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il est employé sans s dans ceux-ci, pour rimer avec blessé :

Monsieur, ce galant homme a le cerveau blessé.
Ne le savez-vous pas ?

Je fai ce que je fai. Mol.
Dois avec une s:

Apprends-moi fi je dois ou me taire ou parler. Despr.
J'ignore , dites-vous, de quelle humeur il eft ,

Et dois auparavant consulter , s'il vous plaît. Mol,
Doi fans s :

Sans parens, sans amis , fans espoir que sur moi,
Je puis perdre son fils, peut-être je le doi. Rac.

Celle-ci peut-être aura de quoi
Te plaire. Accepre-la pour celle que je doi. Mol.
Reçois avec une s:

Je reçois à ce prix l'amitié d'Alexandre. Rac.
Reçoi fans s :

Je ne puis t'exprimer l'aise que j'en reçoi.

Et que me diriez-vous , Monfieur , fi c'étoit moi ? Mol.
J'averti & je frémi fans s :

Visir, fongez à vous, je vous en averti ;
Ec fans compter sur moi , prenez votre parti. Rac.

Ah ! bons Dieux, je frémi.
Pandolfe qui revient ! fût-il bien endormi ! Mol.
Moliere a poussé la licence encore plus loin , puisqu'il a retranché l's
du prétérit je vis dans ces deux Vers :

Hélas ! fi vous saviez comme il étoit ravi,

Comme il perdit son mal, -tôt que je le vi. Ce peu d'exemples suffira pour donner lieu de juger que ce retranchement de l's est une licence poétique , & qu'il est plus régulier , comme nous avons dit, de ne pas l'admettre dans la Prose.

Il est bon d'observer, avant de finir cet article , que la plupart des regles que nous venons d'établir, sur-tout de celles qui regardent la Célure & la Rime, ne sont que pour la plus grande perfection des Vers, & qu'elles ne doivent pas toujours être prises à la rigueur. Outre qu'il est quelquefois permis d'en facrifier quelques-unes à une belle pensée, les Vers doivent être plus ou moins parfaits à proportion que le sujet que l'on traite est plus ou moins relevé. Ainsi dans les comédies , dans les fâbles, dans les contes , & autres pieces d'un style simple & familier, on ne doit pas exiger que les Vers soient aussi harmonieux & aussi réguliers

que dans les poêmes épiques , dans les tragédies , dans les fatyres , & autres pieces d'un style noble & sérieux:

ARTICLE I IL

Du melange & de la combinaison des Vers les uns avec les autres. L

par la rime , ou par le nombre des syllabes dont ils sont composés; c'est-à-dire, que dans les différens Ouvrages de Poésie , les rimes ma culines sont mêlées avec les féminines , & souvent les grands avec les petits Vers.

Il n'y a point d'ouvrage en Vers où les rimes masculines ne soient mê. lées avec les féminines , & qui par conséquent ne soit composé de Vers masculins & de féminins.

Mais il n'est pas également nécessaire que les Vers d'un ouvrage on d'une piece , soient toujours d'une même longueur ou d'un même nombre de syllabes.

On observe généralement aujourd'hui de mêler les rimes masculines & féminines , de maniere que deux différentes rimes' de même espece ne se trouvent jamais ensemble dans une même suite de Vers; c'est-à-dire , qu'une rime masculine ne peut être suivie que de la rime masculine qui y répond , ou d'une rime féminine : ce qui n'étoit point pratiqué par les anciens Poêtes, qui mêloient toutes les rimes au hazard , & comme elles se présentoient, comme on le voit dans Marot.

Le mélange des Vers, par raport au nombre de syllabes , n'eft pas réglé : il dépend ordinairement du goût & de la volonté du Poête.

Suivant les différentes manieres dont on peut aranger les rimes masculines & féminines on les divise en rimes suivies & en rimes entremélées.

