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Dans les plis d'un bouton, vos grâces resserrées,
Croissent avec le jour.... quels parfums ! quel éclat !
D'un vert, ami des yeux , vos tiges sont parées ;
De l'écharpe d'Iris, vos feuilles diaprées -
Ont le fragile émail, le tissu délicat ; -
Comme elle, au dieu du jour vous devez la naissance ;
Comme elle, vous brillez d'un rayon emprunté ;
Comme elle, vous n'avez qu'un moment d'existence...
Et tel est, parmi nous, le sort de la beauté !

Jaloux de se montrer à mon œil enchanté,
Le muguet, le pavot, la superbe amaranthe,
La renoncule éblouissante,
Me charment tour à tour par leur variété.
Cessez de vous cacher, timides violettés,
Sous cet humble gazon, qui vous dérobe aux yeux :
Ah ! malgré vous un parfum précieux,
A l'odorat charmé, décèle vos retraites.
Pourquoi, modestes fleurs, voiler vos agrémens ?
Avez-vous craint pour vos charmes naissans ,
Et le souffle impur de l'Envie,
Et le venin de ses serpens ?
L'homme seul ressent leur furie.
Violette, sortez de votre obscurité ;
Ah ! venez effacer la tulipe brillante ;
Qu'importe son éclat ? vous êtes plus touchante ;
Elle peint la richesse , et vous la volupté.
Que j'aime de ces lieux le calme, le silence !

Des humains je fuis la présence.... Ils m'ont pas, belles fleurs, votre simplicité. N'ayant point leurs défauts, vous ignorez leur peine : Le crime et la douleur n'approchent point de vous ; Vous ne ressentez point les douleurs de la haine.... Ah ! combien votre sort est doux ! A vivre deux matins, par le sort condamnées, N'accusez point le ciel , roses trop fortunées ; N'enviez rien aux mortels insensés ; Las ! bien souvent de nos longues années Nous calculons les jours, et vous en jouissez ! Vous, myrtes dangereux, l'honneur de ce parterre , Qu'ombragent à l'envi vos festons immortels, Vous, qu'Amour de sa main cultive dans Cythère , Vous, dont la tige meurtrière A fourni son carquois des traits les plus cruels ; Vous enfin, de tous temps consacrés à sa mère, Qui décorez son dais, parfumez ses autels , Et couronnez, dans les bras du mystère, Le front efféminé des aveugles mortels ; Coupables arbrisseaux, craignez seuls ma colère.... Disparaissez !... mille autres, en ce jour, Partageront mes soins et mon amour. Leur innocence doit me plaire. Le frais jasmin , dont la blancheur Par le lis à peine effacée, Est l'image de la candeur, Reviendra peindre à ma pensée

Une vertu chère à mon cœur. Mais quoi! je le sens qui soupire... Vœu téméraire ! vains sermens ! Non, non, beaux myrtes que j'admire, Vous êtes l'arbre des amans ; Ma main ne saurait vous détruire. Pourquoi, de votre aspect craindrais-je les douceurs? Dans ces solitaires asiles J'ai le cœur et l'esprit également tranquilles ; Je dors paisiblement à l'ombre de vos fleurs. Demeurez, et croissez à l'abri des orages , Toujours fleuris et toujours verts ; Unis à ces jasmins soutenez leurs feuillages ; Et moi, fuyant l'Amour, craignant ses faux hommages, Je viendrai, sous vos doux ombrages, Cacher ma rêverie et soupirer mes vers.

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IDYLLES ; | 91

Voit Zéphir près d'elle
Soupirer l'amour.
Mais par la rosée
Qu'une autre arrosée
Vienne à s'entr'ouvrir,
Dès que sur sa tige
Ce dieu qui voltige
L'aperçoit fleurir,
La fleur printanière
Qui fut la première
Éclose en ce jour,
A la plus nouvelle
Voit Zéphir loin d'elle

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Vo! AoE amant des fleurs , papillon fortuné,
Que ton sort a d'attraits, et qu'il me fait envie !
Nulle chaîne, hélas ! ne te lie.
Par ton penchant seul entraîné,
De plaisirs en plaisirs tu promènes ta vie ;
Tu cours de fleurs en fleurs recueillir l'ambroisie ;

Tantôt du lis naissant tu dérobes l'émail ;
Tantôt, malgré son épine cruelle,
Vainqueur de la rose nouvelle,
Tu ravis son brillant corail ;
Toutes les fleurs reçoivent tes caresses ;
Toutes les fleurs te cèdent leurs richesses ,
Bien différent des mortels malheureux,
Qui souvent ferment la paupière
Sans avoir pu goûter dans leur longue carrière
Le moindre des plaisirs, objet de tous leurs vœux.
Il est vrai qu'abusé par la flamme infidèle ,
Tu vas lui confier ton aile,
Et te livrer toi-même à son éclat trompeur :
Mais si la mort interrompt ton bonheur,
Ton dernier vol au moins t'emporte au-devant d'elle ;
Tu meurs l'heureux jouet d'une agréable erreur ;
Et l'être infortuné que la raison éclaire,
Qui de cet avantage ose tant se flatter,
Ne tire d'autre fruit de sa triste lumière
Que de prévoir sa fin, qu'il ne peut éviter.
D'ARNAUD.

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