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ARTICLE I V. De la Letere D.

Le D conserve toujours au commencement des mots l'articulation qui lui est propre , soit avant les voyeles , soit avant la confone R, à laquelle il peut le joindre. Deme, Demoiselle, Dictionaire , Docteur, Droiture, Dureté.

De même au milieu des inots : ainsi on dit , Adapter, Adepte, Adipeux, Adoration, Adrelle , Adultere.

Autrefois on disoit , Addresler , addoucir , &c. mais nous avons vu que l'Académie a supprimé ce doublement en écrivant, Adreffer, Adoucir , &c. On le conserve néanmoins dans Addition & Reddition; non leulement parce qu'ils vienent du Latin , Additio & Reddicio ; mais ens core plus parce que , fi on n'y mettoit qu'un seul D, ils offriroient un sens tout différent : Adition , avec un seul , vient du Larin editio , & signifie Entrée , arivée ; de même , Rédition sembleroit venir du Latin Reditio , qui

signifie Retour.

Dans les mots qui devienent d'un grand usage, on fupprime quelques fois le D devant les consones. Ainsi du Latin , Adventus , & Advocatus, on a fait en François , Avent & Avocat. Du mot ancien , Adjourner , on a fait ajourner. Ceux qui emploient fréquemment Adjuger & Admodier, prononcent ces deux mots sans D; & l'Académie qui conserve Adjuger, écrit Amodier , Amodiateur, Amodiation. On varie sur Adjoine : ceux à qui ce mot est familier , prononcent ajoint : ceux qui le disent plus rarea ment, prononcent adjoint, & l'Académie l'écrit ainli. On a conservé adverfe , vraisemblablement parce que le mot Averse , soit qu'on le prene du Latin Averfus , ou du François même Verse, offre un sens tout différent.

Le D, à la fin des mots , se conserve & le prononce dans les noms propres , Galaad, Lamed, David , Nemrod , Abiud, &c. Dans la plu, part des autres mots, ou on ne le prononce pas, ou on le prononce en T. devant les voyeles & devant les H non aspirées.

On ne le prononce pas dans Laid, Grand, Chaud , Bled, Pied , Rés vérend, Nid , Froid, Fond, il dbfoud, Talud : l'Académie écrit même Talus : & de quelque façon qu'on l'écrive , on prononce Talu.

Mais de ce même mot Talud ou Talus, on forme le Verbe Talurer en changeant le D ou l'S en T. Du mot Bled , se forme Bléer, en fupprimant le D; & l'Académie même écrit Blé fans D. Elle conserve le D. dans Pied : on le prononce même en T, en disant de pied en cap; & on le change en T dans Piéter, Piétiner , Piéton. - Devant les voyeles., le D final imite le T : c'est ainsi qu'on le prononce dans ces expressions , un grand Empereur ; il fait chaud aujourd'hui ; il a fait hier un froid extrême : de même devant une H non aspirée grand homme. On proponce , Repond-il, comme Dit-il, Mais en écrivant ,'on conserve dans tous ces mors le D.

Le D final qui ne se prononce point , reprend la valeur lorsqu'il cesse d'être final : Ainfi de Grand on forme Grande, Grandeur, Grandir , &c.

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Cependant Nud & Crud, ont au féminin Nue & Crue : mais le D repa.
roît dans Nudité & Crudité. C'est pourquoi on peut le conserver dans les
mots primitifs , lors même qu'il ne s'y prononce pas. Au reste ce D dois
absolument être conservé dans Grand , parce qu'il se prononce au moins
devant les voyeles : mais comme en ce cas même il ne se prononce pas
dans Nud & Crud, on pouroit l'y supprimer.
Mais lors même que le D se prononce en T, on ne doit pas

écrire un T, parce que ce Dreparoît dans les dérivés : ainsi ce seroit abufivement que dans Courtaud, Crapaud, I wafaud, on changeroit le D en T, parce que, quoiqu'il s'y prononce ainsi devant les voyeles, cependant on dit, Courtaude , Crapaudine, Échafaudage , &c.

