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L' ABSENCE.

MiséRABLE troupeau, qui, durant la froidure,
Vois ces champs sans moisson et ces prés sans verdure,
Sache que pour jamais l'espoir nous est ôté
D'avoir en ce climat de printemps ni d'été.
L'astre par qui les fleurs émaillaient les campagnes,
Par qui le serpolet parfumait les montagnes,
Et par qui finissait cette froide saison,
A porté sa lumière en un autre horizon,
Et dans ces tristes lieux n'en reste aucune flamme,
Que celle que l'Amour en conserve en mon âme.
Combien en ce malheur je bénirais les cieux
Si, quand leur tyrannie éloigna de mes yeux
Celle dont la présence est mon heur et ma gloire,
Ils eussent de mon âme éloigné sa mémoire !
Soit que le jour renaisse au sommet des rochers,
Et commence à dorer la pointe des clochers,
Ou soit que dans les eaux sa lumière finisse,
Je ne pense jamais qu'aux beautés d'Artenice.
Quand les plus douces nuits assoupissènt les corps,
Et font que les vivans sont semblables aux morts,

Que toutes les couleurs sont réduites en une »
Mon esprit, délivré de la foule importune,
Se forme sa figure aussi belle qu'elle est,
Lorsque, ne voyant rien, il voit ce qui lui plaît,
Et, par les mêmes vœux dont je l'ai réclamée,
Adore cette image en mon âme imprimée.
Pourquoi n'usez-vous pas, ô mon divin soleil,
Des flammes de vos yeux comme votre pareil ?
Lorsqu'il nous quitte au soir, il remporte dans l'onde
Ses rayons éternels dont il éclaire au monde,
Et souffre que les corps et les esprits lassés
Accordent le repos à leurs travaux passés.
Mais en quelque climat où le ciel vous emmène,
Je me trouve jamais de relâche à ma peine.
Dieux ! que ma passion a de témérité !
Que les conseils d'Amour sont pleins de vanité,
De m'adresser à vous, dont la race divine
Du sang même de Pan a pris son origine,
Et de qui les appas, trop chastement gardés,
Par le seul Alcidor omt été possédés ;
Celui de qui la mort, si digne de la vie,
Fit moins aux braves cœurs de pitié que d'envie,
Et que l'on estimait tant, qu'il fut parmi nous
Le salut des troupeaux et la terreur des loups !
Ai-je des qualités qui ne semblent petites
Lorsque je les compare à ses moindres mérites?
Il le faut avouer avecque vérité,
Il me passait en tout, hors en fidélité :

Mais cela ne m'est pas une grande louange ;
A quelle autre beauté pourrais-je aller au change ! .
Quelle autre a des appas plus charmans et plus doux,
Ou quelle autre a l'esprit plus aimable que vous ?
Certes, bien que ma foi n'eût jamais de seconde,
Qu'elle soit, comme vous, la meilleure du monde,
N'est-ce pas être injuste au prix de vos beautés,
De croire vous aimer comme vous méritez ? -
Pour moi, toutes les fois queje pense aux merveilles
Dont votre bel esprit ravissait mes oreilles,
Ou que je me souviens des aimables appas ,
En qui mes yeux trouvaient la vie et le trépas,
Repassant à loisir en ma triste mémoire
Ce bienheureux état du comble de ma gloire,
En ce grand changement je reconnais assez
Que les plus doux plaisirs sont les plus tôt passés.
Lorsque je me retrouve en ces belles demeures
Où les jours les plus longs ne m'étaient que des heures,
Cela ne sert de rien qu'à me ramentevoir
Que je n'y verrai plus ce que j'y soulais voir.
Cet agréable pré, cette fertile plaine,
Qui paraient à l'envi les rives de la Seine ;
Ces jardins où la grâce étalait ses appas,
Alors que tant de fleurs y naissaient sous vos pas ;
Tous ces lieux où l'Amour, plein d'attraits et de flamme,
Donnait par vous ses lois à tant de belles âmes,
Et tout ce qu'a Paris de plus délicieux,
Est ce qui maintenant m'est le plus ennuyeux.

Plus triste et plus chagrin que le temps où nous sommes
J'évite également l'abord de tous les hommes ;
Les lieux les plus déserts me semblent les plus doux ;
Je ne veux entretien que de penser à vous ;
Et, soit que je m'arrête aux grâces naturelles
Qui vous font estimer un miracle des belles,
Celles dont vous marchez, celles dont vous parlez,
De combien de douceurs vos refus sont mêlés !
Ou que, pensant plus haut, ma raison étonnée
Admire les beautés dont votre âme est ornée,
Je n'y trouve qu'appas dont mon cœur se repaît ;
Même de vos rigueurs le souvenir me plaît.
Combien j'ai désiré, bel astre que j'adore,
De payer le bonheur de vous revoir encore
Des maux les plus cruels et les plus rigoureux
Dont Amour puisse rendre un esprit malheureux !
Qu'alors que tous mes soins tâcheront de vous plaire,
Vous me me puissiez voir sans haine ou sans colère ;
Qu'aucun de mes desseins ne puisse réussir ;
Que jamais votre cœur ne se veuille adoucir ;
Qu'il me refuse tout : pourvu que je vous voie,
Je penserai jouir du comble de ma joie.
Ainsi parlait Arcas durant cette saison
Qui retient au foyer tout le monde en prison,
Plaignant moins toutefois, en ce commun supplice,
L'absence du beau temps que celle d'Artenice.
RA CAN.

CLIMÈNE.

A M. LE MARQUIS DE MoNTAUzIER,

Tincis mourait d'amour pour la belle Climène,
Sans que d'aucun espoir il pût flatter sa peine :
Ce berger, accablé de son mortel ennui, /
Ne se plaisait qu'aux lieux aussi tristes que lui :
Errant à la merci de ses inquiétudes,
Sa douleur l'entraînait aux noires solitudes ;
Et des tendres accens de sa mourante voix
Il faisait retentir les rochers et les bois.
Climène, disait-il, ô trop belle Climène,
Vous surpassez autant les nymphes de la Seine
Que ces chênes hautains et si verts et si beaux
Des humides marais surpassent les roseaux !
Votre divin esprit, votre beauté divine
Du plus pur sang des dieux marquent votre origine.
Le Soleil qui voit tout, et qui nous fait tout voir,
N'eut jamais, tant que vous, d'éclat ni de pouvoir :
Où vous portez vos yeux, les forêts reverdissent ;
Où vous disparaissez, toutes choses languissent;
Les fleurs ne peuvent naître ailleurs que sous vos pas,
Et le printemps n'est point où l'on ne vous voit pas !

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