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A M A R I L L E. " Que veux-tu ? A M I N T E. Te faire goûter Tous les plaisirs qu'ils peuvent prendre, Et t'enseigner à les surprendre En te faisant les imiter. A M A R I L L E. Mais un baiser ternit la bouche ; On dit qu'en maissant la Pudeur Met sur nos lèvres une fleur Qui meurt aussitôt qu'on la touche : D'un berger le souffle amoureux, Pour elle est plus à craindre encore, Que l'hiver le plus rigoureux N'est redoutable aux dons de Flore. A M I N T E, Ainsi l'on te trompe à dessein. JDis-moi, lorsque la fleur nouvelle A reçu l'abeille en son sein, As-tu vu qu'elle en fût moins belle # Après avoir, tout le matin, Sucé ses feuilles entr'ouvertes, L'abeille est riche de butin ; La fleur n'a fait aucunes pertes. A M A R I L L E.

Il est vrai ; mais de ton secret
L'essai me paraît redoutable,

Puisque l'effort de son attrait Rend le péril inévitable.' Si, dans l'ardeur de leurs baisers, Les oiseaux, d'ailleurs si légers, Perdent le pouvoir de la fuite ; Sans doute qu'en les imitant, Ma force, au même état réduite, Il m'en arriverait autant. Aminte, le plaisir qui coûte Le repos et la sûreté, N'est point fait pour que je le goûte. Les oiseaux ont leur liberté, La mature en règle l'usage ; Et peut-être que, sous ses lois, Les sens ont toujours l'avantage, Et que la Prudence est sans voix. Du moins les hôtes de ces bois, D'une mère triste et sévère, N'ont point à craindre la colère. Ah! si des frayeurs que je sens Ils pouvaient partager l'atteinte, Ces êtres que tu peins, Aminte, Si tendres et si caressans, Verraient mourir, dans leurs alarmes, Ces feux pour eux si pleins de charmes. Déjà le soleil, dans son tour, Va marquer la moitié du jour.

Adieu, prévenons sa surprise :

J'aime mieux garder mes filets

Que de tenter quelques secrets

Où je sois la première prise.
Le Comite DE PLÉLo.
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PAIssEz, mes chers moutons, désormais sans alarmes ;
Ne craignez rien, je veillerai sur vous :
Ma houlette et mon chien sont d'assez fortes armes
Pour vous sauver de la fureur des loups.
Vous ne me verrez plus, d'aucun plaisir touchée, v
Porter ailleurs des soins dont vous étiez jaloux.
De tout ce que j'aimais je me sens détachée :
Vous seuls serez l'objet de mes vœux les plus doux.
Tircis vous dérobait un secours nécessaire :
Je vous laissais sans guide errer en liberté.
Je croyais qu'il m'aimait, hélas! et pour lui plaire,
Que n'aurais-je alors pas quitté ! ".
Que, pour le fuir, mon cœur s'est fait de violence!...
N'allez pas vous en alarmer.
• Je soupire encor quand j'y pense ;
Mais c'en est fait, je ne veux plus aimer !

Arbitre de mon sort, maîtresse de moi-même, Je coulerai mes jours sans crainte, sans désirs ; Rien n'empoisonnera désormais mes plaisirs, Si l'on en peut goûter quand on perd ce qu'on aime ! Mon cœur n'est pas encore épris Des douceurs de l'indifférence ; Mais la raison, l'expérience M'en feront connaître le prix. Quel changement, hélas! pour une âme sensible ! - Je sens qu'à cet état paisible J'aurai peine à m'accoutumer ; Mais c'en est fait, je ne veux plus aimer !

Des charmes de la solitude
Je ferai, s'il se peut, tout mon amusement.
Non, ce n'est plus qu'un reste d'habitude
Qui, pour Tircis, me parle en ce moment.
Encore un peu de résistance,
Et je pourrai le voir avec indifférence....
De toute ma raison j'ai besoin de m'armer
Contre un amant si redoutable.
Des bergers du canton il est le plus aimable;
Mais c'en est fait , je ne veux plus aimer !

Il me paraît que tout conspire

A rappeler ma liberté :

L'inconstant et badin Zéphire, | En passant près de moi, semble tout bas me dire : « Tu plains Flore qui m'aime avec fidélité;

» Mais le berger pour qui ton cœur soupire » Me surpasse en légèreté. » Quand je vois, à regret, périr ces fleurs nouvelles » Qu'un même jour voit naître et voit mourir, » Je les entends qui se disent entr'elles : » Doris sur notre sort doit-elle s'attendrir ? » Nous passons, il est vrai, d'une vitesse extrême ; » Mais son destin est-il plus doux ? » L'amour du volage qu'elle aime, » N'est pas plus durable que nous ».

Fille de la brillante Flore, Et vous, Zéphire qu'elle adore , Répétez-moi souvent ces utiles discours. Contre un penchant fatal, soutenez ma tendresse : J'ai besoin de votre secours. Tircis n'a rien perdu de ces grâces touchantes, De ces manières séduisantes, De cet air, de ces traits si propres à charmer ; Mais c'en est fait, je ne veux plus aimer !

A ces mots, Doris trop émue , Honteuse d'en avoir tant dit, Moins par raison que par dépit, En soupirant se tut, baissa la vue. , Pour dissiper son trouble et calmer ses transports, Elle voulut, par de nouveaux efforts, Appeler sa raison au secours de sa gloire.

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