Le D néanmoins s'est changé en T dans l'adjectif Verd, d'où l'on a formé Vert : 'l'Académie l'écrit ainsi : au féminin Verte: quoique le D reparoisse dans Verdâtre , Verdeur, Verdir , Verdoyer , Verdure.

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ARTICLE V. De la Lettre E.

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La Voyele E n'exige pas moins de détail que la Voyele A,

elle a même encore plus de variétés. §. 1. Du fon plus ou moins ouvert , bref ou long , truet ou fermé,

de la Lettre E. La lettre E est celle dont le son varie davantage dans notre Langue : L'E est non seulement plus ou moins ouvert , & conséquemment long ou bref, comme les autres voyeles ; mais il est encore , ce que les Grammairiens appelent , muet ou fermé. Il est long & très-ouvert dans Bête ; bref & moins ouvert dans Bétail : fermé dans Abbé, muet dans Homme: toujours bref quand il est muet , comme dans Devoir ; long ou brer quand il est fermé, bref dans Créer ; long dans il crée.

L'E muet se nomme féminin , parce qu'en Poésie c'est celui qal ter. mine les Vers féminins . c'est-à-dire, ceux dont la rime eft afoiblie par cet E qui demeure muet, comme on le voit dans ces deux Vers :

Dieu sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire,

Et son peuple est toujours présent à la mémoire. Les trois autres E sont appelés masculins , uniquement par opposition à l'E féminin,

L'E muet ou féminin ne commence jamais un mot ; souvent il se trouve à la fin , quelquefois au milieu ; & jamais on ne lui donne d'accent.

Rarement on loufre au milieu des mots l'E féminin ou muet dans deux fyllabes consécutives ; jamais on ne soufre deux syllabes féminines à la fín d'un mot. Ainsi l'E muet de la pénultieme masculine , se change en E masculin devant une pénultieme féminine. L'E pénultieme est muet ou féminin dans Mener; mais il devient ouvert ou masculin dans il mene , au singulier , & au pluriel ils menent ; il redevient muet dans

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il menoie , il mena ; mais il redevient ouvert dans l'antépénultieme de il menera, il meneroit , parce qu'alors la pénultieme eft feminine. En devenant ouvert, il prend un accent sur l'antépénultieme ; il pouroit le prendre ausfi sur la pénultieme , mais ce seroit sans nécessité; parce qu'alors on le prononce toujours ouvert , il mene, qu'il mene , sans qu'il soit besoin d'en avertir par un accent.

Oni soufre deux E muets & même trois dans quelques Verbes composés. Ainsi de Tenir , on forme Retenir & Entretenir : Venir produit de même Devenir , Revenir , Redevenir.

L'E muet se change en E fermé devant le pronom je transposé. Ainsi quoiqu'on dife, J'aime , Je chante , fi l'on transpose le pronom, cet E muet se prononce fermé, & prend l'accent , Aime-je; Chante-je.

L'E muet final rend quelquelois longue la pénultieme qui étoit breve, & change alors son accent. Ainsi l'E est ouvert & bref dans la pénul. tieme de Blasphemer ; mais il est long dans Blasphéme , dans il blasphéme , au singulier ; & au pluriel, ils blasphément : il redevient bref dans il blafphemoit , il bla phéma ; il redevient long dans il blasphémera, il blasphemeroit. Il est long dans la pénultieme d'Extrême ; bret dans l'antépénultieme d'Extrémité , long dans l'antépénultieme d'Extrêmement. Il est long dans Méler , il mêle, il méloit , il mêla , il milera , il leroit ; mais il est bref dans Mélange.

L'E fermé est long devant un muet , Armée , Pensée , il crée ; & dans les adjectifs féminins desirée , &c. Mais il est bref devant les autres voyeles : Il créa, il créois ; & devant un E fermé, ou suivi d'une confone : Créé, Créer.

