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Cherchons la dans le cœur des hommes,
Dans ces regrets trop superflus,
Qui disent dans ce que nous sommes
Tout ce que nous ne sommes plus.

Qu'un savant des fastes des âges
Fasse la règle de sa foi;

Je sens de plus sûrs témoignages
De la mienne au-dedans de moi.

Ah! qu'avec moi le ciel rassemble,
Apaisant enfin son courroux,
Un autre cœur qui me ressemble ;
L'âge d'or renaîtra pour nous.

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LES MOUT O N S.

HéLAs ! petits moutons, que vous êtes heureux !
Vous paissez dans nos champs sans souci, sans alarmes;
Aussitôt aimés qu'amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes :
Vous ne formez jamais d'inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles cœurs l'amour suit la nature :
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L'ambition, l'honneur, l'intérêt, l'imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous.
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l'usage.
Innocens animaux, n'en soyez point jaloux ;
Ce n'est pas un grand avantage :
Cette fière raison, dont on fait tant de bruit,
Contre les passions m'est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un cœur qui l'appelle à son aide,
Est tout l'effet qu'elle produit.
Toujours impuissante et sévère,
Elle s'oppose à tout, et ne surmonte rien.

Idylles. 3

Sous la garde de votre chien Vous devez beaucoup moins redouter la colère Des loups cruels et ravissans, Que, sous l'autorité d'une telle chimère, Nous me devons craindre nos sens. Ne vaudrait-il pas mieux vivre, comme vous faites, Dans une douce oisiveté ? Ne vaudrait-il pas mieux être, comme vous êtes, Dans une heureuse obscurité, Que d'avoir, sans tranquillité, Des richesses, de la naissance, De l'esprit et de la beauté ! Ces prétendus trésors, dont on fait vanité, Valent moins que votre indolence : Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ; Par eux plus d'un remords nous ronge. Nous voulons les rendre éternels, Sans songer qu'eux et nous passerons comme un songe. Il n'est dans ce vaste univers Rien d'assuré, rien de solide : Des choses ici bas la fortune décide Selon ses caprices divers : Tout l'effort de notre prudence Ne peut nous dérober au moindre de ses coups. Paissez, moutons, paissez sans règle et sans science ; Malgré la trompeuse apparence, Vous êtes plus heureux et plus sages que nous. M.me DEsHoUEIÈREs.

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Antoine Coutel, né à Paris en 1622, mort à Blois en 1693, publia un recueil de poésies de sa façon, ayant pour titre : Promenades de messire Antoine Coutel. Il y a apparence que madame Deshoulières s'était allé promener de ce côté-là; car son Idylle des Moutons est tirée presque mot à mot de ce recueil. Il n'y a d'autre différence entre l'ouvrage de Coutel et le sien, si ce n'est que l'un est en grands vers rangés par quatrains, et l'autre en vers libres : à cela près, les pensées, les expressions, les tours, les rimes sont absolument semblables. On a voulu justifier madame Deshoulières sur ce larcin, en accusant l'auteur des Promenades d'être le vrai plagiaire; mais on oubliait que l'édition des poésies de Coutel a précédé de plusieurs années l'impression des premiers ouvrages de madame Deshoulières. D'ailleurs , il suffit d'être un peu connaisseur, pour juger que l'Idylle de Coutel a un caractère original. La voici, afin qu'on puisse la comparer avec celle de madame Deshoulières.

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