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Répondit-il. Philis sourit,

Non toutefois sans un secret dépit.
Elle attend ; mais bientôt d'un air d'impatience :

Oh ! sûrement l'heure vient de passer.
—Y penses-tu ? Qu'importe ! allons, plus de vengeance.
Comment as-tu donc fait pour me pas m'embrasser !
Dans ses mains aussitôt la belle, avec adresse,
Cache à demi son front. Le berger triomphant
Par cent baisers alors satisfait sa tendresse.
Il gagnait de bien peu ; las ! encore un moment,

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Mes yeux peuvent m'en imposer :
Pour en être plus sûr, laisse-moi t'embrasser.

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Zerbin, nous sommes au village ;

Ce n'est pas ici comme aux champs : Sais-tu bien que ces lieux sont pleins d'esprits méchans Qui font passer pour crime un simple badinage ?

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L'honneur a tort de les défendre.
Va, ma chère Lucinde, il n'y faut plus penser;
Laisse là cet honneur, et permets-moi de prendre
Un baiser sur ta main, seulement un baiser.

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Je suis comme un enfant à qui tout fait envie ;
Quand j'ai pris un baiser, j'en voudrais prendre deux :
Ai-je baisé ta main, je veux baiser tes yeux.
Cette envie est encor de mille autres suivie...
D'où cela vient-il donc # Lucinde, apprends-le-moi.

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Ma surprise est extrême ! Je suis ravi quand je te voi ; Cependant je frissonne en t'abordant... Pourquoi ?

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Et d'où vient suis-je triste, inquiète, abattue, Quand je dois être un jour, un seul jour sans te voir ? Je voudrais, au matin, que la nuit fût venue ; Je soupire en voyant le soir : Parais-tu, je rougis, et je baisse la vue... Pourquoi ce tourment-là! je voudrais le savoir.

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C'est pourtant ton ouvrage ; Car pour d'autres que toi mon cœur n'éprouve rien. |

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Je crois que c'est plutôt le tien ;
Car sitôt que je touche à ton joli corsage, -
Voilà qu'un feu subit se répand dans mon sein...

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Tu sais quand nous jouons combien je suis joyeuse :

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J'ai parfois du chagrin ;
Tout-à-coup je deviens taciturne, rêveuse ;

Et je ne sais pas, à la fin,
Quels jeux il me faudrait pour que je fusse heureuse.
Z E R E I N.

Quand les jeux t'ennuîront, tu n'as qu'à les quitter.
Je t'apprendrai des chansonnettes :
Quand tu ne voudras plus chanter,
Je sais bcaucoup d'historiettes,
Je pourrai te les raconter.

Puis d'autres passe-temps rempliront notre vie.

En variant ainsi nos jeux et nos discours,
Nous verrons s'écouler nos jours

Comme le ruisseau pur qui fuit dans la prairie.

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Hélas! contre ma peine inutile secours !
Souvent tu m'entretiens dès la naissante aurore
Jusqu'au temps où la nuit recommence son cours ;
Quand nous nous séparons, il me semble toujours
Que tu n'as point tout dit encore.

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C'est ce que j'imagine; et toi, Zerbin, et toi,
Es-tu toujours content, toujours gai près de moi ?

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Toujours, Lucinde, hormis quand ce mal me tourmente;
Je sens alors en moi je ne sais quelle ardeur ;
Je voudrais t'embrasser, te serrer sur mon cœur :
Je t'embrasse, te serre... et rien ne me contente.

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Ah! je me doutais bien que tu souffrais aussi.
Mais par quelle étrange disgrâce

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