Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

II. Stances de fix Vers. La stance de fix Vers, ou le fixain, n'est autre chose qu'un quatrain auquel on ajoute deux Vers d'une même rime.

Ces deux Vers d'une même rime le mettent pour l'ordinaire au commencement , & alors il doit y avoir un repos à la fin du troisieme Vers; c'est-à-dire , que le sens doit y finir de maniere que l'oreille puisse s'y arrêter : ce qui donne beaucoup d'harmonie aux stances de fix Vers.

Du reste on y entremêle les rimes des quatre derniers Vers comme dans les quatrains : ce qu'on reconoîtra dans les deux stances suivantes :

Renonçons au stérile apui

Des grands qu'on adore aujourd'hui :
Ne fondons point sur eux une espérance folle :

Leur pompe indigne de nos væux ,
N'est qu'un fimulacre frivole ,

j
Et les solides biens ne dépendent pas d'eux.
O Dieu ! que ton pouvoir est grand & redoutable !
Qui poura se cacher au trait inevitable ,
Dont eu poursuis l'impie au jour de ta fureur ?
A punir les méchans ta colere fidelle ,

Fait marcher devant elle

La mort & la terreur. Quelquefois les deux Vers de même rime se mettent à la fin de la stance : alors le repos n'est pas nécessaire à la fin du troisieme Vers , & le mélange des rimes dans les quatre premiers Vers , est le même que dans les quatre derniers des stances précédentes, comme dans celles-ci :

Seigneur , dans ton temple adorable
Quel mortel eft digne d'entrer ?
Qui poura , grand Dieu, pénétrer

Dans ce séjour impénétrable,
Où les faints inclinés, d'un oeil respectueux ,
Contemplent de ton front l'éclar majestueux ?
Seigneur , de qui je tiens la courone & la vie ,
L'une & l'autre fans coi, par un fils inhumain

Me va bientôt être ravie :
Viens donc à mon secours, prends ma défense en main :
Entends mes triftes.cris, vois ma peine exceflive ,
Es prête à ma priere une oreille attentive.

III. Stances de huit Vers. Les ftances de huit Vers ne font ordinairement que deux quatrains joints ensemble , dans chacun desquels les Vers sont entremêlés comme nous l'avons déja dit : le repos doit s'y trouver à la fin du premier quatrain , comme dans cette stance :

Venez , nations arrogantes,
Peuples vains , & voisins jaloux,
Voir les merveilles éclatantes
Que fa main opere pour nous.
Que pouront vos ligues formées
Contre le bonheur de nos jours,
Quand le bras du Dieu des armées

S'armera pour notre secours ? On peut encore , dans les stances de huit Vers , aranger les rimes de maniere qu'elles commencent ou finissent par deux Vers de même rime, & que des six Vers qui restent , il y en ait trois sur une rime , & trois sur une autre : ce qu'il est aisé de s'imaginer sans exemples.

IV. Stances de dix Vers. Les stances de dix Vers ne sont proprement qu'un quatrain & on fixain joints ensemble , dans chacun desquels les rimes s'entremêlent comme nous venons de le dire. Ce

que ces stances ont de particulier , & ce qui en fait l'harmonie , ce sont deux repos , dont l'un doit être à la fin du quatrieme Vers , & l'autre à la fin du septieme , comme on le verra dans cette stance :

Montrez-nous ; guerriers magnanimes,
Votre vertu dans tout fon jour :
Voyons comme vos cæurs sublimes
Du fort foutiendront le retour.
Tant que sa faveur vous seconde ,
Vous êres les maitres du monde :
Votre gloire nous éblouic :
Mais au moindre revers funefte ,
Le masque tombe , l'homme refte ;
Et le héros s'évanouit.

REGLES POUR LES STANCES DE NOMBRE

I MPAIR.

Ces ftances doivent nécessairement avoir trois Vers sur la même rime; & conformément à la regle que nous avons déja donnée, on ne doit jamais les mettre de suite. Il faut ou qu'ils soient tous les trois séparés par des rimes différentes , ou qu'au moins il y en ait un séparé des deux autres.

I. Stances de cinq Vers. On n'observe dans ces stances que les regles générales que nous avons données pour le mélange des times. Le reste est au choix du Poête. En voici un exemple :

Рppppij

1

Je tâche d'étoufer ces fammes crimineles ,
Qui m'ont fait mépriser votre jufte courroux.
Je déclare la guerre à mes sens infideles,
Er veux les élever aux choses éterneles :
Mais je ne puis , mon Dieu , les domcer que par vous.

II. Stances de sept Vers. Les stances de sept Vers commencent par un quatrain à la fin duquel ongobserve ordinairement que le sens soit fini, comme dans la suivante :

L'hypocrite en fraudes fercile ,
Dès l'enfance est paîtri de fard :
Il fait colorer avec art
Le fiel que fa bouche distile :
Et la morsure du serpent

Eft moins aiguë & moins fubtile
Que le venin caché que fa langue répand.

III. Stances de neuf Vers. La premiere partie de ces stances est un quatrain terminé par un repos; & la seconde partie est une stance de cinq Vers, comme dans celle-ci :

Homere adoucis mes meurs
Par ses riantes images,
Seneque aigrit mes humeurs
Par ses preceptes sauvages.
En vain d'un ton de Rhéteur,
Epictete à fon lecteur,
Prêche le bonheur suprême :
J'y trouve un consolateur

Plus affligé que moi-même.

