Images de page
PDF

« Mais , dans ses peines, l'Amour et la » Nature prenaient soin de le consoler : »

Que dis-je? toutefois en ma douleur amère
Dieu me gardait encor pour soutien votre mère :
Je courais dans son sein répandre mes soucis ;
Nos pleurs en se mêlant se trouvaient adoucis.

« Il la perdit, et toute sa tendresse se réu» nit sur ses enfans : »

Vous sentîtes dès-lors vos rigoureux destins.
Vous augmentiez mes pleurs par vos cris enfantins.
Cher et triste fardeau ! votre nombre, votre âge
Auraient dû m'accabler ; Dieu soutint mon courage.
Que la religion est utile aux mortels !
Je cours me prosterner au pied des saints autels :
Au ciel je confiai le soin de votre enfance ;
Il ne m'a point trompé dans ma juste espérance.

« Il rappelle à ses enfans les mœurs d'au» trefois : »

Nos tissus les plus fins de chanvre étaient ourdis ;
Nos cheveux sur nos fronts descendaient arrondis ;
Et sans boucle et sans tresse, aux plus beaux jours de fêtes,
Un feûtre long-temps neuf parait assez nos têtes.
Comme de nos besoins la vanité se rit !
La farine vous poudre, et le son vous nourrit.

« Il recommande la modestie à ses filles. »

Vous, mes filles, gardez les mœurs de votre mère :
Nul ruban ne chargeait son front enorgueilli ;
Un bouquet l'ornait mieux quand je l'avais cueilli. ,
Fuyez une parure aux hameaux étrangère ;
La toison des brebis convient à la bergère.

L'auteur, en mourant, désira que cet ouvrage fût mis au concours. Il ajouta « qu'il l'avait fait pour le soulagement des pauvres , et qu'il leur destinait les fruits de sa victoire , si l'Académie couronnait son tombeau ». ( Ce sont les termes de sa lettre. )

Nota. L'Académie balança long-temps entre l'Églogue de Ruth et cette pièce, où l'on reconnaît un talent très distingué : elle eût sans doute obtenu le prix, sans quelques taches qui la déparent.

[ocr errors][ocr errors]

S1 j'ai jamais le choix d'aimer,
Je veux une beauté champêtre,
Aimable sans penser à l'être,
Et qui sans art sache charmer.
Le vrai plaisir suit la mature.
J'ai vu l'Amour plus d'une fois
Jouer sur un lit de verdure :
Il s'endort sur celui des rois.
Tout parle au coeur dans les retraites :
Vous, rameaux qui vous embrassez ;
Vous, oiseaux qui vous caressez,
Qui n'entend vos leçons secrètes?
Aminte n'avait que vingt ans,
Quand aux champs il vit Amarille,
Bergère en son premier printemps,
Innocente autant que gentille :
Il l'aima : qui n'aurait aimé ?
Adieu les arts, adieu la ville.
Des maîtres qui l'avaient formé,
Adieu la cohorte inutile.

L'Amour, qui le mène au hameau ,
Lui fait don d'une panetière
D'où pend un léger chalumeau.
Des bergers il prend la manière,
Il se façonne à leurs travaux ;
Et bientôt, sous ses doigts habiles,
Le jonc et l'osier, plus dociles,
Forment des ouvrages nouveaux.
Il les présente à sa bergère :
Mais , n'osant lui parler d'amour,
Il peint les objets d'alentour,
Qu'anime sa flamme légère,
Et lui rend ainsi, chaque jour,
Cette langue moins étrangère.
Vénus a mis leurs entretiens
Aux archives de son empire ;
C'est d'elle-même que je tiens
Celui que je vais vous redire.

[ocr errors][ocr errors]

Si les rencontres du matin
Sont pour nous de quelque présage ,
| Quiconque voit un beau visage,
D'un beau jour doit être certain ;
Et j'ai ce bonheur, Amarille,
Puisque le sort t'offre à mes yeux.

· Que te voilà fraîche et gentille !
Mais que faisais-tu dans ces lieux ?
Est-ce le soin de ta parure
Qui t'amène à cette onde pure?
Le voisinage des ruisseaux
Est délicieux pour les belles,
Pour les fleurs et les arbrisseaux.

A M A R I L L E.

Il plaît de même aux tourterelles,
Et j'y viens seulement pour elles.
De filets tissus avec art
J'ai garni l'une et l'autre rive,
Et je vais attendre à l'écart
Le moment que ma proie arrive.
A M I N T E.

Eh quoi! c'est avec des réseaux
Que tu fais la guerre aux oiseaux ?
Innocente ! il est, pour les prendre,
Un secret que je veux t'apprendre.
A M A R I L L E.
Tu rendras mes désirs c9ntens ;
Les filets coûtent bien du temps,
Quand il faut les tendre et détendre.
A M 1 N T E.

Ecoute : et tes mains suffiront
Pour réussir dans cette chasse.

« PrécédentContinuer »