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jeune Roy qui jusques alors avoit vécu parmi les femmes, 6c qui n'estoit pas accoûtume'. au sang, ne voulut pas faire mourir un homme qu'on luy asseuroit estre d'un merite 8c d'une capacité extraordinaire. Un plus sanguinaire 8C plus experimenté n'eust pas attendu qu'on luy eust poussé le bras pour faire un coup semblable.

A la troisiéme Assemblée que tint le Roy , fut introduit Mesfire Nicolas-Claude de Lalain Ecuyer , Gentilhomme ordinaire du Roy de France, envoyé de sa. Majesté vers les Princes d'Asie, avec un des trois Députez de la Compagnie Françoise des Indes Orientales. L'lnterprete de la Nation les suivoit: la cause pour laquelle ils attendoient fi-tard à demander l'audiance au Roy, fut .la maladie.de ce Député. Car comme il falloir dans cette au

dience parler de la confirmation

des privileges octroyez à la Com .’ pagnie, Monsieur de Lalain ne pouvoit en traitter que conjo1n. tement avec ce Député. Sans cet obstacle, le respect que les Per. ses ont pour la premiere Nation du monde , -leur eust fait avoir audience les premiers , 8c avant tous les autres Européens. Ils firent present à sa Majesté d'un miroir de cristal enchassé d'or, émaillé par derriere , 8c garni sur le devant Œémeraudes5 d'une paire de pistolets d'ar on fort belle, &d'un petit lion d'or enjolivé de erles. Aprés qu'ils eurent fait eur reverence par l'ordre du Prince,ils prirent seance entre les Grands5 8c puis sa Majesté les fit venir auprés de luy, où Monsieur de Lalain pre_ nant la parole , fit des vœux pour la prospérité du nouveau Monar. que au nom du Ro son maistre, &en peu de mots uy fit entendre qu'Hubur I1. son pere de triomp/Tante memoire dont la place e t en Paradis, avoit accordé àla Compagnie Françoise nombre de ptivileges sur la consideration de l'utilité qui en reviendroit en ses Estats. Surquoy il supplioit tres-humblement sa Majesté de vouloir continuer àla Nation les premieres faveurs que son prédecesseur avoit commencé de luy faire , 8c la recevoir avec la Compagnie sous sa protection. Le Roy répondit à ce discours par la bouche de son premier Ministre en ces termes: Monsieur lAmlasJ shdeur, voue q/ies le [n'envenu, (il faut remarquer qu'en Perse ils donnent ce titre &Aæîzlassadour à tous ceux qui viennent de la part de quelque Prince ou' de quelque Estat , 8c se servent de la

diction heltcbi qui le signifie, sans.

qu'ils fassent difference comme

nous entre .Ambassadeur, Envoyé,

.Agent, Resident, d* les autres) le

.Roy de France est mon frere , Ô la Nation Françoise os2' mon hasio d*man amie. Non shn/ement je 11o1M' confirme tout ce que IoRay mon pere qui reposé maintenant dans le Ciel "vous a accordé , mais fay encore Idr-zgolonté dy ujouter de nouvelles grd. ces , Ô je le fimy à [u premiere 0cMsim que 'vous m'en presentemç Par tout ce qui vient d'estre dit , l'on voit que les affaires dans lecommencement de ce nouveau regne ne changerent point de face, parce que le Prince ne fai. soit rien de luy-mesme , 8c qu'il estoit comme une machine qui ne se remuë que selon le branle que luy donnent les ressorts. Chacun des Grands dans cette conjoncture travailloit à s'approcher le plus prés du jeune Roy qu'il pourroit, à se bien mettre dans son esprit, 6c à reculer ses competiteurs. Le plus puissant 8c le plus favorisé estoit BonddkSultan le General des M onsquetdires , qui contmuoit toûjours à

faire agir sa Majesté, à laquelle rien ne paroissoit estre bien , que le General ne l‘eust ou ordonné ou pour le moins approuvé. Gomtclóid-Kótun , aussi-bien que le M Elm-r , ou Grand C/Mmbelldn , avoient encore bonne part à la faveur , sans parler de la Mere du Roy ,, qui en dedans du Palais faisoit agir son fils suivant ses desseins.

Le General des Mousquetaires pour le premier coup d'essay de sa faveur s'estoit procuré une commission quiluy apporroit de grandes richesses: il s'estoit fait donner ordre du Roy d'envoyer des patentes 8c des habits royaux â tous les grands Officiers de la Perse. Les Be/eler-Bekirs qui sont les grands Gouverneurs, appellez de ce nom composé de deux, qui signifie Seigneur des Seigneurs: les Kahn! ou Gouverneurs des moindres Provinces , appellez de ce titre qui signifie fort5 8c que

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