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» C'est lui qui peut te rendre heureuse. » Sa main pressait la mienne, et sa voix dangereuse » Dans le fond de mon cœur se glissait malgré moi. » Il t'aime ; il a pour toi la tendresse d'un père. » Mais par où, me disais-je, aurais-tu pu, Glycère, » Mériter les bontés d'un seigneur si puissant ! » C'était alors, oui, c'était tout, ma mère, » Ce que pensait ta pauvre enfant. » Quelle était mon erreur ! Dieux justes que j'atteste, » J'étais loin de prévoir un danger si prochain ! » C'est ce matin qu'en ce verger funeste » Il m'appelle : j'y vole; et, me serrant la main : » Viens, me dit-il, beauté touchante ; » Abandonne un moment le soin de ton troupeau : » J'aime les fleurs, et leur patrum m'enchante ; » Apporte m'en sous ce berceau. » Crédule, je m'empresse à choisir les plus belles, » Et joyeuse, j'accours sous ces ombrages frais. » Que de grâces! dit-il. Oui, ces roses nouvelles » Offertes par Glycère ont pour moi plus d'attraits. » Alors, s'abandonnant au feu qni le dévore, » Dieux immortels ! ah ! j'en frémis encore, » Il me saisit, il m'entraîne, et soudain » Ses bras avec fureur me pressent sur son sein. » Tout ce qu'Amour peut dire de plus tendre, » i)e plus doux et de plus flatteur, » Sa bouche me le fait entendre. » Je pleurais, je tremblais, et, contre un séducteur

» Trop faible, j'implorais sa pitié généreuse. » Vaine prière ! inutile recours ! » Te le dirai-je enfin! sans toi, sans ton secours, » Oui, ta fille à jamais eût été malheureuse. » Mais tout-à-coup des portes du trépas » J'ai cru voir s'élancer ton ombre vengeresse : » Aussitôt repoussant une indigne caresse, » Plus forte que Mysis, j'échappe de ses bras ; » Et je viens t'en offrir des larmes d'allégresse. » O ma mère ! reçois pour un bien si flatteur » La vive expression de ma reconnaissance. » Oui, c'est ton souvenir, toujours cher à mon cœur, » Qui des piéges d'un séducteur » Vient de sauver mon innocence ! » Ah ! si jamais ces avis précieux » Qu'à ton dernier soupir me donna ta tendresse, » Si le flambeau de ta sagesse » Cesse de me conduire et d'éclairer mes yeux, » Oui, qu'à l'instant ton ombre fortunée » Dans ce monde orageux me laisse sans appui, » Et que des dieux que j'implore aujourd'hui » Ta fille soit abandonnée ! » Si jeune, hélas ! par quel malheur » A mon amour es-tu donc arrachée ? » Serai-je, dieux puissans, comme la tendre fleur » Qui, sans soutien, tombe et languit penchée ? » Mais ton ombre du haut des cieux » Loin de mes faibles ans écartera l'orage ;

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» Oui, de tous vents contagieux » Tu garantiras ton ouvrage. » Crainte des dieux, sainte pudeur, » Aimables lois de la sagesse, » Que vos charmes règnent sans cesse » Et sur mon front et dans mon cœur ! » Elle dit ; et de pleurs son œil encore humide, Donnait à ses regards cette grâce timide Que l'innocence ajoute à la beauté ; · Une douce chaleur animait son visage : C'était le ciel qui, vainqueur de l'orage, Reprenait sa sérénité. Plus satisfaite, et non moins séduisante, Glycère enfin quittait ces tristes lieux. Mysis à ses regards tout-à-coup se présente : Des pleurs s'échappent de ses yeux. Ah! pardonne, jeune Glycère ; Ne redoute plus rien de moi ; - C'est le remords le plus sincère Qui me ramene auprès de toi. Lorsque tu parlais à ta mère Ce buisson me cachait, et j'ai tout entendu : Daigne oublier ma faute extrême ; Ta sagesse m'a confondu : Je t'admire autant que je t'aime ; Oui, je triomphe de moi-même, Et c'est à toi que le prix en est dû ! Sois toujours belle et toujours vertueuse ;

Mais aussi deviens plus heureuse.
• La moitié des troupeaux confiés à tes soins,
La cabane, et les champs que cette onde environne
S'ils suffisent à tes besoins,
Ils sont à toi ; je te les donne :
Ne les refuse point ; je me veux que l'honneur
De récompenser ta sagesse.
Puisse un époux digne de ta tendresse
Mettre le comble à ton bonheur !
Que par moi chaque jour à ta vertu suprême
Pareil hommage soit rendu !
Oui, je triomphe de moi-même,
Et c'est à toi que le prix en est dû.
BLIN DE SAINMoRE.

LAPROMESSE TROP BIEN GARDÉE.

DAPHNIS ET PHILIS.

AU sein d'un doux sommeil, Daphnis, sous un feuillage
Du midi bravait les fureurs,
Lorsqu'il sentit un nuage de fleurs
Qui par flocons légers volait sur son visage.
Il ouvre un peu les yeux, et sur l'herbe, à deux pas,
Il aperçoit Philis qui lui tendait les bras. -

S'il voulut s'y jeter, c'est chose vaine à dire ; . Mais des fleurs l'enchaînaient : il le voulut en vain ; Et voilà que Philis se mit si fort à rire, Que son bouquet s'échappa de son sein. Ah! méchante, dit-il, tu ris; mais de ma chaîne Dans un moment je vais me dégager, Et tu verras si je sais me venger. Il eut beau se débattre, il y perdit sa peine. Te venger ! dit Philis ; oui, si je rompstes nœuds : Mais si je le faisais, çà, voyons, et pour cause, Dis, comment prétends-tu te venger ?—Oh! je veux Te donner tant de baisers amoureux, Que ta joue en sera rouge comme une rose. — Oui dà ! si c'est ainsi, tenez, mon cher Daphnis, Riez, pleurez, mettez-vous en colère ; Point ne vous délîrai que ne m'ayez promis De ne point m'embrasser pendant une heure entière. —Philis, comment veux-tu...Philis s'obstine.—Eh bien Soit, pas un seul baiser. Philis alors s'empresse De rompre ses nœuds. Le moyen , Disait-elle tout bas, qu'il tienne sa promesse ! Mais lui, pour se venger, contraignit son désir ; Sans l'embrasser il reste assis près d'elle. Un moment passe, et deux ; on hasarde un soupir, Puis un coup d'œil, puis un mot. Le rebelle Voit, entend tout cela sans se laisser fléchir. — Daphnis, dit-elle enfin, l'heure est, je crois, passée. - A peine est elle commencée, ,

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