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Sans doute le perside au pied de quelque belle
Se fait de mes chagrins un bonheur auprès d'elle ;
Et, pour la flatter mieux, méprisant ma beauté ,
Le parjure se rit de ma crédulité.
Dieux, sur la foi desquels j'ai perdu l'innocence ,
De mon volage amant daignez tirer vengeance !
Elle achevait ces mots quand Tircis accourut :
A l'aspect du berger son courroux disparut.
Eh quoi donc ! lui dit-elle avec un regard tendre,
Depuis quand un amant se fait-il tant attendre ?
Bergère, reprit-il, calmez votre courroux ;
J'étais sur ces gazons deux heures avant vous.
Vous arriviez enfin ; mais, disgrâce imprévue !
Un loup au même instant s'est offert à ma vue :
Il entraînait, grands dieux , quelle alarme pour moi !
Cet agneau si chéri, gage de notre foi.
O Ciel ! pour mon amour quel funeste présage !
Ai je dit ; mais, cruel , je méprise ta rage ;
Quoique je sois ici sans houlette et sans chien,
Tu sentiras bientôt qu'un amant ne craint rien.
Enfin jusqu'en son for la bête poursuivie
A perdu sous mes coups sa proie avec sa vie.
J'ai vengé par sa mort nos plaisirs différés :
Pouvais-je moins punir qui nous a séparés !
La bergere à ces mots lui raconte ses craintes?
Le fidèle Tircis en fit de douces plaintes.
Philis, d'un air confus approuvant ses raisons,
Par de nouveaux sermens expia ses soupçons.
L'Abbé MANGENoT.

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VIENs ; préside, Aréthuse, au dernier de mes chants.
Qui peut à mon Gallus refuser ses accens ?
Peu de vers pour Gallus, mais sur un ton si tendre,
Que même Lycoris se plaise à les entendre !
Que, pour prix de tes soins, ton cristal toujours pur
Des flots siciliens perce le sombre azur,
Et que jamais la Nymphe, épouse de Nérée,
Ne mêle d'amertume à ton onde sacrée !
Commençons, et tandis que des jeunes ormeaux
Nos chevreaux pétulans tondent les verts rameaux,
Chantons Gallus en proie à sa langueur secrète.
Mes chants sont écoutés ; la forêt les répète.
Nymphes des eaux, quels bois vous dérobaient aujour,
Quand Gallus expirait d'un déplorable amour !
Le Pinde et ses coteaux, l'Hippocrène et sa source
N'avaient point cependant retenu votre course.
Les lauriers, la bruyère ont pleuré ses destins ;
Le lycée, et les monts du Ménale aux longs pins,
Pleuraient Gallus couché sous la roche déserte.
Ses bêlantes brebis vont lamentant sa perte :

Ne les dédaigne point, Gallus; au bord des eaux Le charmant Adonis a gardé les troupeaux. Le pâtre vient; des bœufs vient pesamment le guide ; De la froide glandée encore tout humide, Ménalque vient; Phébus vient lui-même : « Insensé ! » Lycoris près d'un autre habite un camp glacé ! » Secouant de grands lis et des fleurs bocagères, Silvain parut, orné de guirlandes légères. Pan à son tour, le teint d'hièble coloré : · « D'un étermel ennui seras-tu dévoré ! » Dit-il. Le traître Amour s'applaudit de tes peines. » L'herbe des prés a soif de l'onde des fontaines, » L'abeille de cytise, et l'Amour de mos pleurs. » Triste, il répond:«Témoins de mes longues douleurs, Dites-les à vos monts, pasteurs de l'Arcadie , Pasteurs seuls renommés pour votre mélodie. Oh! si vos doux accords redisaient mon tourment, Que Gallus au tombeau dormirait mollement! Plût aux dieux que Gallus eût vos champs pour patrie ! Ou pâtre, ou vendangeur de la grappe mûrie, J'eusse obtenu l'amour d'Amynte ou de Phyllis ; L'une ou l'autre, m'importe ! ah ! si l'éclat des lis Refusa d'embellir le teint bruni d'Amynte, Noire est la violette, et noire l'hyacinthe. Près de moi, sous le saule aux mourantes couleurs, L'une eût chanté des airs, l'autre eût cueilli des fleurs. Là, sont deseaux, des prés; là, sousun mol ombrage, Nous eussions attendu le terme de notre âge.

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Mais loin de ton pays, sous les tentes de Mars,
Le fol Amour t'entraîne au milieu des hasards.
Des Alpes et du Rhin, il est donc vrai, cruelle,
Tu braves, et sans moi , la froidure éternelle !
Ah ! que puissent du moins t'épargner les frimas !
Que les glaçons tranchans n'offensent point tes pas !

J'irai ; sur les pipeaux qu'entendit Syracuse,
J'oserai de Chalcis reproduire la muse.
J'irai seul défier les tigres et les ours :
Sur les arbres des bois j'écrirai mes amours ;
De ces arbres maissans les écorces fidèles
Croîtront. O mes amours ! vous croîtrez avec elles !

Aux nymphes du Ménale osant m'associer,
J'atteindrai de mes traits l'horrible sanglier ;
De chiens hurlans, malgré ses glaces conjurées,
Je ceindrai Parthénie et ses forêts sacrées.
Mais déjà je parcours le bois retentissant :
Du Parthe sous ma main siffle l'arc menaçant ,
Il lance du Crétois la flèche inévitable.
Trompeurs soulagemens! l'Amour impitoyable
Daigne-t-il s'attendrir aux tourmens des humains ?
Loin de moi , chants d'amour, dryades et silvains !
Forêts! disparaissez ; votre ombre m'importune :
Rien ne peut, je le sens, tromper mon infortune.
De l'Hèbre et du Strymon quand je boirais les eaux,
Quand aux champs lybiens bondiraient mes troupeaux
Sous l'orme desséché que Sirius dévore,
L'Amour, l'ardent Amour m'y poursuivrait encore.

L'Amour soumet le monde, et je cède à l'Amour. »
Muses, laissons dormir les échos d'alentour.
C'est assez; vous m'avez révélé vos merveilles,
Tandis que, sous l'ombrage, en légères corbeilles
Ma main arrondissait les joncs obéissans.
Donnez près de Gallus du prix à mes accens,
Lui pour qui chaque jour croît mon amitié tendre,
Comme on voit au printemps l'ormeau croître et s'étendre !
La nuit vient; levons-nous, fuyons l'ombre des nuits;
Car l'ombre est dangereuse aux chanteurs comme aux fruits,
Et du genévrier je crains le noir feuillage.
Troupeaux rassasiés, retournez au village.

MILLEvoYE.

L'AMOUR MA L ENTEND U.

IMPrrorARLE loi d'un sexe malheureux ,
Devoir cruel, qui m'oblige au silence !
Que tu me fais souffrir de tourmens rigoureux !
Tircis se plaint de mon indifférence.
Hélas ! que ce berger a peu d'expérience !
S'il savait lire dans mes yeux,
Il verrait bien qu'il est plus heureux qu'il ne pense.

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