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Deux abeilles vigilantes , v
Se promenaient un matin,
Pour piller les fleurs naissantes,
Et se charger de butin.

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. Frappé de cette aventure,
L'Amour ôta son bandeau,
Et vit ce que la nature
Fit au monde de plus beau.

Il touche, il baise, il s'enflamme ,
Il pousse un tendre soupir,
Et sur Iris il se pâme
De douleur et de plaisir.

Ensuite essuyant ses larmes
Avec son bandeau léger :
Cesse, dit-il, tes alarmes,
Je vais bientôt te venger.

Ouvrant ses ailes brillantes,
Le dieu la laisse un moment,
Pour attraper les méchantes,
Qu'il ramène promptement.

Nymphe aimable, dirent-elles,
Disposez de notre sort :
Nos erreurs vous sont cruelles,
Et nous méritons la mort.

Sachez-en l'unique cause :
J'ai cru, lui dit l'une, Iris,
Sucer un bouton de rose ;
Moi, reprit l'autre, des lis. *.
M.*** MALCRAIs DE LA VIGNE.

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Que votre éclat est peu durable, Charmantes fleurs, l'honneur de nos jardins ! Souvent un jour commence et finit vos destins ; . Et le sort le plus favorable Ne vous laisse briller que deux ou trois matiiis ! Ah ! consolez-vous-en , jonquilles , tubéreuses ; Vous vivez peu de jours , mais vous vivez heureuses. Les médisans ni les jaloux Ne gênent point l'innocente tendresse Que le printemps fait naître entre Zéphire et vous. Jamais trop de délicatesse Ne mêle d'amertume à vos plus doux plaisirs. Que pour d'autres que vous il pousse des soupirs, Que loin de vous il folâtre sans cesse ; Vous ne ressentez point la mortelle tristesse Qui dévore les tendres cœurs, / Lorsque, plein d'une ardeur extrême, On voit l'ingrat objet qu'on aime Manquer d'empressement, ou s'engager ailleurs. Pour plaire, vous n'avez seulement qu'à paraître ; Plus heureuses que nous, vous mourez pour renaître.

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Tristes réflexions ! inutiles souhaits !
Quand une fois nous cessons d'être,
Aimables fleurs, c'est pour jamais.
Un redoutable instant nous détruit sans réserve,
On ne voit au-delà qu'un obscur avenir ;
A peine de nos noms un léger souvenir
Parmi les hommes se conserve.
Nous entrons pour toujours dans un profond repos
D'où nous a tiré la nature ;
Dans cette** freuse nuit, qui confond les héros
Avec le lâche et le parjure ,
Et dont les fiers destins, par de cruelles lois,
Ne laissent sortir qu'une fois.
Mais, hélas, pour vouloir revivre,
La vie est-elle un bien si doux ?
Quand nous l'aimons tant , songeons-nous
De combien de chagrins sa perte nous délivre ?
Elle n'est qu'un amas de craintes, de douleurs,
De travaux, de soucis, de peines.
Pour qui connaît les misères humaines, .
ourir n'est pas le plus grand des malheurs.
Cependant, agréables fleurs,
Par des liens honteux attachés à la vie,
Elle fait seule tous nos soins,
Et nous ne vous portons envie
Que par où nous devons vous envier le moins.

M.me DEsHoULIÈREs,

LEs FLEURs.

ENFIN , je vous retrouve, aimable solitude,
Bosquets mystérieux, grottes, réduits charmans ;
Je fuis, j'échappe au monde, à son inquiétude ;
Je viens vous consacrer de rapides momens.
Soyez mes seuls abris et mes seuls confidens ;
Embellissez pour moi les heures de l'étude. *
A qui voudrais-je offrir mes vœux et mon encens ?
Serait-ce à l'Amitié ? mais, hélas ! on publie
Que l'amitié n'est qu'un vain nom.
Serait-ce à cet enfant qui, d'une main hardie,
Menace la sagesse et bannit la raison !
Non; dût-il se venger, dût-il troubler ma vie ,
L'Amour n'aura de moi ni soupir ni chanson.
Hâtons-nous; il est temps de gagner la prairie.

La diligente Aurore, au teint frais et vermeil,
A versé dans nos champs ses larmes amoureuses,
Et sur un char de feu j'aperçois le Soleil
Qui dore des rochers les cimes orgueilleuses.
La Nature s'éveille et reprend ses couleurs.
Sur son sein rafraîchi vous naissez , tendres fleurs ;

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