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Du malheureux de tout abandonné !
Sur vos fronts attristés, la mort paraît empreinte;

Vous excitiez l'amour, la volupté,
Les transports ingénus de la vive Gaîté :

Vous n'allez plus inspirer que la crainte.
Mais un flatteur espoir, sous l'horreur des glaçons,
Sous la faux de la Mort, vous rit et vous anime;
Le printemps reviendra courouner votre cime,

Et rajeunir jusqu'aux simples buissons;
Vous reverrez encor sous votre ombre innocente,
Les Nymphes, les Bergers, les Amours accourir,
De vos tendres rameaux à l'envi s'embellir,

Et célébrer leur fraîcheur renaissante.
Tel est donc votre sort, arbres trop fortunés!
De la vie au trépas, du trépas à la vie,
Par d'éternelles lois, sans cesse ramenés,
Si vous êtes six mois à languir condamnés,
Six autres mois votre éclat fait envie.

Et nous, déplorables humains,
Comment ne pas gémir sur nos tristes destins ?
L'une

par l'autre à jamais entraînées,
Se perdent sans retour nos rapides années,
Ainsi qu'on voit les eaux de cent fleuves divers
S'engloutir et se perdre au vaste sein des mers;
Chaque instant nous ravit une parcelle d'âme,

Une étincelle d'un flambeau
Dont ne saurait se ranimer la flamme,
Lorsqu'il s'est exhalé dans la nuit du tombeau..

Mais loin de rapprocher une image funeste,
S'il se peut, trompons-nous sur l'affreux avenir;
De l'âge du bonheur employons ce qui reste ,
Et puisqu'il est si court, hâtons-nous d'en jouir.

D'ARNAUD.

L’HIVER,

A M.

LUCAS

DE

BELLES BAT.

L'hiver, suivi des vents, des frimas , des orages
De ces aimables lieux trouble l'heureuse paix,
Il a déjà ravi, par de cruels outrages,

Ce que la terre avait d'altraits.

Quelles douloureuses images
Le désordre qu'il fait imprime dans l'esprit !
Hélas! ces prés sans fleurs, ces arbres sans feuillages,

Ces ruisseaux glacés, tout nous dit:
Le temps fera chez vous de semblables ravages.

Comme la terre , nous gardons

Jusques au milieu de l'automne Quelques-uns des appas que le printems nous donne.

L'hiver vient-il ? nous les perdons. Pouvoir, trésors, graudeurs, n'en exemptent personne.

Id. et Égl.

10

On se déguise en vain ces tristes vérités ;

Les terreurs, les infirmités, De la froide vieillesse ordinaires

compagnes, Font sur nous ce que font les Autans irrités

Et la neige sur les campagnes.

Encor si, comme les hivers
Dépouillent les forêts de leurs feuillages verts,
L'âge nous dépouillait des passions cruelles,
Plus fortes à dompter que ne le sont les flots,

Nous goûterions un doux repos

Qu'on ne peut trouver avec elles.
Mais nous avons beau voir détruire par le temps
La plus forte santé, les plus vifs agrémens,
Nous conservons toujours nos premières faiblesses.
L'ambitieux, courbé sous le fardeau des ans
De la fortune encore écoute les promesses ;
L'avare, en expirant, regrette moins le jour
Que ses inutiles richesses

;
Et qui jeune a donné tout son temps à l'Amour,
Un pied dans le tombeau , veut encor des maîtresses.
Il reste dans l'esprit un goût pour les plaisirs,
Presque aussi dangereux que leur plus doux usage.

Pour être heureux , pour être sage,
Il faut savoir donner un frein à ses désirs.

Mieux qu'un autre , sage Timandre,
De cet illustre effort vous connaissez le prix.
Vous en qui la Nature a joint une âme tendre

Avec un des plus beaux esprits ;

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Vous qui, dans la saison des grâces et des ris,
Loin d'éviter l'amour, faisiez gloire d'en prendre ,

Et qui, par effort de raison,
Fuyez de ses plaisirs la folle inquiétude ,

l'arrière-saison
Vous ait fait ressentir tout ce qu'elle a de rude.

M.me DESHOULIÈRES.

Avant que

LE BONHEUR.

Heureux qui, des mortels oubliant les chimères,
Possède une compagne , un livre, un ami sûr',
Et vit indépendant sous le toit de ses pères !
Pour lui le ciel se peint d'un éternel azur,
L'innocence embellit son front toujours paisible;
La vérité l'éclaire et descend dans son coeur ;

Et, par un sentier peu pénible,
La nature qu'il suit le conduit au bonheur.

En vain près de sa solitude
La Discorde en fureur fait retentir sa voix;
Livré dans le silence au charme de l'étude ,
Il voit avec douleur, mais sans inquiétude ,
Les états se heurter pour la cause des rois;

Tandis que la veuve éplorée

Aux pieds des tribunaux va porter ses clameurs ,
Dans les embrassemens d'une épouse adorée
De la volupté seule il sent couler les pleurs.
Il laisse au loin mugir les orages du monde:
Sur les bords d'une eau vive, à l'ombre des berceaux,
Il dit, en bénissant sa retraite profonde :
C'est dans l'obscurité qu'habite le repos.
Le sage ainsi vieillit, à l'abri de l'envie ,
Sans regret du passé, sans soin du lendemain ;
Et quand l'Etre éternel le rappelle en son sein,
Il s'endort doucement pour renaître à la vie.

Si le ciel l'eût permis , tel serait mon destin :
Quelquefois éveillé par le chant des fauvettes
Et
par

le vent frais du måtin ,
J'irais fouler les prés semés de violettes ;
Et, mollement assis, un La Bruyère en main ,
Au milieu des bosquets humectés de rosée ,
Des vanités du genre

humain J'amuserais en paix mon oisive pensée:

Le regard fixé vers les cieux,
Loin de la sphère étroite où rampe le vulgaire,
J'oserais remonter à la cause première,
Et lever le rideau qui la couvre à mes yeux :
Tandis que le sommeil engourdit tous les êtres,

au point du jour errante sur des fleurs, Chanterait des bergers les innocentes maurs, Et frapperait l'écho de ses pipeaux champêtres.

Ma muse,

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