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Quiconque se voudra faire une vie heureuse,
Que content il s'attache à la vie amoureuse ;
Qu'il quitte pour jamais l'ambitieuse cour ;
Qu'il vienne dans ces bois, borné de son amour,
(A ses jeunes désirs son âme abandonnée)
Se faire une innocente et libre destinée.

Aminte, arrête un peu ; vois sur ce vieux cormier
Le baiser amoureux du sauvage ramier,
Les caresses qu'il fait à sa compagne aimée,
Qui d'un même désir se fait voir animée.
Peut-on, considérant leur innocent souci,
Ne pas dire en soi-même : Heureux qui vit ainsi !

Sur ce vert alizier vois ces deux tourterelles Se chercher, s'approcher, et tremousser des ailes ; Si l'une des deux fuit, soudain l'autre suivra ; Et tant qu'elles vivront ce plaisir durera.

Aminte, approche-toi de ce plaisant bocage ; Entends de ces oiseaux l'agréable ramage : Ce qu'ils chantent la nuit, ce qu'ils chantent le jour, Aminte, tout cela ne parle que d'amour. Chantez, petits oiseaux : mul danger, nulle crainte N'interrompe jamais votre amoureuse plainte : Chantez, petits oiseaux ; et puissé-je toujours Avecque vous chanter mes fidèles amours!

- SEGRAIs.

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· LICIDAs.

SitvAsInE vivait sans avoir de tendresses
Elle perdait le temps d'une aimable jeunesse
Et, ce qui méritait de plus grands châtimens,
Elle le faisait perdre à deux ou trois amans.
Souvent contre l'Amour, même contre sa mère,
Contre l'aimable troupe adorée en Cythère,
Elle tint des discours offensans et hardis :
Je serais bien fâché de les avoir redits.
Elle quitta pourtant sa fierté naturelle,
Non sur de nouveaux soins qu'un amant eut pour elle ;
L'Amour m'en fit paa tant, et la réduisit bien ;
Toute cette fierté cessa presque sur rien.
Un jour elle épia Mirène avec Zélide.
Tandis que le soleil brûlait la terre aride,
Sous un ombrage épais ces amans retirés,
Du reste des mortels se croyaient délivrés.
Un buisson les trahit aux yeux de Silvanire ;
D'un entretien d'amans elle eut dessein de rire ;
Plaisir qui lui devait sans doute être interdit.
Cieux ! quels discours charmans Silvanire entendit :
Devine-les, Atys, toi qui sais comme on aime ;
C'étaient de ces discours dictés par l'Amour même,

Que les indifférens ne peuvent imiter,
Qu'un amant hors de là ne saurait répéter.
Ils étaient quelquefois suivis par un silence ;
Au défaut de la voix les yeux d'intelligence
Confondaient des regards vifs, quoique languissans,
Et craintifs et flatteurs, doux ensemble et perçans.
Zélide en rougissait, et cette honte aimable
Exprimait mieux encore un amour véritable ;
Et Mirène charmé lisait dans sa rougeur
Des secrets qu'à demi cachait encor son cœur.
Tantôt de leurs amours l'histoire est retracée,
La rencontre où d'abord leur âme fut blessée,
Le lieu, même l'habit que Zélide avait pris,
Rien n'est indifférent à des cœurs bien épris ;
Les premières rigueurs qu'eut à souffrir Mirène,
Dont la bergère alors ne convenait qu'à peine,
Mille riens amoureux pour eux seuls importans,
Quels sujets d'entretien à des amans contens !
Ils s'occupent tantôt d'un simple badinage,
Qui des tendres amours est le charmant partage,
Que le respect pourtant accompagne toujours ;
Doux respect, qui lui-même aide aux tendres amours.
Mais pour les amuser ce qui pouvait suffire,
Par quel art, cher Atis, se pourrait-il décrire ?
Quelque débat entre eux survenu pour un chant
Que chacun croyait rendre encore plus touchant,
Quelque fleur que Mirène arrachait à la belle,
Et dans le mouvement que causait la querelle

Une main de Zélide, ou bien un bras baisé,
Un vain courroux d'amante aussitôt apaisé,
Que sais-je ? mille jeux que l'Amour autorise ,
Une innocente offense, une feinte surprise,
D'une liberté douce effets pleins d'agrémens,
Voilà ce qui changeait leurs heures en momens.
Silvanire conçut qu'elle était moins heureuse ;
De ce lieu solitaire elle sortit rêveuse ;
Les plus beaux de ses jours, quoiqu'exempts de souci,
Tranquilles, fortunés, ne coulaient point ainsi.
Elle croyait toujours voir Zélide et Mirène,
Toujours de leurs discours sa mémoire était pleine,
Présage d'une ardeur qui s'allait allumer ;
Elle sentit enfin qu'il lui manquait d'aimer.
Bientôt de ses amans Lisis, le plus aimable,
A ses vœux empressés la trouva favorable ,
Bientôt.... mais qu'ai-je encore, Atis, à te conter?
Silvanire en chemin ne doit pas s'arrêter ;
Bientôt sur tous les soins que la tendresse inspire
On ne distingua plus Zélide et Silvanire.
De l'Amour cependant admire les attraits,
Le mal se prend à voir deux amans de trop près.

FoNTENELLE.

DAPHNIS.

DArnsis, l'âme aux douleurs sans cesse abandonnée,
Lorsque la froide nuit de pavots couronnée
Assoupit nos ennuis et nous force à dormir,
Le cœur blessé d'amour, me faisait que gémir.
Absent d'Amarillis, et sans nulle espérance
De voir sitôt finir cette cruelle absence ,
Seul dedans sa cabane attendant le matin ,
Il plaignait vainement son malheureux destin.

O belle Amarillis, si chère à ma pensée !
Vois, disait-il, les maux dont mon âme est blessée;
Je suis persécuté par l'amour et le sort,
Eloigné de tes yeux et voisin de la mort.
Maintenant le sommeil dans nos hameaux assemble
Les maîtres des troupeaux et les troupeaux ensemble ;
Le vent n'agite plus les feuilles des forêts,
Les bruyères des champs, ni les joncs des marais ;
Les mâtins ont cessé d'aboyer à la lune ; .
Les hiboux ont mis fin à leur plainte importune ;
Tout dort dans la mature ; et Daphnis seulement,
Privé de ce repos, soupire son tourment ;
Car, sitôt que du jour la lumière est éteinte,
Parmi l'obscurité se réveille ma plainte ; At

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