Les rimes sont appelées suivies , lorsqu'après deux rimes masculines, il s'en trouve deux féminines , ensuite deux masculines, & ainsi de suite, comme dans ces huit Vers :

On ne m'a jamais vu , surpaffant mon pouvoir ,
D'une indiscrete main profaner l'encensoir :
Et périffe à jamais l'afreuse politique,
Qui prétend sur les cours un pouvoir despotique
Qui veut , le fer en main, convertir les mortels,
Qui du sang hérérique arose les aurels ,
Et suivant un faux zele , ou l'intérêt , pour guides

Ne sert un Dieu de paix que par des homicides. Les rimes sont appelées entremêlées, lorsqu'une rime masculine est séparée de celle qui y répond , par une ou deux rimes féminines; ou lorsqu'entre une rime féminine & fa semblable , il se trouve une ou deux rimes masculines, comme dans ces exemples :

Vous qui ne connoissez qu'une crainte servile ,
Ingrats, un Dieu fi bon ne peut-il vous charmer ?
Ett-il donc à vos cours, est-il fi difficile

Et si pénible de l'aimer ?
Dieu parle ; & nous voyons les crônes mis en poudre

Les chefs aveugiés par l'erreur,

Les soldats confternés d'horreur , Les vaisseaux submergés, ou brûlés par la foudre. Lorsque les rimes sont suivies , les Vers font ordinairement du même nombre de syllabes. Ainsi les Vers que l'on appele suivis, sont ceux qui ont communément le même nombre de lyllabes , & dont les rimes sont suivies.

Lorsque les rimes sont entremêlées, les Vers sont quelquefois du même nombre de syllabes , mais le plus souvent ils ne le font pas ; & on appele Vers entremêlés , ceux qui sont composés de divers nombres de syllabes, & dont les rimes sont entremêlées.

On ne fait guere que de quatre sortes de Vers suivis; savoir :

I. Les Vers de douze syllabes ou alexandrins, que l'on emploie ordinairement dans les poèmes héroïques, dans les tragédies , les églogues, les élégies , les saryres , &c.

II. Les Vers de dix fyllabes ou communs , qui sont en usage dans les ouvrages d'un style naït & familier , tels que sont les épitres de Marot, les épitres & les allégories de Rousseau.

Ill. On fait encore des Vers iuivis de huit fyllabes : mais l'usage en est assez rare , & on ne s'en sert guere dans des lujets sérieux.

Si l'on fait quelquefois des Vers suivis de sept, de fix, ou d'un moin. dre nombre de lyllabes, ce n'est que dans des pieces badines & de caprice.

IV. Une autre sorte de Vers suivis , qui est fort belle, quoiqu'elle ne foit fort ordinaire , est de mettre alternativement un Vers de lix lylo labes à la suite d'un grand Vers, avec des rimes suivies.

Le principal défaut que l'on doit éviter dans les Vers suivis , est de faire rimer deux Vers masculins avec deux Vers masculins , quand il ne sont séparés que par deux Vers féminins ; ou deux Vers féminins avec deux Vers féminins , quand ils ne sont séparés que par deux Vers masculins : comme on voit que dans ces fix Vers , les deux premiers féminins riment avec les deux derniers qui sont aussi féminins :

Par les mêmes fermens Britannicus se lie ,
La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ;
Mais fes levres à peine en ont touché les bords ,
Le fer ne produit point de fi puissans efforts ,
Madame, la lumiere à ses jeux eft ravie ,

Il tombe sur son lit fans chaleur & sans vie.
La consonance ou la convenance des sons dans les rimes masculines

pas

& féminines qui se suivent, produit encore un effet désagréable à l'oreille, comme dans ces quatre Vers :

Er toutes les vertus dont s'éblouit la terre ,
Ne font que faux brillans, & que morceaux de verre.
Un injufte guerrier , terreur de l'univers,
Qui fans sujet courant chez cent peuples divers. ...

Des Stances.

pas plus fixe

Les rimes entremêlées s'emploient plus ordinairement dans les stances qu'ailleurs.

On appele Stance , ou quelquefois Strophe, un certain nombre de Vers après lesquels le sens eit fini & complet.

Le nombre des Vers qui peuvent compofer une stance n'est pas fixe : mais il ne doit pas être moindre que de quatre , & communément il ne s'y en trouve guere plus de dix.

