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Venez donc les ouïr, sans disputer en vain ;
Otez de vos flageols et la bouche et la main :
Vous êtes tous unis d'amitié mutuelle ;
Puis la paix entre vous vaut mieux que la querelle.

En réfléchissant sur les noms d'Orléantin , Angelot, Navarrin et Guisin , il est facile de voir que cette églogue n'est autre chose qu'un conseil donné aux princes de ce temps sous une forme allégorique. La plupart des églogues de Ronsard n'ont pas d'autre but ; c'est pourquoi il donnait presque toujours à ses héros champêtres des noms qui se rattachaient à ceux des plus grands personnages des cours sous lesquelles il a vécu. Henri II était désigné sous le nom d'Henriot; Charles IX, sous celui de Carlin ; Catherine de Médicis, sous celui de Catin , etc.

La pièce que l'on va lire serait aujourd'hui beaucoup plus considérée comme une élégie que comme une églogue : elle en a le caractère autant par le motif qui lui a donné lieu, que par la douleur et la sensibilité qui la distin

guent.

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Couur les herbes fleuries
Sont les honneurs des prairies,
Et des prés les ruisselets,
De l'orme la vigne aimée,
Des bocages la ramée,
Des champs les blés nouvelets : •.

Ainsi tu fus, ô princesse !
(Ainçois plutôt, ô déesse ! )
Tu fus la perle et l'honneur
Des princesses de notre âge ,
Soit en splendeur de lignage,
Soit en biens, soit en bonheur.
Il me faut point qu'on te fasse
Un sépulcre qui embrasse
Mille thermes en un rond , -
- Pompeux d'ouvrages antiques,
Et brave en piliers doriques,
Élevés à double front.

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Dites aux filles du ciel :
Venez, mouches ménagères ;
Pliez vos ailes légères ;
Faites ici votre miel.

Ombragez d'herbes la terre,
Tapissez-la de lierre ;
Plantez un cyprès aussi ,
Et notez dedans à force,
Sur la mouailleuse écorce ,
Derechef ces vers ici :

Pasteurs, si quelqu'un souhaite
D'être fait nouveau poëte,
Dorme au frais de ces rameaux ;
Il le sera sans qu'il ronge
Le laurier, ou qu'il se plonge
Sous l'eau des tertres jumeaux.

Semez après milles roses,
Mille fleurettes décloses ;
Versez du miel et du lait ;
Et, pour annuel office,
Répandez, en sacrifice,
Le sang d'un blanc agnelet.

D'après la lecture de ces deux églogues, il ne nous serait pas difficile de prouver ce que nous avons avancé, que la poésie pastorale, comme la poésie en général, ne date en France, pour le goût, les principes et la pureté du langage, que de Malherbe et de Racan.

Il faut convenir cependant que, dans son poëme de la Franciade , Ronsard a des tirades qui ne sont pas à dédaigner ; je ne citerai que celle-ci sur les Effets de l'Hérésie. Ce tableau doit être pour nous d'une vérité bien frappante :

\ .

Ce monstre arme le fils contre son propre père ;
Le frère audacieux s'arme contre son frère,
La sœur contre la sœur; et les cousins-germains
Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains;
L'oncle hait son neveu, le serviteur son maître ;
La femme ne veut plus son mari reconnaître ;
Les enfans sans raison disputent de la foi,
Et tout à l'abandon va sans force et sans loi.
L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique,
Le pasteur ses brebis, l'avocat sa pratique,
La nef le marinier, son trafic le marchand,
Et par lui le prud'homme est devenu méchant ;
L'écolier se débauche ; et de sa faux tortue
Le laboureur façonne une dague pointue.

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