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Où peut d'un frère aller la jalouse fureur !
Pourquoi le meurtrier fut-il un laboureur?...

« La famille formait ensemble , après la » lecture, un concert rustique. »

D'innocentes chansons ou de pieux cantiques
Le vieillard, à voix basse, accompagnait leurs chants:
Son âme était ouverte à des plaisirs touchans ;
Et s'il goûtait des voix la douceur réunie,
Des cours bien mieux encore il goûtait l'harmonie.
Souvent de ces concerts interroinpant le cours ,
Les enfans lui disaient: Cher auteur de nos jours,
Sans doute, en l'étendant, Dieu sema votre vie
De bien des traits divers ; contentez notre envie ;
Daignez'les raconter : vos peines, vos malheurs,
Soufferts, hélas ! pour nous, doivent toucher nos cours.
--Pourquoi de mes chagrins vous nourrir la mémoire?
Mes jours sont bien plus longs que ne l'est mon histoire,
Répondait le vieillard ; et quels traits curieux
Offrirait de mes ans le cours laborieux?

Etre isolé, j'aurais moins senti ma misère;
Mais combien dans les maux c'en est un d'être père !
Que l'art du laboureur est un art incertain!
Sa fortune dépend d'un soir ou d'un matin;
Il voit au gré du vent flotter ses espérances.

Mais , dans ses peines, l'Amour et la » Nature prenaient soin de le consoler : » Que dis-je? toutefois en ma douleur amère Dieu me gardait encor pour soutien votre mère: Je courais dans son sein répandre mes soucis; Nos pleurs en se mêlant se trouvaient adoucis.

cc Il la perdit, et toute sa tendresse se réu» nit sur ses enfans : » Vous sentîtes dès lors vos rigoureux destins. Vous augmentiez mes pleurs par vos cris enfantins. Cher et triste fardeau! votre nombre, votre âge Auraient dû m'accabler ; Dieu soutint mon courage. Que la religion est utile aux mortels ! Je cours me prosterner au pied des saints autels : Au ciel je confiai le soin de votre enfance; Il ne m'a point trompé dans ma juste espérance.

« Il rappelle à ses enfans les moeurs d'au» trefois : »

Nos tissus les plus fins de chanvre étaient ourdis;
Nos cheveux sur nos fronts descendaient arrondis;
Et sans boucle et sans tresse, aux plus beaux jours de fètes,
Un feûtre long-temps neuf parait assez nos têtes.
Comme de nos besoins la vanité se rit!
La farine vous poudre, et le son vous nourrit.

cc Il recommande la modestie à ses filles. » Vous , mes filles, gardez les moeurs de votre mère: Nul ruban ne chargeait son front enorgueilli ; Un bouquet l'ornait mieux quand je l'avais cueilli. Fuyez une parure aux hameaux étrangère; La toison des brebis convient à la bergère.

L'auteur, en mourant, désira que cet ouvrage fût mis au concours. Il ajouta « qu'il l'avait fait pour le soulagement des pauvres , et qu'il leur destinait les fruits de sa victoire , si l'Académie couronnait son tombeau ». ( Ce sont les termes de sa lettre.)

Nota. L'Académie balança long-temps entre l'Églogue de Ruth et cette pièce, où l'on reconnaît un talent très distingué : elle eût sans doute obtenu le prix, sans quelques taches qui la déparent.

MANIÈRE

DE PRENDRE LES

OISEAUX.

Si j'ai jamais le choix d'aimer,
Je veux une beauté champêtre,
Aimable sans penser à l'être,
Et qui sans art sache charmer.
Le vrai plaisir suit la nature.
J'ai vu l'Amour plus d'une fois
Jouer sur un lit de verdure:
Il s'endort sur celui des rois.
Tout parle au coeur dans les retraites :
Vous, rameaux qui vous embrassez;
Vous, oiseaux qui vous caressez,
Qui n'entend vos leçons secrètes ?
Aminte n'avait que vingt ans ,
Quand aux champs il vit Amarille,
Bergère en son premier printemps,
Innocente autant que gentille :
Il l'aima : qui u'aurait aimé ?
Adieu les arts, adieu la ville.
Des maîtres qui l'avaient formé,
Adieu la cohorte inutile.

L'Amour, qui le mène au hameau ,
Lui fait don d'une panetière
D'où pend un léger chalumeau.
Des bergers il prend la manière,
Il se façonne à leurs travaux ;
Et bientôt, sous ses doigts habiles ,
Le jonc et l'osier, plus dociles,
Forment des ouvrages nouveaux.
Il les présente à sa bergère :
Mais , n'osant lui parler d'amour,
Il peint les objets d'alentour,
Qu'anime sa flamme légère,
Et lui rend ainsi, chaque jour,
Cette langue moins étrangère.
Vénus a mis leurs entretiens
Aux archives de son empire;
C'est d'elle-même que je tiens
Celui que je vais vous redire.

AMINTE ET AMARILLE.

AMINTE.

Si les rencontres du matin
Sont pour nous de quelque présage ,
Quiconque voit un beau visage ,
D'un beau jour doit être certain ;
Et j'ai ce bonheur, Amarille,
Puisque le sort t'offre à mes yeux.

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