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On a beau murmurer, quelque dessein qu'on fasse, Tout le temps est perdu qui sans aimer se passe.

- T I M A R E TT E. On dit que je suis belle, et je ne le crois pas : Mais qui plus que l'Aurore eut de charmans appas ? Céphale aimait Procris ; l'Aurore matinale Quittait pourtant les cieux pour courre après Céphale. E U R I L A S. Tes yeux, quand plus sereins tu me les laisses voir, D'un seul de leurs regards raniment mon espoir. Ta bouche fait bien plus; un mot qu'elle veut dire, Au plus fort de mes maux, apaise mon martyre ! T I M A R E T T E. Ménalque et Licydas ont su faire des vers Dignes d'être chantés par cent peuples divers ; Mais mon jaloux berger, sous ce vieux sicomore, En fit un jour pour moi, que j'aime mieux encore. E U R I L A S. Un Zéphire plus lent agite ces roseaux ; Il sort un vif éclat du cristal de ces eaux ; L'air devient pur et net ; ma divine bergère, Si j'en crois ces objets, apaise sa colère. De ces prompts changemens les signes gracieux Marquent qu'un trait plus doux est parti de ses yeux. SEGRAIs.

A L C ANDRE.

- Les bergers d'un hameau célébraient une fête ;
Chacun d'eux plus paré méditait sa conquête,
Ne respirait qu'amour, et n'était appliqué ,
Qu'au soin de voir, de plaire, et d'être remarqué.
Ce soin, mais plus secret, occupait les bergères :
On avait pris conseil des ondes les plus claires,
On avait dérobé des fleurs aux prés maissans ;
Rien n'était oublié des secours innocens
Qu'en ces lieux la nature et si simple et si belle
Peut recevoir d'un art presqu'aussi simple qu'elle.
Ici, sous des rameaux exprès entrelassés,
Où jouaient les rayons dont ils étaient percés,
On formait tour à tour des danses différentes :
Heureux ceux qui tenaient la main de leurs amantes!
Là, dans une campagne on disputait un prix ;
L'amour plus que la gloire anime les esprits :
Les belles aux bergers inspirent de l'adresse :
Heureux qui met le prix aux pieds de sa maîtresse !
Tout l'air retentissait du bruit confus et doux
Des flûtes, des hautbois, et des oiseaux jaloux :
Il naissait mille amours ; ce temps les favorise ;
Ils étaient moins craintifs, ce temps les autorise :

De toutes parts enfin, par mille jeux divers,
A la joie, au plaisir les cœurs étaient ouverts :
Alcandre, Alcandre seul n'en était point capable ;
A peine il reconnut un jour si remarquable :
En voyant ce spectacle, il s'en trouva surpris,
Triste, mais tendre effet de l'absence d'Iris.
Il se dérobe, il fuit une importune foule ;
Par des chemins couverts en secret il se coule ;
Aussitôt qu'il arrive au milieu des coteaux ,
D'où les yeux aisément découvrent les hameaux,
Il y voit l'allégresse en tous lieux répandue,
Pour un amant qui souffre insupportable vue !
Il s'arrête, et pressé de ses vives douleurs :
Tout rit, tout est en joie, et moi, dit-il, je meurs.
Dix fois du sein des eaux la lumière est sortie,
Depuis que du hameau ma bergère est partie ;
Je faisais de la voir le plus doux de mes soins ;
Si je ne la voyais, je la cherchais du moins,
L'amour me conduisait, et je me manquais guère
A découvrir les lieux qui cachaient la bergère ;
Mais maintenant, hélas ! j'erre en ces mêmes lieux
Plein d'elle, et sans espoir qu'elle s'offre à mes yeux.
Ciel ! que le soleil marche à pas lents sur nos têtes !
, Quels jours ! quelle tristesse ! et l'on songe à des fêtes !
On danse en ce hameau ! que je me tiens heureux
D'être ici solitaire, éloigné de ces jeux !
Et qu'y ferais-je ? Quoi! je pourrais voir Doride
De louanges toujours et de douceurs avide,

Et Madonte qui croit qu'Iris me la vaut pas,
Et Stelle qui jamais n'a loué ses appas,
Y briller en sa place, y triompher de joie ?
Goûtez bien le bonheur que le sort vous envoie,
Bergères; jouissez de mille vœux offerts ;
Dans l'absence d'Iris les momens vous sont chers.
Qu'elle eût orné les jeux! que d'yeux tournés surelle !
Et qu'on m'eût rendu fier en la trouvant si belle !
Elle eût mis cet habit qu'elle-même a filé,
Chef-d'œuvre de ses doigts qu'on n'a point égalé.
Souvent à cet ouvrage un peu trop attachée,
Il semblait de mon chant qu'elle fût moins touchée ;
Il est vrai cependant que, pour mieux m'écouter,
La belle quelquefois voulait bien le quitter.
Elle aurait mis en nœuds sa longue chevelure ;
La jonquille à ces nœuds eût servi de parure :
Elle est jaune, Iris brune, et sans doute l'emploi
De cueillir cette sleur me regardait que moi.
Peut-être dans les jeux elle eût bien voulu prendre
Le moment d'un regard mystérieux et tendre
Qu'avec un air timide elle m'eût adressé,
Et de tous mes tourmens j'étais récompensé.
Peut-être qu'à l'écart si je l'eusse trouvée
D'une troupe jalouse un peu moins observée,
Elle m'eût, en fuyant, dit quelques mots tout bas,
Avec sa douce voix et son doux embarras ;
Elle l'a déjà fait aux noces de Silvie :
Ce plaisir imprévu pensa m'ôter la vie....

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Mon cœur se trouble encore à ce seul souvenir :
Quel moment! ah ! grands dieux, s'il pouvait revenir !
Alcandre, que dis-tu : La bergère est absente
Peut-être pour long-temps, peut-être peu constante ;
Et jusqu'à ses faveurs tu portes ton espoir !
Tu serais trop heureux seulement de la voir.
FoNTENELLE.

D A P HIN IS.

DArnNIs, le beau Daphnis, l'honneur de ces hameaux,
Qui, dans la tranquille Ausonie,
De Pan conduisait les troupeaux,
Accablé sur ces bords d'une peine insinie,
Négligeait ses moutons, brisait ses chalumeaux ;
Ses charmes n'avaient plus leur éclat ordinaire.
L'emjoué Lysidor, dont le doux entretien
Si souvent avait su lui plaire, l
Conduit par le hasard dans ce lieu solitaire,
Ne l'eût pas connu sans son chien.
Surpris, à grands pas il s'approche
De l'endroit où Daphnis poussait de longs soupirs ;
Et, touché de ses déplaisirs,
Il lui fit ce tendre reproche :

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