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present gratuit du Seigneur à son esclave. Ainsi par cette diction Valié-Neumet les Perses veulent donner à en tendre un Lieutenant que le vray 8c le premier Seigneur, qui est Dieu, a établi souverain pour distribuer en sa place ar tout IUnivers les graces 8c es bienfaits, comme ailleurs nous Pavons expliqué plus amplement 8c plus äupropos.

Le Général des Mousquetaires n'usa point d'un plus long discours, afin de ne pas arrester davantage le Prince, qu'il voyoit inquiet dans l'attente de ce qu'il avoit à luy dire: mais de cette extrémité il le fit passer a une toute contraire. A la crainte qui le quitta, succederent l'éronnement , la joye 8c la tristesse qui Paccablerent tout de nouveau, 8c qui le rendirent encore une fois immobile.

Il devint comme une personne qui des tenebres encre tout à

coup dans un grand jour: il sembla saisi d'un ébloüissement, 8c il xegardoit sans voir tout interdit ce grand nombre d'Eunuques qui 1'environnoient à terre à genoux, l'appellant leur Roy 8c leur Souverain. Ces premiers momen-s passez, sa veuë parut moins égarée , 8c il s'arresta doucement sur lüîunuque Gouverneur qui estoit en la mesme posture que les autres; comme s'i'l se fusi: réveillé d'un profond sommeil. Il commença. à faire reflexion sur ce qui se as_ soit 5 8c il reconnut que, bien liloin d'en \rouloir à sa vie, on venoit l'élever au trône : neanmoins. comme il n'avoir pû recevoir cette heureuse nouvelle , qu'il ne re_ ceust à mesine temps celle de la

'mort de son pere, toutes deux

aussi impréveuës l'une que l'an_ tre, la surprise fut égale des deux costez , 8c le.fit tomber pour une troisiéme fois dans un étonne.ment qui le rendit immobile. La

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douleur disputa quelque temps avec la joye5 mais enfin le bon naturel du Prince l'em orta sur la derniere. Il suivit es tristes mouvemens : il ne songea pas à ce qu'il avoit gagné, mais à ce qu'il avoit perdu: 8c dans cette pensée pressé däffliction il déchira suivant la coustume des Perses dans une extrême tristesse , sa Eabaye ou sa veste du haut jusqub. la ceinture: il répandit des larmes en abondance, ce qu'il n'avoit point fait jusqu'alors : quoy que celles de sa mere 8c cette conster_ nation où il n'y avoit gueres qu'il avoit veu toutes les Dames de son Palais, luy en eussent donné assez de sujet. Cette maniere d'agir fit connoistre, comme j'ay dit, le bon naturel du nouveau Monarque 5 carilne faut pas s'i. maginer qu'il y eust de la seinte à tout cela. Il estoit trop jeune pour entendre ces artifices , luy qui davoitjamais rien veu, 8c qui

avoit toûjours esté nourri mollement entre les femmes , occupé seulement à parler de beaux habits 8c de simples bagatelles , 8c à commander à des Eunuques. Et puis le desordre où estoit son esprit depuis une heure, ne luy permettoit pas d'observer une conduite si reguliere. Encore donc qu'il eust esté assez maltraité par son pere qui avoit fait: resserrer sa prison,8c dont la mort sembloit lu donner la vie en luy donnant la iberré 8cle diadême; il ne pût s'empescher dela pleurer comme un mal qui n"eí—’coit pas moindre , pour estre la cause de tant de biens. Mais n'est-ce

point plustost un efl-'et de la na

ture, qui veut montrer qu'elledemeure toûjours la mai-stresse ,. 8c que les mouvemens qu'elle in_

spire l'emportent toûjours , quelque obstacle que l'ambition ,

Pinterefl: 8E la fortune luy puis;

sent opposer. ‘ 'l

Le General des Esclaves voyant que le Prince saisi de douleur ne répondoit rien- , 8c ne parloit ( pour ainsi dire ) que par les yeux qui versoient sans cesse une abon. dance de larmes, sans attendre davantage qu'il luy ordonn-asi: de se lever, se leva de lujumesme, ô: S'approchant de sa maj-esté il luy dit plusieurs choses qui pouvoient la consoler. IJEunuqzæ 11;. tendant Y joignit ses consolacions, si- bien que peuñà-peu la violence de sa tristesse commença à se calmer : l'éclat de la Couronne se montra à ses yeux avec toute sa beauté , 8c il se laissa ravir aux charmes de la grandeur 8c à la splendeur de la haute fortune qui se presentoit à luy, comme porte Poriginal Persien.

La dessus les deux Seigneurs s'estant regardez l''un l'autre, comme se faisant signe sur ce qu'ils avoient déja accordé entr'eux 5 8c connoissans bien que le

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