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AVERTISSEMENT.

PENDANT que je m'occupois à découvrir les erreurs des critiques judaïsans, je sentois mon esprit ému en soi-même, en voyant des chrétiens, et des chrétiens savans qui sembloient même zélés pour la religion, au lieu de travailler, comme ils le devoient, à l'édification de la foi, employer toute leur subtilité à éluder les prophéties sur lesquelles elle est appuyée; et plus dangereux que les rabbins, leur fournir des armes pour combattre les apôtres et Jésus-Christ même. Les sociniens avoient ouvert cette dispute, et la licence augmentoit tous les jours. Il me paroissoit qu'une courte interprétation de quelques anciennes prophéties pouvoit être un remède aussi abrégé qu'efficace contre un si grand mal et alors il arriva qu'un de mes amis m'ayant proposé ses difficultés sur la prédiction d'Isaïe, où l'enfantement d'une vierge étoit expliqué, j'avois tâché d'y répondre avec toute la netteté et toute la précision possible, et néanmoins en faisant sentir la force des preuves de la mission de Jésus-Christ, et un caractère certain de sa divinité.

:

En même temps je me souvenois d'avoir prêché, il y a deux ans, une Explication du Psaume xxi, où j'avois démontré d'une manière sensible à toute ame fidèle, la passion, le crucifiement, la résurrection

de notre Sauveur, et sa gloire qui devoit paroître dans la conversion des Gentils.

Je me sentois aussi sollicité, durant une convalescence qui ne me permettoit pas tout-à-fait l'usage de mes réflexions, d'entretenir mon esprit de saintes pensées, capables de le soutenir; et c'est ce qui a produit ces petits écrits.

Dieu ayant mis dans le cœur de plusieurs personnes pieuses d'en demander des copies, on a eu plutôt fait de les imprimer, et les voilà tels qu'ils sont sortis d'une étude qui n'a rien eu de pénible. Qui sait si Dieu ne voudra pas se servir de cet exemple, pour exciter des mains plus habiles à donner de pareils ouvrages à l'édification publique, et apprendre aux chrétiens, non pas à disputer contre les Juifs, ce qui ne produit que de sèches altercations, mais à poser solidement les principes de la foi; afin que la tentation venant peut-être dans la suite à s'élever par les discours des libertins, aussi remplis d'ignorance que d'inconsidération, elle se trouve heureusement prévenue par une doctrine établie sur la pierre, qui empêche non-seulement les orages et les tempêtes, mais encore qui déracine jusqu'aux moindres doutes; et que nous marchions d'un pas ferme, comme ont fait nos pères, sur le fondement des apôtres et des prophètes?

EXPLICATION

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DE LA

PROPHÉTIE D'ISAÏE,

SUR L'ENFANTEMENT DE LA SAINTE VIERGE, Isaïe, chap. vII, V. 14.

On expose la difficulté, et on y répond: Que c'étoit un des caractères du Messie, de naître d'une vierge; et qu'il devoit être connu en son temps: que le Sauveur des hommes est le vrai Emmanuel.

VOICI OICI d'abord la difficulté, telle qu'elle me fut proposée dans une lettre du 17 septembre 1703, à l'occasion de ma Dissertation sur Grotius, où je découvre en particulier les erreurs de ce critique contre les prophètes qui ont prédit Jésus-Christ.

DIFFICULTÉ.

Ecce Virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel: Une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous. Is. v11, 14. Matth. 1, 23.

CETTE prophétie n'a pu donner aux Juifs aucune lumière pour connoître que Jésus-Christ fût le Messie; au contraire, elle a dû leur faire croire qu'il ne l'étoit pas.

Donc saint Matthieu n'a pas dû l'alléguer comme prophétie : donc ce n'en est pas une.

Je prouve ma proposition.

Selon la prophétie, le Messie doit naître d'une vierge: les Juifs voient Jésus-Christ, fils d'une femme BOSSUET. III.

I

mariée, sans avoir aucun moyen de juger qu'elle est

vierge.

Le Messie doit s'appeler Emmanuel Jésus-Christ

:

a un autre nom.

Donc, les Juifs ont eu raison de croire, aux termes de cette prophétie, que Jésus-Christ, fils de Marie, femme de Joseph, n'étoit pas le Messie.

RÉPONSE.

PREMIÈRE LETTRE.

QUAND On dit que la virginité de la sainte Vierge est donnée en signe prophétique aux Juifs, on voit bien que l'intention n'est pas de dire que ce doit être une preuve dans le moment, et que tous les Juifs fussent obligés de reconnoître d'abord, ni qu'on pût jamais connoître, par aucune marque extérieure et sensible, qu'elle eût conçu étant vierge, ou à la manière ordinaire : un sentiment si grossier ne peut pas entrer dans l'esprit d'un homme. Le dessein d'Isaïe est de marquer en général, par la propriété du terme dont il se sert, qu'un des caracteres du Messie, c'est d'être fils d'une vierge : ce qui est si particulier à Jésus-Christ, que jamais autre que lui ne s'est donné cette gloire. Car de qui a-t-on jamais prêché qu'il ait été conçu du Saint-Esprit, et qu'il soit né d'une vierge? Qui est-ce qui s'est jamais glorifié qu'un ange ait annoncé cette naissance virginale, ni qu'une vierge, en consentant à ce mystère, ait été remplie du Saint-Esprit, et couverte

de la vertu du Très-haut? On n'avoit pas même encore seulement imaginé une si grande merveille.

Les preuves indicatives de la venue du Messie devoient être distribuées de manière qu'elles fussent connues chacune en leur temps. Celle-ci a été révélée, quand et à qui il a fallu : la sainte Vierge l'a sue d'abord; quelque temps après, saint Joseph, son mari, l'a apprise du ciel, et l'a crue, lui qui y avoit le plus d'intérêt : saint Matthieu la rapporte comme une vérité déjà révélée à toute l'Eglise; et maintenant, après la prédication de l'Evangile, Jésus-Christ demeure le seul honoré de ce titre de fils d'une vierge, sans que ses plus grands ennemis, tel qu'étoit un Mahomet, aient osé seulement le contester.

C'est donc ainsi que la virginité de Marie, en tant qu'elle a été prêchée et reconnue par tout l'univers, est un signe qui ne doit laisser aux Juifs aucun doute du Christ: c'est d'elle que devoit naître le vrai Emmanuel, Dieu avec nous, vrai Dieu et vrai homme, qui nous a éternellement réunis à Dieu : et c'est la vraie signification du nom de Jésus, c'est-àdire, du Sauveur, venu au monde pour en ôter le péché, qui seul nous séparoit d'avec Dieu.

Au reste, Monsieur, ce n'étoit pas le dessein de l'ouvrage dont vous m'écrivez, d'expliquer le fond des prophéties; puisque même je me suis assez étendu sur cette matière dans la seconde partie du Discours sur l'Histoire universelle, où j'ai déduit dans un ordre historique toutes les preuves de fait qui démontrent que les écritures de l'ancien et du nouveau Testament, sont vraiment un livre prophétique; principalement en ce qui regarde la venue actuelle

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