La mesure des Vers qui entrent dans une stance, n'est que le nombre. Il peuvent être tous d'une même forte, c'est-à-dire , avoir un même nombre de syllabes , comme douze , dix, huit & sept; ou l'on peut y mêler diverses sortes de Vers par raport au nombre des syllabes, lans autre regle que le goût & la volonté du Poête : ce qui fait qu'en considérant les stances par le mélange des rimes, par le nombre des Vers , & par le nombre des syllabes de chaque Vers, on peut les varier en une infinité de sortes , dont nous ne pourions déveloper les combinaisons , fans entrer dans des calculs immenses , qui ne seroient d'aucune utilisé au Lecteur , & ne manqueroient pas de l'ennuyer.

Une Itance n'est proprement appelée Stance , que quand elle est jointe à d'autres : mais si elle est seule , elle emprunte ordinairement son nom du nombre de Vers dont elle est composée : en sorte qu'on l'appele Quarrain , si elle est de quatre Vers ; Sixain, si elle est de fix; & quelque ois, en la considérant par le sujet , on l'appele Épigramme ou Madrigal.

On donne souvent le nom d'Ode à une suite de stances sur un même fujet.

Quand les stances d'un même ouvrage ont un même nombre de Vers, un même mélange de rimes, & que le nombre des syllabes de chaque Vers s'y trouve également distribue, on les appele Stances régulieres.

Au lieu qu'elles sont appelées irrégulieres , li elles sont différentes les unes des autres, ou par le nombre des Vers, ou par le mélange des rimes , ou par le nombre des syllabes de chaque Vers.

Il est encore nécessaire , pour la perfection des stances, que celles qui font faites sur un même sujet , commencent & finissent par les mêmes rimes ; c'est-à-dire , que si la premiere stance commence par une rime féminine , & finit par une rime masculine , la seconde doit aussi commencer par une rime féminine , & finir par une rime masculine , & ainsi des autres. D'où il arive que quand une stance commence & finit par

une

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une même rime, comme par une rime féminine , celle qui est après commençant aussi par une rime féminine , il se trouve deux différentes rimes de même espece à la suite l'une de l'autre : ce qui n'est pas contraire à la regle que nous avons établie , pag. 846 & 847 ; parce que chaque stance doit être considérée séparément, & comme détachée de celle dont elle est suivie.

Le dernier Vers d'une stance ne doit jamais rimer avec le premier de la stance suivante.

Enfin c'est une regle indispensable que le sens finille avec le dernier Vers de chaque stance : en quoi les ftances Françoises sont plus parfaites que les stances Latines , où le sens est très-souvent continué de l'une à l'autre.

Les stances considérées par le nombre des Vers dont elles sont formées , peuvent se diviser en stances de nombre pair , & en stances de nombre impair.

Les fances de nombre pair , sont celles qui sont composées de quatre, de fix, de huit , ou de dix Vers.

Les sances de nombre impair , sont celles qui sont composées de cinq, de lepi, ou, de neuf Vers.

Comme nous avons dit que le mélange de Vers, par ráport au nombre des fyllabes , étoit arbitraire dans les stances, les regles - que nous allons donner pour chaque etpece de stances, regarderont principale. ment le mélange des rimes.

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REGLES POUR LES STANCES DE NOMBRE

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PAIR.

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I. Stances de quatre Vers. Les rimes peuvent s'entremêler de deux manieres dans les stances de quatre Vers ou dans les quatrains.

1. On fait rimer le premier Vers avec le troisieme , & le second avec le quatrieme, comme dans cette stance :

Combien avons-nous vu d'éloges unanimes ,
Condamnés, démentis par un honteux recour!
Et combien de héros . glorieux, magnanimes,

:: Ont vécu trop d'un jour!..
2. On fait rimer le premier avec le quatrieme , & le second avec le
troisieme , comme dans cette stance ja

Insensés ! notre âme se livre
A de tumultueux projets :
Nous 'mourons sans avoir jamais
Pu trouver le moment de vivre,

PPPPP

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