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Sous le vert des berceaux naissans,
Embaumés des parfums de Flore,
Au bruit des zéphirs caressans,
Thémire reposait encore.
On voyait briller sur son teint »
Les couleurs vives que la rose,
Au souffle de l'Amour éclose,
Déploie à nos yeux le matin.
Des fleurs composaient sa parure ;
Sans le secours de l'imposture
Elle était belle ; et ses appas
Foulaient un tapis de verdure,
Trône immortel de la nature,
Que les rois me connaissent pas.
L'Amour, paré des mains des Grâces,
Des Ris et des Jeux sur ses traces
Rassemblant le folâtre essaim,
Vit Thémire, vola près d'elle,
Se reposa sur son beau sein ;
Et sur elle étendant une aile,
Qu'il laissa tomber mollement,
Parmi les fleurs, ce dieu charmant
S'endormit près de l'immortelle.
Les rayons dorés du soleil,
Perçant à travers le feuillage,
Eclairaient ce riant bocage,
Où, dans le modeste appareil
D'une jeune et simple bergère, 3*
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Elle se livrait au sommeil.
Du rossignol la voix légère
Chante l'instant de son réveil ;
Sa faible et timide paupière
Que l'éclat du jour éblouit,
Par degrés s'ouvre à la lumière ;
Thémire voit, pense et jouit
Du sentiment du nouvel être :
Comme une fleur qui vient de maître ,
Son front serein s'épanouit.
Des sens les organes renaissent ;
Et des songes qui disparaissent
Le prestige s'évanouit.
Tremblante et presqu'inanimée,
En voyant l'Amour dans ses bras,
Thémire éprouve l'embarras
Qui peint la sagesse alarmée.
De la pudeur le cri perçant
Echappe à sa bouche ingénue :
Avec transport son âme sent
Le besoin d'être soutenue
Contre le charme triomphant
De ce dieu qui s'offre à sa vue
Avec les grâces d'un enfant.
Thémire, en tremblant, le caresse :
Le souris de la volupté
Peint sur la lèvre enchanteresse
De cet enfant si redouté,

Dans l'âme de Thémire excite
Ce sentiment, ce feu vainqueur
Qu'elle ignorait, et qui l'agite.
Un soupir échappe à son cœur ;
Sa faible vertu qui chancelle,
Cède et triomphe tour à tour :
Mais la fierté qu'elle rappelle
Détruit le charme de l'Amour.
« Enchaînons le tyran du monde »,
Dit-elle, « et que, chargé de fers,
» Il laisse en une paix profonde
» Respirer enfin l'univers ».
Soudain du brillant assemblage
Des tresses de ses beaux cheveux,
Cette nymphe, formant des nœuds,
Enchaîne cet enfant volage.
Ce dieu s'éveille; et, transporté
Des mêmes feux qu'il nous inspire,
Il jette avec avidité .
Des regards fixés sur Thémire.
L'Amour avec rapidité
La voit, brûle, adore et désire.
Dans ses yeux, plus beaux que les siens,
Avec complaisance il se mire :
Il veut s'élancer, et soupire
En apercevant ses liens.
Ses regards languissans expriment
Et ses regrets et ses douleurs ;

D'un feu mouveau ses yeux s'animent : Mais ce feu s'éteint dans les pleurs. « Divinité de ce bocage », Lui dit ce dieu tout éploré, » Plaignez l'erreur et le naufrage » D'un enfant qui s'est égaré : » Prenez pitié de ma jeunesse : » L'ivresse suit la volupté, » Et l'Amour s'égare sans cesse » Sur les traces de la beauté. » Des bras de Psyché, que j'adore, » Echappé pour faire un bouquet, » Dans ces jardins qu'embellit Flore, » J'ai cru la retrouver encore, » En vous voyant dans ce bosquet ». « Amour, ne crois pas me séduire » Par un langage si flatteur », Dit la nymphe avec un sourire ; » Je connais ton art enchanteur : » Il n'eut jamais sur moi d'empire. » Tendre, emporté, vif et pressant, » L'Amour est un enfant perfide » Qui nous blesse en nous caressant. » Armé d'une flèche homicide, » Ton orgueil osait aspirer » A triompher d'un cœur timide, » Et peut-être à le déchirer ». » Pour calmer vos vives alarmes »,

Lui dit le dieu, « prenez mes armes,
» Et rendez-moi la liberté.
» Je n'en aurai pas moins de charmes,
» Et je serai moins redouté ».

En brisant ses liens, Thémire

Saisit son arc et son carquois ; .
Elle parcourt, contemple, admire
Les flèches dont l'Amour déchire
Le cœur des bergers et des rois.
Depuis ce jour ce dieu volage, -
Parmi les jeux du badinage
Promène ses douces erreurs ;
Et l'univers paisible et sage
N'est plus troublé par ses fureurs.
Il folâtre autour de Thémire,
Qui, sur les mortels, chaque jour,
Lance les flèçhes qu'elle tire
Du carquois doré de l'Amour. -
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La pièce qu'on va lire ne peut pas être précisément considérée comme une églogue ; son caractère même a quelque chose plus que pastoral; mais nous avons pensé que nos lecteurs nous sauraient gré de la leur donner ; elle adoucira du moins la monotonie du genre.

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