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O Muses de Sicile, élevons notre voix.
Bien peu savent aimer l'humble asile des bois,
Et s'il faut qu'en mes vers leur charme se retrace,
Muses, près d'un consul, que mes vers trouvent grace !
Déjà le ciel accorde à nos vœux exaucés,
Ces temps par la Sybille autrefois annoncés ;
De vingt siècles pompeux l'ordre se renouvelle ;
Déjà revient Astrée et Saturne avec elle :
Un nouveau peuple enfin est envoyé des cieux.
Veille, veille, Lucine, à l'enfant précieux
Qui d'un siècle de fer, corrigeant l'influence,
Des biens de l'âge d'or éveille l'espérance ;
Lucine, tu le dois : songe qu'en nos remparts
Ton frère, dès long-temps, a régné par les arts.
Et toi, dont les Romains aimeront la mémoire,
Ton heureux consulat vit naître tant de gloire,
Pollion, et tes lois protégeant l'avenir,
Banniront des forfaits même le souvenir.
Oui, cet enfant des dieux, à leur grandeur suprême,
Ainsi que les héros, doit s'élever lui-même,

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Et des vertus d'un père ornant son jeune cœur,
Au paisible univers accorder le bonheur.
Regarde, aimable enfant, regarde la parure
Dont la terre pour toi s'embellit sans culture ;
Vois parmi des lions se jouer les agneaux,
" Du reptile expirant se roidir les anneaux,
La brebis nous offrir sa mamelle abondante,
Et le lierre au baccar s'unir avec l'acanthe.
L'hiver même au printemps a ravi ses couleurs ;
, Ton magique berceau te prodigue des fleurs ;
L'aconit meurt penché sur sa tige flétrie,
Et par-tout va germer l'amôme d'Assyrie.
Mais alors que d'un père et de ses grands aïeux
Les hauts faits et l'histoire étonneront vos yeux,
Que de vos saints devoirs vous saurez l'étendue,
La vendange aux buissons rougira suspendue ,
Et du chêne endurci le miel à gros bouillons
Doit sur les blonds épis jaillir dans nos sillons.
Quelque temps l'homme épris des erreurs paternelles
Fermera de remparts les cités criminelles,
Fera gémir ses champs par le soc entr'ouverts ,
Et la rame à la main doit sillonner les mers :
On verra maître encore une guerre civile,
Vers un autre Ilion voler un autre Achille,
Et nos vaisseaux nombreux, sous un autre Typhis,
Peupleront de guerriers les déserts de Thétis.
Mais sitôt, noble enfant, que la force de l'âge
Vous aura du nom d'homme inspiré le courage ,

L'Océan sera libre , et les peuples rivaux •
N'iront plus, loin du port, trafiquer sur les eaux.
Tout doit naître en tous lieux ; égale en ses largesses
La terre épanchera d'uniformes richesses ;
La vigne, les sillons ne supporteront plus
Du fer et des rateaux les efforts superflus ;
Nos bouviers satisfaits ouvriront la prairie
, Aux taureaux orgueilleux de leur corne affranchie ;
La toison n'osera, par un luxe usurpé,
Sous de fausses couleurs mentir à l'œil trompé,
Et la douce brebis, la chèvre pétulante
Brilleront dans les prés d'une pourpre opulente.
Oui, déjà les trois sœurs ont dit à leurs fuseaux :
Courez, sans vous lasser; filez des jours si beaux.
De combien de respects vous obtiendrez l'hommage!
Oh ! du grand Jupiter majestueuse image ! •
Voyez à votre aspect les cieux, les élémens, -
Le monde s'agiter sur ses vieux fondemens :
D'un siècle de bonheur tout ressent la promesse.
Oh ! sivers ces beaux jours conduisant ma vieillesse,
Les dieux, pour vous chanter, me laissaient des accens!
Venez, je braverai vos accords impuissans ;
Venez, Linus ; Orphée, oui, mon luth vous défie :
Je verrais le dieu Pan, sous les bois d'Arcadie,
Lui-même s'effrayer d'un combat inégal,
Et le juge à mes pieds couronner son rival.
Vous, par un doux instinct qui déjà la préfère,
A son tendre souris connaissez votre mère.

Combien de pleurs sur vous ont versés ses beaux yeux !

Soyez digne, en l'aimant, d'être assis près des dieux. DE LANGEAc.

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O Muse de Sicile : élève un peu la voix ;
On n'aime pas toujours la fougère et les bois :
Si tu fais retentir la flûte bocagère,
Rends digne d'un consul les bois et la fougère !
Enfin voici le temps qu'en prophétiques vers
La sibylle autrefois promit à l'univers :
Des siècles écoulés l'ordre se renouvelle;
Déjà, redescendant de la voûte éternelle,
Saturme suit Thémis et nos antiques dieux ;
Un nouveau peuple enfin est envoyé des cieux,
Et le monde épuisé répare sa ruine.
Veille sur notre espoir; veille, ô chaste Lucine !
Sur l'enfant précieux par qui le monde encor
Après l'âge de fer doit revoir l'âge d'or :
Déjà règne sur nous ton Apollon, ton frère.
C'est sous ton consulat, Pollion, que la terre
Va, jouissant du sort promis à cet enfant,
De ces mois fortunés voir le cours triomphant ;

Et tes soins, quand le crime ourdirait quelque trame,
Banniront la terreur qui pesait sur notre âme.
Issus des immortels, il verra dans les cieux
Les héros de son sang assis avec les dieux ;
Et les dieux le verront maintenir sur la terre
La paix, ce fruit heureux des vertus de son père.
Aimable enfant! Cybèle, offrant des dons nouveaux,
Prévient en souriant nos vœux et nos travaux : -
Sur ton berceau déjà croît la rose odorante ;
Le lis y joint sa fleur à la fleur de l'acanthe ;
Tu vas maître : bientôt on verra dans nos champs
Errer près des agneaux les lions innocens ;
L'aconit expirer sur sa tige perfide;
Dans ses poisons mourir la vipère livide ;
Et nos fleurs de Saba vaincre les arbrisseaux ;
Et le lait sous nos mains couler en longs ruisseaux.
Lorsque tu pourras lire aux pages de l'histoire,
Par quels faits tes aïeux ont acquis tant de gloire,
Par-tout vont à flots d'or ondoyer les moissons ;
La pourpre des raisins rougira les buissons,
Et le miel coulera de l'écorce des chênes.
Cependant parmi nous de nos antiques haines
Quelques levains encore aigriront les esprits ;
L'homme ira sur les flots braver encor Thétis,
Tourmentera les champs pour les rendre fertiles,
Et d'un mur protecteur enfermera les villes :
Sous un autre Typhis il faut que, vers Colchos,
Argo porte en ses flancs l'élite des héros ;

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