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Quatre cornes il a, dont deux, près des oreilles, En douze ou quinze plis se courbent à merveilles D'une entorse ridée, et en tournant se vont Cacher dessous le poil qui lui pend sur le front. Je le

gage pourtant. Vois comme il se regarde! Il vaut mieux que le cerf que ta Toinon te garde.

NAVARRIN.

J'ai dans ma gibecière un vaisseau fait au tour,
De racine de buis , dont les anses d'autour .
D'artifice excellent de même bois sont faites,
Où maintes choses sont diversement portraites.

Presque tout au milieu du gobelet est peint
Un satyre cornu , qui de ses bras étreint,
Tout au travers du corps, une jeune bergère,
Et la veut faire choir dessus une fougère.
Son couvre-chef lui tombe, et a de toutes parts,
A l'abandon du vent, ses beaux cheveux épars,
Dont elle est courroucée, ardente en son courage,
Tourne loin du satyre arrière le visage,
Essayant d'échapper, et de la dextre main
Lui arrache le poil du menton et du sein ;
De lui froisser le nez de l'autre elle s'efforce ,
Mais en vain : le satyre est vainqueur par la force.

Un houbelon rampant, à bras longs et retors, De ce creux gobelet passemente les bords, En court , en se pliant, à l'entour de l'ouvrage: Tel qu'il est toutefois je le mets pour mon gage.

GUISIN

Je mets une houlette en lieu de ton vaisseau.
L'autre jour, que j'étais assis près d'un ruisseau ,
N'ayant auprès de moi d'outils que mon alene,
Je pris et travaillai la tige d'un beau frêne.

A la fin, la baillant à Jean, ce bon ouvrier (1)
M'eu fit une houlette; et si n'y a chevrier,
Ni berger en ce bois, qui ne donnât pour elle
La valeur d'un taureau , tant elle semble belle.

Une nymphe y est peinte , ouvrage nompareil,
Essuyant ses cheveux aux rayons du soleil,
Qui deçà, qui delà, dessus le col lui pendent,
Et dessus la boulette à petits flots descendent.

Loin, derrière son dos, et gissante à l'écart
Sa panetière enflée, en laquelle un renard
Met le nez finement, et, d'une ruse étrange,
Y trouve un déjeûner, et tout soudain le mange.
L'eil de Toinon le voit sans être courroucé,
Tant elle est attentive à l'oeuvre commencé.

Si mettrai-je pourtant une telle houlette ,
Que j'estime en valeur autant qu'une musette,

(1) Nous n'avons pas besoin de faire apercevoir à nos lecteurs que ce mot ouvrier serait aujourd'hui de trois syllabes; mais on remarquera que les hiatus, qui n'ont entièrement disparu de la poésie française que depuis Malherbe, sont beaucoup moins fréquens dans Ronsard que dans les autres poëtes de son temps. Id, et Egl.

15

LES CHANSONS DES PASTEURS.

ORLÉANTIN.

Forêts, quel crève-cour, quelle amère tristesse
Vous tenait quand jadis la germaine jeunesse (1),
Qui sent toujours la bise éventer son harnois,
Sans crainte briganda le sceptre des François,
Et s'enflant de l'espoir d'une fausse victoire,
Vint boire , au lieu du Rhin, les eaux de notre Loire!

Le peuple avait perdu toute fidélité;
Le citoyen était banni de la cité ;
Les autels dépouillés de leurs saints tutélaires,
Les temples ressemblaient aux déserts solitaires,
Sans feu, sans oraison ; et les prêtres sacrés
Servaient de proie, hélas ! sur l'autel massacrés!
Nul tant maigre troupeau ne se traînait sifr l'herbe,
Qu'il ne fût égorgé par l'ennemi superbe ,
Qui, d'une main barbare, emportait, pour butin,
Gras et maigre troupeau, et pasteur et mâtin.

Les faunes et les pans, et les nymphes compagnes,
Se cachèrent d'effroi sous le creux des montagnes,
Abhorrant le carnage et les glaives tranchans,
Et nulle déité n'habitait plus aux champs.
Les herbes commençaient à croître par

les Oisives par les champs, se rouillaient les charrues :

rues ;

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Car la Terre irritée, en guise de moissons,
Ne voulait plus donner qu'épines et chardons.

Mais un Bourbon, qui prend sa céleste origine
Du tige de nos rois et d'une Catherine,
A

rompu le discord, et doucement a fait Que Mars, bien que grondant, se voit pris et défait.

Cette nymphe royale, et digne qu'on lui dresse Des autels, tout ainsi qu'à Pallas la déesse, La première nous dit: Pasteurs, comme devant, Dégoisez vos chansons, et les jouez au vent, Et aux grandes forêts , si longuement muettes ; - Rapprenez les accords de vos vieilles musettes, Et menez désormais par les prés vos taureaux, Et dormez sûrement sous le frais des ormeaux.

Aussi bien tous les ans, à certains jours de fêtes, Donnant repos aux cbamps, à nous et à nos bêtes, Lui ferons un autel, tel que ceux de Junon, Et long-temps par les bois sera chanté son nom.

Il n'y aura berger, soit qu'au matin il mène, Soit qu'il ramène au soir son troupeau porte-laine, Qui , songeant à part soi que d'elle seulement Est provenue au moins la fin de son tourment, Ne lui verse du miel, et qui ne lui nourrisse A part, dans une prée, une blanchè genisse; Ne lui sacre aux jardins un pin le plus épais, Un ruisseau le plus clair, un antre le plus frais; Et lui offrant ses voeux ,

hautement ne l'appelle La mère de nos dieux, la française Cybelle.

LES CHANSONS DES PASTEURS.

ORLÉANTIN

Forêts, quel crève-coeur, quelle amère tristesse
Vous tenait quand jadis la germaine jeunesse (1),
Qui sent toujours la bise éventer son harnois,
Sans crainte briganda le sceptre des François,
Et s'enflant de l'espoir d'une fausse victoire,
Vint boire , au lieu du Rhin, les eaux de notre Loire!

Le peuple avait perdu toute fidélité;
Le citoyen était bauni de la cité ; !
Les autels dépouillés de leurs saints tutélaires,
Les temples ressemblaient aux déserts solitaires,
Sans feu, sans oraison ; et les prêtres sacrés
Servaient de proie, hélas ! sur l'autel massacrés!
Nul tant maigre troupeau ne se traînait sur l'herbe,
Qu'il ne fût égorgé par l'ennemi superbe,
Qui, d'une main barbare, emportait, pour butin,
Gras et maigre troupeau, et pasteur et mâtin.

Les faunes et les pans, et les nymphes compagnes, Se cachèrent d'effroi sous le creux des montagnes, Abhorrant le carnage et les glaives tranchans, Et nulle déité n'habitait plus aux champs.

Les herbes commençaient à croître par les rues ; Oisives

par les champs, se rouillaient les charrues :

(1) Les Allemands.

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