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Tourmens affreux ! douleurs cruelles !
Soupçons persuasifs! doutes impérieux !
Cessez, hélas ! cessez, constantes tourterelles ;
N'offrez pas désormais ces plaisirs à mes yeux,
S'ils leur doivent coûter des larmes éternelles.

Du beau sexe français, ô la gloire et l'honneur !
DEsHoULIÈREs, dont le génie
Sut chanter des amans la douce maladie,
Et des héros guerriers célébrer la valeur,
Du Pinde où tu jouis d'une meilleure vie,
Regarde ici bas, et reçoi
L'idylle que je te dédie ;
C'est à ton goût que je la doi.
Si je puis aujourd'hui mériter ton suffrage,
Phébus et les neuf Sœurs s'unissant avec toi,
Avoûront ce galant ouvrage.
M. LLE MALCRAIs DE LA VIGNE.

LA FONTAINE DE VAUCLUSE.

Ce n'est pas seulement sur des rives fertiles
Que la nature plaît à notre œil enchanté ;
Dans les climats les plus stériles A
Elle nous force encor d'admirer sa beauté :
Tempé nous attendrit; Vaucluse nous étonne ;
Vaucluse, horrible asile où Flore ni Pomone

N'ont jamais prodigué leurs touchantes faveurs,
Où jamais de ses dons la terre ne couronne
L'espérance des laboureurs.
Ici de toutes parts elle n'offre à la vue '
Que les monts escarpés qui bordent ces déserts,
Et qui, se cachant dans la nue,
Les séparent de l'univers.
Sous la voûte d'un roc, dont la masse tranquille
Oppose à l'aquilon un rempart immobile -
Dans un majestueux repos,
Habite de ces bords la naïade sauvage :
Son front n'est point orné de flexibles roseaux,
Et la pureté de ses eaux
Est le seul ornement qui pare son rivage.
J'ai vu ses flots tumultueux
S'échapper de son urne en torrens écumeux ;
J'ai vu ses ondes jaillissantes,
Se brisant à grand bruit sur des rochers affreux,
Précipiter leur cours vers des plaines riantes,
Qu'un ciel plus favorable éclaire de ses feux.
L'écho gémit au loin : Philomèle craintive
Fuit, et n'ose sur cette rive
Faire entendre ses doux accens.
L'oiseau seul de Pallas, dans les cavernes sombres ,
Confond pendant la nuit, avec l'horreur des ombres,
L'horreur de ses lugubres chants.
Déesse de ces bords, ma timide ignorance
N'ose lever sur vous des regards indiscrets ;

Je me veux point sonder les abîmes secrets
Où de l'astre du jour vous bravez la puissance (1)
Lorsque sa brûlante influence
Dessèche votre lit, ainsi que nos guérets.
Je ne demande point par quel heureux mystère
Chaque printemps vous voit plus belle que jamais,
Tandis qu'au départ de Cérès
Vous nous offrez à peine une onde salutaire (2) :
Expliquez-moi plutôt les nouveaux sentimens
Qui calment l'horreur de mes sens.
Quoi! ces tristes déserts, ces arides montagnes,
L'aspect affreux de ces campagnes,
Devraient-ils inspirer de si doux mouvemens ?
Ah ! sans doute l'aurore y fait briller encore
Un rayon de ce feu que ressentit pour Laure
Le plus fidèle des amans.
Pétrarque auprès de vous soupira son martyre ;
Pétrarque y chantait sur sa lyre
Sa flamme et ses tendres souhaits ;
Et tandis que les cris d'une amante trahie,
Ou la voix de la perfidie
Fatiguent nos coteaux, remplissent mos forêts,
Du sein de vos grottes profondes
L'écho ne répondit jamais

(1) Au milieu du bassin de la fontaine il y a un gouffre dont on n'a jamais pu trouver le fond.

(2) La fontaine est très-abondante en avril, et presque à sec en «rptembre.

Qu'aux accens d'un amour aussi pur que vos ondes.
Trop heureux les amans, l'un de l'autre enchantés,
Qui sur ces rochers écartés
Feraient revivre encor cette tendresse extrême,
Et, dans une douce langueur,
Oubliés des humains, qu'ils oubliraient de même,
Suffiraient seuls à leur bonheur !
Mais, hélas! il n'est plus de chaînes aussi belles ;
Pétrarque dans sa tombe enferma les Amours.
Nymphes, qui répétiez ses chansons immortelles,
Vous voyez tous les ans la saison des beaux jours
Vous porter des ondes nouvelles :
Les siècles ont fini leur cours,
Et n'ont point ramené des cœurs aussi fidèles.
Ah! conservez du moins les sacrés monumens
Qu'il a laissés sur vos rivages ,
Ces chiffres de ses feux respectables garans,
Ces murs qu'il habitait, ces murs sur qui le Temps
N'osa consommer ses outrages ;
Surtout que vos déserts, témoins de ses transports,
Ne recèlent jamais l'audace ou l'imposture ;
Et si quelque infidèle ose souiller vos bords,
Que votre seul aspect confonde le parjure,
Et fasse naître ses remords !

Mme VERDIER.

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A MYNTAS,

IDYLLE IMITÉE DE GESSNER.

LA terre sort de son silence,
Et sourit avec joie aux premiers feux du jour;
La musique des airs annonce leur retour ;
Par-tout j'entends la voix de la Reconnaissance.

Je vais sur ce bâton, l'appui de mes vieux ans,
Me traîner hors de ma chaumière,

Et parcourir des yeux les charmes renaissans

Qu'étale, à son réveil, la tranquille lumière.

Que la nature est belle ! et que cet air est pur !
Un jour doux se répand sur l'horizon obscur ;
Les légères vapeurs que son reflet colore
Couvrent le sommet des coteaux,
Et l'eau bleuâtre des ruisseaux
Qui semble au loin fumer dans l'aube faible encore.

Qu'avec plaisir là-bas je porte mes regards !

Nos pasteurs matineux ouvrent la bergerie,
Et déjà dans la plaine épars

Leurs troupeaux, en bêlant, paissent l'herbe fleurie.

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