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Qu'aux accens d'un amour aussi pur que vos ondes.
Trop heureux les amans, l'un de l'autre enchantés,

Qui sur ces rochers écartés
Feraient revivre encor cette tendresse extrême,

Et, dans une douce langueur,
Oubliés des humains, qu'ils oubliraient de même,

Suffiraient seuls à leur bonheur! Mais, hélas ! il n'est plus de chaines aussi belles; Pétrarque dans sa tombe enferma les Amours. Nymphes, qui répétiez ses chansons immortelles, Vous voyez tous les ans la saison des beaux jours

Vous porter des ondes nouvelles :

Les siècles ont fini leur cours,
Et n'ont point ramené des cæurs aussi fidèles.
Ah! conservez du moins les sacrés monumens

Qu'il a laissés sur vos rivages ,
Ces chiffres de ses feux respectables garans,
Ces murs qu'il habitait, ces murs sur qui le Temps

N'osa consommer ses outrages; Surtout que vos déserts, témoins de ses transports, Ne recèlent jamais l'audace ou l'imposture; Et si quelque infidèle ose souiller vos bords, Que votre seul aspect confonde le parjure, Et fasse naître ses remords!

Mme VERDIER.

A MYNTAS,

IDYLLE IMITÉE DE

GESSNER.

La terre sort de son silence,
Et sourit avec joie aux premiers feux du jour;
La musique des airs annonce leur retour;
Par-tout j'entends la voix de la Reconnaissance.

Je vais sur ce bâton, l'appui de mes vieux ans

Me traîner hors de ma chaumière,
Et parcourir des yeux les charmes renaissans
Qu'étale, à son réveil, la tranquille lumière.

Que la nature est belle! et que cet air est pur!
Un jour doux se répand sur l'horizon obscur;
Les légères vapeurs que son reflet colore

Couvrent le sommet des coteaux,

Et l'eau bleuâtre des ruisseaux Qui semble au loin fumer dans l'aube faible encore.

Qu'avec plaisir là-bas je porte mes regards!
Nos pasteurs matineux ouvrent la bergerie,

Et déjà dans la plaine épars
Leurs troupeaux, en bêlant, paissent l'herbe fleurie.
Id. et Egl.

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Qu'autour de mon foyer tout est grand, tout est beau!

Quel éclat jette la rosée
Qu'au front des arbrisseaux la nuit a déposée!
Que les prés sont couverts d'un lumineux réseau !
De mes premiers désirs je sens naître l'ivresse.
O matin! ton aspect fait palpiter mon coeur;
Je m'échauffe aux rayons de ce feu créateur ;

Et ma défaillante vieillesse
Respire, avec ce frais, le souffle du bonheur !

Grâce te soit rendue , Ô Dieu conservateur,
Toi dont j'ai si long-temps éprouvé la clémence!
Deux fois quarante hivers ont suivi ma naissance :
Ce long âge a passé comme un jour de printemps.

Quand je parcours l'espace immense
Qui m'offre dans un point l'aurore de mes ans,
Que ce tableau m'émeut! dans quels ravissemens
Je me rappelle encor leur douce jouissance!

D'un air contagieux mes troupeaux ni mes champs
N'éprouvèrent jamais la funeste influence;
Jamais de mon réduit n'approcha l'indigence.

Si le malheur m'a visité,
Si quelquefois mes yeux ont répandu des larmes,

Aux jours de la félicité,
Ces orages légers prêtaient de nouveaux charmes.
Hélas! sous un ciel pur, au bord de mes ruisseaux
J'ai vu couler ces jours comme coulent leurs eaux :

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!

Je les ai vus suivis de paisibles ténèbres;
Un sommeil bienfaisant suspendait mes travaux,
Et jamais le Souci, pour troubler mon repos,

N'agita ses ailes funèbres.

Mon cour, dans ces lustres nombreux,
Ne compte aucun instant perdu pour la nature;
J'eus des amis ; je fis quelquefois des heureux;
J'aimais , et je conçus cette volupté pure
Qui nait du doux accord d'un peuple vertueux.
O temps, dont tout encor me retrace l'image ;

Riant matin de mon printemps,

Qu'avec plaisir je t'envisage! Lorsque sur mes genoux je portais mes enfans, Qu'en me livrant comme eux aux jeux de leur jeune âge, Je me sentais serré de leurs bras innocens, Que je goû iais alors un plaisir sans nuage! En voyant s'élever ces tendres arbrisseaus, Mes yeux de l'avenir pénétraient la nuit sombre : Je disais: Ils croîtront; leurs utiles rameaux Me prêteront un jour l'asile de leur ombre. J'ai joui, grâce au ciel, du fruit de mes travaux, Et j'ai vu le succès passer mon espérance. En rappelant les soins que j'eus de votre enfance, O mes fils! bénissez la cendre de mes os. Si je ne puis , du moins, vous laisser l'abondance, Je vous ai fait des cours à l'épreuve des maux. Que! homme est ici bas exempt de leurs assauts?

Pour la première fois quand je connus la peine,
Ce fut, ô ma Zétis! ce jour où sur mon sein
Ton âme s'échappa comme une douce haleine;
Où le froid du trépas glaça ta faible main,
Que tu tentais encor d'attacher sur la mienne.
O ma tendre moitié! combien de tristes nuits
Ce souvenir amer m'a fait passer depuis !
Mais le temps des regrets tärit enfin la source;

Douze fois la saison des fleurs
Au gazon de ta tombe a mêlé ses couleurs,
Et l'instant n'est pas loin où doit finir ma course :
J'ai de ce terme heureux de sûrs pressentimens;
Je veux, sur la colline où repose ta cendre,

Ce soir assembler mes enfans. Toi qui me fis l'objet de tes bienfaits constans, Pour la dernière fois daigne encor les répandre, O Dieu ! fais-moi mourir dans leurs embrassemens!

LÉONARD.

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