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N'attends pas les succès brillans
Qu'obtient la rose purpurine ;
Tu n'es pas la fleur des amans ;
Mais aussi tu n'as pas d'épine.

Partage au moins avec ta sœur
Son triomphe et notre suffrage :
L'Amour l'adopte pour sa fleur ;
De l'Amitié sois l'apanage.

Viens prendre place en nos jardins ;
Quitte ce séjour solitaire ;
Je te promets tous les matins
Une onde pure et salutaire.

Que dis-je ? non , dans ces bosquets
Reste, violette chérie :
Heureux qui répand des bienfaits,
Et, comme toi, cache sa vie !

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O fille du Printemps, douce et touchante image D'un cœur modeste et vertueux, Du sein de ces gazons tu remplis ce bocage De tes parfums délicieux. Que j'aime à te chercher sous l'épaisse verdure Où tu crois fuir mes regards et le jour ! Au pied d'un chêne vert, qu'arrose une onde pure, L'air embaumé m'annonce ton séjour. Mais ne redoute pas cette main généreuse : Sans te cueillir j'admire ta fraîcheur ; Je ne voudrais pas être heureuse Aux dépens même d'une fleur. Reste sur ta tige flexible, Jouis des beaux jours du printemps ; Que les Zéphirs rafraîchissans, Que ces rameaux et ce lierre sensible Te défendent, l'été, des rayons dévorans ! Que l'automne aussi fasse éclore Autour de toi des rejetons nombreux ! Que de l'hiver le souffle rigoureux S'adoucisse et t'épargne encore !

Ah ! comme ton parfum, dont la suave odeur
S'exhale dans les airs sans dévoiler tes charmes,
Que ne puis-je du pauvre, en essuyant les larmes,
Lui dérober l'aspect du bienfaiteur !
Timide comme toi, je veux dans ma retraite
Et dans l'oubli passer mes jours ;
Un peu d'encens vaut-il ce trouble qui toujours
Poursuit notre gloire inquiète ?
Simple en mes goûts, de paisibles loisirs
Rendent mon âme satisfaite ;
Mon nom contente mes désirs,
Puisque l'Amitié le répète.
L'avenir m'oublîra ; mais, chère à mon époux,
Dans mon enfant trouvant mon bien suprême,
Bormant ce monde à ce que j'aime,
Je n'étonnerai point le vulgaire jaloux.
Oui, comme toi, cherchant la solitude,
Ne me plaisant qu'en ces vallons déserts,
J'y viens rêver, et soupirer ces vers
Qui ne doivent rien à l'étude.
M.me BEAUFoRT-D'HAUTPoUL.

SALIX ET PHOLOÉ,

() U
L' ORIGINE DU SAULE (1);

MÉTAMORPH o SE.

A•r de Pholoë, le beau Salix un jour
Sous l'ombrage des bois soupirait son amour.
Pholoë, tendre et sage, en cette solitude
Souvênt laissait errer sa molle inquiétude ;
Tantôt joignant sa voix à la voix des oiseaux,
Tantôt rêvant assise au bord des clairs ruisseaux,
Parfois cueillant des fleurs, et de ces fleurs moins belles
Relevant sans apprêts ses grâces naturelles.
Son berger, s'il paraît, lui cause un doux plaisir ;
Mais elle aime sans crime, et sourit sans rougir.
Lui, mêlant jusqu'alors, fidèle à l'innocence,
Le respect au désir, la crainte à l'espérance,
Il attendait qu'Hymen, de roses couronné,
Vînt proclamer l'époux dans l'amant fortuné.

(1) Cette pièce n'est pas précisément une idylle ; mais elle devait précéder les idylles sur le Saule, qu'on trouvera ci-après, puisqu'elle contient l'origine de cet arbre.

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Qui peut compter, hélas! sur ta vaine promesse, Faible Raison ? L'Amour se rit de ta sagesse. Pholoë, ce jour-là, sous un berceau lointain, Se confiait, paisible, à la fraîcheur du bain : Là, d'épais aliziers, penchés sur l'onde puré, Protégeaient sa pudeur d'un rideau de verdure. Le calme de ces lieux, leur silence écarté, Ce demi-jour des bois, plus doux que la clarté , Tout lui dit : « Ne crains pas un regard téméraire, » Belle Nymphe : pour toi veille ici le mystère ».

Cependant, vers cette onde ouverte à tant d'appas, Le hasard, non le crime, avait conduit tes pas , Salix ; et seul coupable, à travers le feuillage Zéphir t'a révélé les secrets du rivage. Dieux! que d'attraits offerts à ton œil enflammé ! Pâris fut moins ému, quand sur l'Ida charmé Il vit, galant arbitre, et Junon sans parure , Et Minerve sans voile, et Vénus sans ceinture. Ici , des flots mouvans le limpide cristal Trahit d'un sein de lis le contour virginal ; Là , sur l'azur des eaux, levant ses tresses blondes, Elle semble Vénus sortant du sein des ondes. Salix rougit, se trouble ; un feu séditieux Dans ses veines s'allume, étincelle en ses yeux ; Il veut parler: sa voix expire, et vers la rive, Demi-courbé , l'œil fixe, et l'oreille attentive, Il tremble que son souffle, agitant les rameaux, De son bruit délateur n'épouvante les eaux.

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