la raison des mortels.

Ce n'est pas une belle fable ;
C'est l'histoire de nos aïeux :
S'il n'eût jamais été coupable,
Si l'homme eût su m'être qu'aimable,
L'homme serait encore heureux.
M.me BoURDIC-VIoT.

· LAMoUR DÉSARMÉ.

Du soleil , sur notre hémisphère,
L'aurore annonçait le retour ;
Et des Heures la main légère,
En se succédant tour à tour,
De l'Olympe ouvrait la barrière
Au char brûlant du dieu du jour.
Par degrés versant la lumière,
Du sombre chaos de la muit
" Il tire la nature entière,
| Et l'univers est reproduit.
Déjà Cérès et ses compagnes,
Pour moissonner ses dons nouveaux,
Se répandaient dans les campagnes :
Les bergères, loin des hameaux,
Devant elles, dans la prairie,
Chassaient lentement leurs troupeaux
Bondissant sur l'herbe fleurie. .

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