De quelques Ouvrages compose's de Stances. Les principaux de ces ouvrages après l'Ode , font le Sonet & le Rondeau, dont il est à propos de parler ici, parce que ce sont de perites pieces de Poésie qui sont encore allez en usage, & qui ont des regles particulieres.

Du Soner.

Nous n'avons rien de plus beau dans notre Poésie que le Sonet, quard il est bien exécuté. Les pensées doivent y être nobles & relevées, les expressions vives & harmonieuses ; & l'on n'y foufre rien qui n'ait un raport eflentiel à ce qui en fait le sujet. Mais il est assujéti à des regles fi gênantes , qu'il est très-difficile d'y réussir , & que nous en avons fort peu de bons.

Il est composé de quatorze Vers toujours de la même longueur , &

I

pour l'ordinaire de douze syllabes , quoiqu'on en fasse quelquefois de dix, & même de huit & de rept. Mais ils ont moins de beauté & d'harmonie.

Ces quatorze Vers font partagés en deux quatrains & un fixain.

Les deux quatrains doivent avoir les rimes masculines & féminines semblables , que l'on entremêle dans l'un de la même maniere que dans l'autre.

Le fixain commence par deux rimes semblables, & il a , après le troisieme Vers , un repos qui le coupe en deux parties que l'on appele Tercers, c'est-à-dire , stances de trois Vers.

Il faut éviter , autant qu'il est possible, que le mélange des rimes dans les quatre derniers Vers du fixain , soit le même que dans les quatrains.

On observe encore de n'y pas répéter deux fois le même mot.
M. Despréaux, pour exprimer les regles du fonet , feint qu'Apollon,

Voulant pousser à bour cous les Rimeurs François
Inventa du fonet' les rigoureuses loix,
Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille ,
La rime avec deux sons frapất huit fois l'oreille ,
Ec qu'ensuite fix Vers artistement rangés
Fussent en deux tercers par le sens partagés.
Sur-tout de ce poême il banit la licence :
Lui-même en mesura le nombre & la cadence,
Défendit qu'un Vers foible y pûr jamais entrer ,
Ni qu'un mot déja mis osât s'y remontrer.
Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême.

Un fonet sans défauts vaut seul un long poême.
Voici pour premier exemple un sonet qui exprime la nature du fonet
même.

Doris qui fait qu'aux Vers quelquefois je me plais,
Me demande un fonet , & je m'en défefpere.
Quatorze Vers, grand Dieu ! le moyen de les faire ?
En voilà cependant déja quatre de fairs.
Je ne pouvois d'abord crouver de rime ; mais
En faisant on apprend à se tirer d'afaire.
Poursuivons, les quatrains ne m'étoneront guere ,
Si du premier tercer je puis faire les frais.
Je commence au hazard, & si je ne m'abuse ,
Je n'ai pas commencé sans l'aveu de la muse,
Puisqu'en li peu de temps je m'en tire fi net.
J'entame le second , & ma joie est extrême ,
Car des Vers commandés j'acheve le treizieme.

Comptez s'ils sont quatorze ; & voilà le fonet. Quoique le fameux fonet de Desbarreaux soit déja assez connu , on ne sera peut-être pas fâché de le trouver encore ici. Il est si beau pour l'expression & les sentimens, qu'on ne peut trop le répéter.

Grand Dieu , tes jugemens sont remplis d'équité.
Toujours tu prends plaisir à nous être propice :
Mais j'ai tant fait de mal, que jamais ta bonté
Ne me pardonera, qu'en bleffant ta justice.
Oui , Seigneur, la grandeur de mon impiécé
Ne laiffe à ton pouvoir que le choix du supplice :
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta clémence même atend que je périffe.
Contente ton désir , puisqu'il s'est glorieux :
Offense-toi des pleurs qui coulent de mes ieux :
Tone , frape, il est temps ; rends-moi guerre pour guerre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrie :
Mais dessus quel eodroit tombera ton tonerre
Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Chrift?

Du Rondeau,

Une ingénieuse fimplicité fait le carattere propre du Rondeau.

Le rondeau né gaulois a la naïveté. Despr. Le rondeau commun est composé de treize Vers , qui font ordinairement de dix syllabes.

Les rimes de ces treize Vers doivent être semblables, huit masculines & cinq féminines, ou sept masculines & fix féminines.

Après le huitieme Vers & à la fin du rondeau, il y a un refrain qui n'est autre chose que la répétition d'un ou de plusieurs des premiers mots du premier Vers. Mais ce refrain doit être amené avec esprit, & faire un sens avec ce qui le précede. Comme il ne doit y avoir que trois rimes féminines dans les huit

premiers Vers, on peut mettre de suite trois Vers de rime masculine , qui sont le cinquieme, le sixieme & le septieme : ce qu'on ne fait pas ordinairement dans les cinq derniers Vers.

Le rondeau a deux repos nécessaires , un après le cinquieme Vers, & l'autre après le premier refrain. Nous en donnerons deux pour exemples, dont le premier contient les regles du rondeau même.

Ma foi, c'est fait de moi , car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau :
Cela me met en une peine extrême.
Quoi treize Vers, huit en eau, cinq en éme !
Je lui ferois auffi-côt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau :
Faisons-en huit en invoquant Brodeau,
Et puis mettons par quelque stratagème ,

Ma foi, c'est fait.

« PrécédentContinuer »