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Qui n'admire le lustre et la fraîcheur des roses,
Aux roses qu'a l'Amour sur vos lèvres écloses ?
Où peut-on voir, qu'en vous, ces œillets et ces lis,
Qui paraissent toujours nouvellement cueillis !
Mais, plus ces doux attraits vous rendent adorable,
Plus ces attraits si doux me rendent misérable,
Si vous considérez tant de charmes divers
Comme autant de sujets de mépriser mes vers.
De votre belle bouche une seule parole
M'est ce qu'au voyageur est l'herbe fraîche et molle ;
Et l'aise de vous voir est à mon cœur blessé
Ce qu'une eau claire et vive est au cerf relancé.
Jamais rien de si beau n'a paru sur la terre.
Mais toujours vos rigueurs me déclarent la guerre ;
Et ce qu'à nos troupeaux est la fureur des loups,
Ce qu'est à nos vergers l'Aquilon en courroux, · -
Ce qu'à nos épis mûrs est la pluie orageuse, -
Telle est votre colère à mon âme amoureuse !
Je me m'en dédis point, je n'aimerai que vous :
Mais Iris m'assurait d'un empire plus doux ;
Et je me sens si las de votre tyrannie,
Que presque j'ai regret à la fière Uranie.
J'ai regret à Philis, encor qu'elle aime mieux
L'indiscret Alidor, la honte de ces lieux,
Qu'elle soit mille fois plus changeante que l'onde,
Qu'elle soit brune encore, et que vous soyez blonde.
Hélas! de vains désirs si long-temps enflammé,
Faut-il toujours aimer où l'on n'est point aimé !

Hélas! de quel espoir est ma flamme suivie,
Si, lorsque dans les pleurs je consume ma vie,
Celle pour qui je souffre un sort si rigoureux
Trouve tant de plaisir à me voir malheureux ?
En mille et mille lieux de ces rives champêtres,
J'ai gravé son beau nom sur l'écorce des hêtres ;
Sans qu'on s'en aperçoive, il croîtra chaque jour :
Hélas! sans qu'elle y songe ainsi croît mon amour !
Pour éclairer autrui comme un flambeau s'allume,
Pour en servir une autre ainsi je me consume.
Ah ! si du même trait dont mon coeur est blessé...
Mais ne poursuivons point ce discours insensé :
Je serai trop heureux, belle et jeune Climène,
S'il vous plaît seulement consentir à ma peine.
N'ai-je point quelque agneau dont vous ayez désir ?
Vous l'aurez aussitôt, vous n'avez qu'à choisir :
Et si Pan le défend de tout regard funeste,
Aux yeux des enchanteurs j'abandonne le reste.
Pan a soin des brebis, Pan a soin des pasteurs,
Et Pan me peut venger de toutes vos rigueurs.
Il aime, je le sais, il aime ma musette ;
De mes rustiques airs aucun il ne rejette ;
Et la chaste Pallas, race du roi des dieux,
A trouvé quelquefois mon chant mélodieux ;
Des grandes déités Pallas la plus aimable,
La plus victorieuse, et la plus redoutable.
Par elle, sous le frais de ces jeunes ormeaux,
Je puis, quand il me plaît, enfler mes chalumeaux ;
Et je puis ne chanter que mon amour fidèle,
Quoiqu'on ne dût chanter que sa gloire immortelle,
Et que je doive encore à sa seule bonté
Cette délicieuse et douce oisiveté.
Sous ces feuillages verts, venez, venez m'entendre ;
Si ma chanson vous plaît, je vous la veux apprendre.
Que n'eût pas fait Iris pour en apprendre autant ?
Iris que j'abandonne, Iris qui m'aimait tant !
Si vous vouliez venir, ô miracle des belles,
Je vous enseignerais un nid de tourterelles :
Je vous les veux donner pour gage de ma foi,
Car on dit qu'elles sont fidèles comme moi.
Climène, il me faut pas mépriser nos bocages ;
Les dieux ont autrefois aimé nos pâturages ,
Et leurs divines mains, aux rivages des eaux,
Ont porté la houlette et conduit les troupeaux.
L'aimable déité qu'on adore à Cythère
Du berger Adonis se faisait la bergère.
Hélène aima Pâris, et Pâris fut berger ;
Et berger on le vit les déesses juger.
Quiconque sait aimer peut devenir aimable ;
Tel fut toujours d'Amour l'arrêt irrévocable.
Hélas! et pour moi seul change-t-il cette loi ?
Rien m'aime moins que vous, rien n'aime tant que moi !
Généreux Montauzier, dont l'âme vigilante
Assure le repos des bergers de Charente,
Qui des lauriers de Mars tant de fois couronné,
Des lauriers d'Apollon fais gloire d'être orné,

Daigne pour un moment, sur cette fraîche rive,
Ouir de mon berger la musette plaintive.
Ainsi tout l'univers de Julie et de toi
Entende la louange et l'aime comme moi.
SEGRAIs.

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Sen la fin d'un beau jour, aux bords d'une fontaine,
Corilas sans témoins entretenait Ismène :
Elle aimait en secret , et souvent Corilas
Se plaignait de rigueurs qu'on ne lui marquait pas.
Soyez content de moi, lui disait la bergère ;
Tout ce qui vient de vous est en droit de me plaire :
J'aime avec passion les airs que vous chantez,
J'aime à garder les fleurs que vous me présentez ;
Si vous avez écrit mon nom sur quelque hêtre,
Aux traits de votre main j'aime à vous reconnaître.
Pourriez-vous bien encor ne vous pas croire heureux ?
Mais n'ayons point d'amour; il est trop dangereux.
Je veux bien vous promettre une amitié plus tendre
Que ne serait l'amour que vous pourriez prétendre :
Nous passerons les jours dans nos doux entretiens ;
Vos troupeaux me serout aussi chers que les miens ;

Si de vos fruits pour moi vous cueillez les prémices,
Vous aurez de ces fleurs dont je fais mes délices.
Notre amitié peut-être aura l'air amoureux ;
Mais n'ayons point d'amour ; il est trop dangereux.
Dieux! disait le berger, quelle est ma récompense !
Vous ne me marquerez aucune préférence ;
Avec cette amitié dont vous flattez mes maux
Vous vous plairez encore aux chants de mes rivaux !
Je ne connais que trop votre humeur complaisante !
Vous aurez avec eux la douceur qui m'enchante,
Et ces vifs agrémens, et ces souris flatteurs
Que devraient ignorer tous les autres pasteurs.
Ah ! plutôt mille fois... Non, non, répondait-elle ;
Ismène à vos yeux seuls voudra paraître belle.
Ces légers agrémens que vous m'avez trouvés,
Ces obligeans souris vous seront réservés :
Je n'écouterai point sans contrainte et sans peine
Les chants de vos rivaux, fussent-ils pleins d'Ismène ;
Vous serez satisfait de mes rigueurs pour eux.
Mais n'ayons point d'amour; il est trop dangereux.
Eh bien ! reprenait-il, ce sera mon partage
D'avoir sur mes rivaux quelque faible avantage :
Vous savez que leurs cœurs vous sont moins assurés,
Moins acquis que le mien, et vous me préférez ;
Tout autre l'aurait fait : mais enfin dans l'absence
Vous n'aurez de me voir aucune impatience ;
Tout vous pourra fournir un assez doux emploi,
Et vous trouverez bien la fin des jours sans moi.

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