Images de page
PDF

A chaque instant, hélas! tout peut finir pour moi.
Dans la nuit du trépas il me faudra descendre ;
Et quelques pleurs, sans doute, arroseront ma cendre,
Mais quand du sort commun j'aurai subi la loi,
Qui daignera pourvoir à votre nourriture ?
Quelle main vous présentera
Ces vases de cristal, que j'emplis d'une eau pure ?
Dès l'aube du matin, qui vous caressera ?
Peut-être vous irez errer à l'aventure ;
Ou, suivant de vos cœurs la tendre impulsion,
Et toujours remplis de ma perte,
Peut-être viendrez-vous becqueter le gazon
Dont ma tombe sera couverte :
L'instinct souvent fait plus que la raison...
Mais éloignons toute fâcheuse idée ;
C'est trop de noirs chagrins avoir l'âme obsédée.
Mes chers petits oiseaux, ne me quittez jamais !
Ah! combien de baisers, quels soins je vous promets !

GAUDET.

LE NID DE FAUVETTES.

J. le tiens, ce nid de fauvette !
Ils sont deux, trois, quatre petits !
Depuis si long-temps je vous guette !
Pauvres oiseaux ! vous voilà pris.
Criez, sifflez, petits rebelles,
Débattez-vous; oh! c'est en vain :
Vous n'avez pas encor vos ailes ;
Comment vous sauver de ma main?

Mais quoi! n'entends-je point leur mère
Qui pousse des cris douloureux ?
Oui, je le vois, oui, c'est leur père
Qui vient voltiger autour d'eux.
Ah! pourrais-je causer leur peine,
Moi qui l'été dans les vallons
Venais m'endormir sous un chêne
Au bruit de leurs douces chansons !

Hélas! si du sein de ma mère
Un méchant venait me ravir,
Je le sens bien, dans sa misère
Elle n'aurait plus qu'à mourir....

Et je serais assez barbare
Pour vous arracher vos enfans !
Non, mon, que rien ne vous sépare;
Non, les voici, je vous les rends.

Apprenez-leur dans le bocage ,
A voltiger auprès de vous ;
Qu'ils écoutent votre ramage
Pour former des sons aussi doux.
Et moi, dans la saison prochaine,
Je reviendrai dans ces vallons
Dormir quelquefois sous un chêne
Au bruit de leurs jeunes chansons.

BERQUIN.

[merged small][ocr errors]

Sous l'ombrage écarté d'un bosquet solitaire
J'aperçus l'autre jour une jeune bergère :
Elle avait de Vénus la fraîcheur et l'éclat ;
Son teint s'embellissait d'un modeste incarnat ;
Elle foulait aux pieds l'herbe tendre et fleurie,
Où l'humide rosée, en perles arrondie ,

Brillait pour rafraîchir la trace de ses pas.
Un jonc souple, ornement de ses doigts délicats,
Rassemblait ses troupeaux errans à l'aventure ;
L'or de ses blonds cheveux lui servait de parure.
Elle chantait l'amour, la tendre volupté,
Et l'attrait du plaisir animait sa beauté.
« Bergère , êtes-vous seule ? Hélas! répondit-elle,
J'erre seule en ce bois.- Quoi! seule ?-Oui; tous les jours
J'y viens lorsque l'aurore aux travaux nous rappelle ;
J'en sors lorsque la nuit recommence son cours.
L'A M A N T.

Hélas ! le sombre ennui doit vous suivre sans cesse : Sont-ce là les plaisirs de l'aimable jeunesse ?

[ocr errors][ocr errors][merged small][ocr errors]

Tous les jours la colombe, en ce bois gémissante,
Prolonge en sons plaintifs sa voix attendrissante :
Elle appelle un oiseau qui soudain lui répond,
Et leur joie innocente aussitôt se confond.
Ce spectacle touchant , que chaque jour répète,
Jette un trouble confus dans mon âme inquiète ;
Quand la colombe chante une douce langueur,
M'avertit en secret des besoins de mon cœur.

[ocr errors]

A cette voix, bergère, il est temps de te rendre :
Tes besoins sont remplis si ton cœur veut m'entendre ;
Dis un mot, à tes jours j'assocîrai les miens :
Le bien seul qui te manque est le plus grand des biens ;
Et mon âme, éprouvant tout ce qu'amour inspire ,
N'envîra plus le sort de l'oiseau qui soupire...
Tu crains de t'expliquer ; parle, timide enfant;
Ouvre-moi les replis de ton cœur innocent ;
Souffre qu'à tes secrets je fasse violence.
Je la pressais en vain, et son jaloux silence
Retardait un bonheur où j'étais destiné ;
Mais du haut d'un feuillage , en cintre couronné,
La colombe éleva sa voix plaintive et tendre.
La bergère en rougit, et son cœur fut troublé :
« Hélas! je n'ai plus rien, me dit-elle, à t'apprendre ;
» Je n'avais qu'un secret; l'oiseau l'a révélé. »

[ocr errors]
« PrécédentContinuer »