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L Y s I D o R. Lorsque vous formez le dessein D'aller prendre des tourterelles ; Quand, pour parer d'Iris et la tête et le sein, Vous cherchez les fleurs les plus belles, Vous confiez toujours vos secrets à ma foi. Puisque dans ces bois, dans ces plaines, Vous partagez vos plaisirs avec moi, Que m'y partagez-vous vos peines ? D A P H N I S. Ah ! prenez moins de part à mon sort rigoureux. Sur ces bords, où j'attends la mort que je souhaite, · Agréable berger, laissez-moi, je le veux ; Et, pour vous souvenir d'un ami malheureux, Gardez mon chien et ma houlette. L Y S I D O R. Ciel! de quoi peut se plaindre un berger si parfait ? De sa douleur sachons la cause.

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Quand les arbres sont rajeunis,
Quand tout rit, d'où vient, cher Daphnis,
Qu'un affreux chagrin vous dévore ?
DA PH N 1 s.
L Y S I D O R .
Fait exprès pour jouir du destin le plus doux,
A quelle erreur votre âme est-elle abandonnée ?

Vous méritez vos maux. Pourquoi conservez-vous
Une tendresse infortunée ? -
De cette conduite obstinée
Vous n'avez point trouvé d'exemple parmi nous.
Du siècle où nous vivons il faut suivre l'usage.
Croyez-moi, les vieux goûts ne sont plus applaudis.
Serait-il beau d'user du barbare langage
Que nos pères parlaient jadis !
D A P H N IS,
Sur ces bords mouillés de mes Iarmes,
En proie à mes douleurs, à mes jaloux transports,
J'ai fait, pour n'aimer plus, d'inutiles efforts.
Malgré mes dépits, mes alarmes,
Je ne suis pas moins enflammé.
Un amour malheureux est un tourment bien rude !
Mais, hélas! Lysidor, quand on a bien aimé,
Quand le cœur s'en est fait une douce habitude,
- Ce n'est point par l'inquiétude
Qu'il en est désaccoutumé.
L Y S I D O R ,
Cependant, lorsqu'une âme est une fois saisie
De ces inquiètes fureurs
Que fait naître une juste et forte jalousie,
La gloire éteint l'amour dans les plus tendres cœurs :
Daphnis, écoutez-la quand elle vous appelle.
Méprisez votre injuste Iris.
Ce n'est que par un vrai mépris
Qu'on se venge d'une infidèle.

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A mon cruel destin nul destin n'est égal ;
On ne m'arrache point le cœur de ma bergère.
Si quelque heureux rival l'avait rendu légère,
Hélas! j'aurais du moins le plaisir de mon mal,
D'aller percer le cœur de cet heureux rival !
Mais, sans être infidèle, ô Dieux ! le puis-je croire !
Iris manque de foi ! Iris ne m'aime plus !
Tandis que vos moutons paîtront ces prés herbus,
Écoutez de mes maux la déplorable histoire.
J'aimais, j'étais aimé; je passais de beaux jours ;
L'aimable Iris et moi nous nous voyions sans cesse,
Et nos feux s'augmentaient toujours.
Rien ne devait, hélas! alarmer ma tendresse.
On maltraitait tous mes rivaux ;
Et cependant l'excès de ma délicatesse
Me livrait tous les jours à d'incroyables maux.
Je m'en plaignais à ma maîtresse,
Et mes jaloux soupçons se trouvaient toujours faux.
Enfin, moins tendre, et rebutée
Des importuns chagrins de mon cœur amoureux,
Ma belle bergère irritée
Résolut d'éteindre ses feux.
Averti d'un dessein à mes jours si funeste,
Je tremblai, je pâlis ; je courus pour la voir....
Mon effroyable désespoir,
Lysidor, vous apprend le reste.

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Quand vous croyez avoir attiré vos malheurs,
Votre âme n'est point abusée.
Votre Iris a payé vos soins par des faveurs,
Tant que l'amour a fait ses plaisirs, ses douleurs !
Mais la tendresse s'est usée.
Au lieu de l'ennuyer par des plaintes, des pleurs,
Il fallait à son tour la rendre un peu jalouse.
Écoutait-elle des douceurs,
Il fallait en compter à douze.
Daphnis, un amant de bon sens
Doit quelquefois dommer des sujets de se plaindre.
Les plaisirs les plus vifs deviennent languissans,
- Quand on en jouit sans rien craindre (1).
Mais que nous veut Timandre # il s'approche de nous.
Venez-vous demander secours contre les loups ?

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Non ; je viens apporter une heureuse nouvelle
Au tendre et fidèle Daphnis. /

Qu'il ne soupire plus, ses malheurs sont finis.

Iris souffre pour lui ce qu'il souffre pour elle.

(1) J.-J. Rousseau, dans son Devin du village, a, selon nous, | admirablement défini cette pensée en deux vers : L'amour croît, s'il s'inquiète ; Il s'endort, s'il est content.

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La pure vérité.
Il est moins aisé qu'il ne pense
De passer de l'amour à la tranquillité.
A peine Iris vous eut défendu sa présence,
Que de cruels remords son cœur fut agité.
Quelque temps avec fermeté
Elle en soutint la violence ;
Mais il fallut enfin céder à son amour.
, Le dépit qu'en eut la bergère,
Alluma dans son sein une ardeur étrangère
Qui la consume nuit et jour.
Sachant pour son repos jusques où va la mienne,
Elle m'a fait tantôt approcher de son lit.
Cherchez Daphnis, m'a-t-elle dit ;
Et, s'il m'aime encor, qu'il revienne.
Je suis parti d'abord, et mes soins empressés....
Vous m'avez rencontré, dit Daphnis, c'est assez.
A l'instant il reprit une allégresse entière,
Embrassa Timandre ; et, pour prix
De tous les soins qu'il avait pris,
Il lui donna sa panetière,
Et, transporté de joie, il vola chez Iris.

· M.me DEsHoULIÈREs.

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