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Et ma main et ma foi : le plus saint hyménée
Aujourd'hui va m'unir à votre destinée ! -
A cette fête, hélas! nous n'aurons pas l'Amour ;
Mais l'Amitié suffit pour en faire un beau jour !
Et vous, dieu de Jacob, seul maître de ma vie,
Je ne me plaindrai point qu'elle me soit ravie ;
Je ne veux que le temps et l'espoir, ô mon Dieu,
De laisser Ruth heureuse, en lui disant adieu !...
Ruth le conduit alors dans les bras de sa mère.
Tous trois à l'Éternel adressent leur prière ;
Et le plus saint des nœuds en ce jour les unit.
Juda s'en glorifie : et Dieu, qui les bénit,
Aux désirs de Booz permet que tout réponde.
Belle comme Rachel, comme Lia féconde,
Son épouse eut un fils (1); et cet enfant si beau
Des bienfaits du Seigneur est un gage nouveau :
C'est l'aïeul de David. Noémi le caresse ;
Elle ne peut quitter ce fils de sa tendresse,
Et dit, en le montrant sur son sein endormi :
Vous pouvez maintenant m'appeler Noémi.

· De ma sensible Ruth, prince, acceptez l'hommage. Il a fallu monter jusques au premier âge

(1) Tulit itaque Booz Ruth, et accepit uxorem..... et dedit illi Dominus ut conciperet et pareret filium..... Susceptumque

Noemi puerum posuit in sinu suo, et nutricis ac gerula fungebatur offieio. N

Pour trouver un mortel qu'on pût vous comparer.
En honorant Booz, j'ai cru vous honorer :
Vous avez sa vertu, sa douce bienfaisance ; (1)
Vous moissonnez aussi pour nourrir l'indigence :
Et vieux comme Booz, austère avec douceur,
Vous aimez les humains, et craignez le Seigneur.
Hélas ! un seul soutien manque à votre famille ;
Vous n'épousez pas Ruth ; mais vous l'avez pour fille.
FLoRIAN.

CHAGRIN D'AMOUR.

PoUR me faire oublier les charmes de Tircis »
Ma mère me défend de souffrir sa présence :
J'obéis ; mais , hélas ! ma triste expérience
Pour ce conseil me donne du mépris :
Son absence à mon cœur exagère son prix ;
Moins je le vois, et plus j'y pense.
L'abbé MANGENoT.

(1) Florian n'est pas le seul poëte dont la muse ait célébré les vertus du duc de Penthièvre. On se rappelle toujours avec émotion ces vers où Gilbert le peignit si bien :

Sous un modeste habit, déguisant sa maissance,
Penthièvre quelquefois visite l'indigence ;
Et de trésors pieux dépouillant son palais,
Porte à la veuve on pleurs de pudiques bienfaits.

FRAGMENT D'UNE ÉGLOGUE

2 r. QUI A coNcoURU A L'ACADEMIE FRANçAISE PoUR LE PRIx DE PoÉsIE QUE REMPoRTA LA PIÈCE PRÉCÉDENTE.

(Extrait par Marmontel. )

DAMoN de la sagesse exerçait le pouvoir :
Arbitre pacifique, il étouffait les haines,
Marquait des champs voisins les bornes incertaines ;
L'ordre régnait au sein du peuple fraternel ;
Tout pliait sous les lois du sceptre paternel.
Empire aimable et saint ! qu'un père est un bon maître!
Damon seul dominait sur la tribu champêtre ;
Seul il dictait les soins et les travaux du jour,
Et l'instant du départ et l'instant du retour :
Le soir, du lendemain sa voix réglait l'usage.
Il commande, et chacun, content de son partage,
Jusqu'à l'aube du jour va du coq matinal
Pour le départ commun attendre le signal.

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Mais d'un éclat nouveau déjà les cieux rougissent : De l'étable échappés les bœufs au loin mugissent;

Dans les sillons ouverts le coutre se polit ; Sous des ongles de fer la glèbe s'amollit : Ls aueur à grands flots des fronts en vain ruisselle ; Une chanson soutient la force qui chancelle. , Damon ne peut languir dans un repos oisif; D'une épine noueuse aidant son pas tardif, Il eA des bords du champ voir diriger l'ouvrage : Sa voix des bras lassés ranime le courage.

« Après le travail du jour venait le repos » du soir ; et voici la peinture de la soirée » d'hiver sous le toit du bon laboureur : »

Mais lorsque, s'emparant de la voûte azurée,
Le nébuleux décembre alongeait la soirée,
Un jeune enfant, docile aux soins de son aïeul,
De nos fastes sacrés prenait le saint recueil,
Mais non sans le baiser. Sa main respectueuse
L'approchant des lueurs d'une mèche onctueuse,
Il lit, d'abord timide, et bientôt enhardi.
Autour de lui soudain un cercle est arrondi,
L'un debout, l'autre assis. Tous, fervent auditoire,
En extase écoutaient la vénérable histoire.
Appliquant un cristal sur ses yeux obscurcis,
Et du jeune lecteur dirigeant les récits,
Le vieillard lui disait : Lisez ces pages saintes;
Abel, le juste Abel, de son sang les a teintes.

Où peut d'un frère aller la jalouse fureur !
Pourquoi le meurtrier fut-il un laboureur ?

« La famille formait ensemble , après la » lecture, un concert rustique. »

D'innocentes chansons ou de pieux cantiques
Le vieillard, à voix basse, accompagnait leurs chants :
Son âme était ouverte à des plaisirs touchans ;
Et s'il goûtait des voix la douceur réunie,
Des cœurs bien mieux encore il goûtait l'harmonie.
Souvent de ces concerts interrompant le cours,
Les enfans lui disaient : Cher auteur de nos jours,
Sans doute, en l'étendant, Dieu sema votre vie
De bien des traits divers, contentez notre envie ;
Daignez'les raconter : vos peines, vos malheurs,
Soufferts, hélas! pour nous, doivent toucher nos cœurs.
—Pourquoi de mes chagrins vous nourrir la mémoire ?
Mes jours sont bien plus longs que me l'est mon histoire,
Répondait le vieillard ; et quels traits curieux
Offrirait de mes ans le cours laborieux ?
Etre isolé, j'aurais moins senti ma misère ;
Mais combien dans les maux c'en est un d'être père !
Que l'art du laboureur est un art incertain !
Sa fortune dépend d'un soir ou d'un matin ;
Il voit au gré du vent flotter ses espérances.

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