Il est encore long avant le G, Collége , Privilege , Siege ; & avant I'J consone , comme on l'a vu dans Aimé-je, Chanté-je,

Les E ouverts varient beaucoup plus : voici ceux qui étant longs font Susceptibles de l'accent circonflexe.

ECHE, est long dans Béche, Grieche, Lêche , Pêche , fruit; Pêche , action de pêcher , Revêche : il dépêche, il empêche , il préche ; & de même dans Dépêcher , Empêcher, Précher.

EFE, OU EFFE, est long : Gréfe , terme de Jardinage ; Greffe , terme de Palais , Coëfe ou Coeffe. C'est abusivement qu'on y double la lettre F, dont on ne fait pas sentir le doublement.

EFLE, ou EFFLE, 'long dans Néfle, ou abusivement Neffle.

Eil, ou EILLE, ouvert & bref dans Soleil , Someil & Abeille ; long & fermé dans Vieil homme , Vieille femme, Vieillard , Vieillesse.

ÉLE, long dans Fréle , Gréle, Pêle-mêle , Poêle , Zéle : Il bele, il fele , il mêle , & dans leurs Verbes, Béler , Féler, Miler.

EME, communément long, Baptême , Blasphéme, Chréme, Diademe, &c. Il est bref dans Creme , Deuxieme , Troisieme, & autres noms ordinaux , & dans Je feme , tu semes, il seme. Celui-ci vient de l’E muet dans Semer. Quant à ceux qui vienent du Grec , plusieurs devroient être brefs , comme venant d'un E bref en Grec & en Latin. Ainsi du inot Latin , Anathema , où la pénultieme eft breve , comme dans le Grec,

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on devroit écrire & prononcer , Anacheme , bref. Mais la difficulté de distinguer ceux qui sont brefs d'avec ceux qui sont longs, fait que communément on les prononce tous également longs : Ainsi on dit , Anathême bmme Diademe , quoique, selon l'étymologie , le premier soit bref, tandis que le second eft long.

ENE, communément long , Alêne , Aréne , Cêne, Chêne , &c. Il est bref dans Ebene & Phénomene. On le fait long dans les noms propres , Athénes , Diogenes , Mecene, Origênes , &c. quoique dans plusieurs il dût être bref relativement à l'étymologie. Ainsi les noms de Diogenes & d'Origenes ayant la pénultieme breve en Grec & en Latin, devroient l'avoir également breve en François ; & en effet l'usage est de n'y point mettre l'accent circonflexe , qui par cette raison ne leur convient pas.

EPE, toujours long, Crépe , Guépe.
EPRE, long dans Vépres.
E QUE, long dans Évéque & Archevêque.

ER, ERC, ERD, ERT, long quand ils terminent la phrase, ou un de ses membres, ou un Vers, Fer , Clerc , Verd, Deserl. Mais lorsqu'ils sont suivis d'un autre mot, l'E s'afoiblit jusqu'à devenir douteux, ou même bref : Un fer acéré; un Clerc tonsuré; un Verd de mer ; un Defert afreux.

ÉRE, long dans Chimere , & au pluriel du prétérit indéfini : Ils allorent ; ils parlerent.

ERRĖ, toujours long, Guerre , Tonnerre.
Es, toujours long, Abscés , Accès , Après.

E SE, toujours long , Alése, Antithéfé, Catachrëfe , Diocéfe, &c. Il y a cependant quelques-uns de ces mots où , selon l'étymologie , l'E devroit être bref , tels que Antithefe, Genefe.

Esse, long dans Abbelle, celle , Comprelle , Confese , Exprelle,
Lelle, Prelle, Profefe ; on s'emprelle ; il profese : & de même dans
Céler, Confiser, s'Emprésser , Prejer, Profeffer.
Est, long, Il eft.
ET,

long dans Acquét , Apprêt , Arrêt , Benêt , Forêt , Genét, In. térêt , Prêt, Protét, Tér. Tous ces mots s'écrivoient autrefois

par

EST. ETE, long dans Arbalete , Arrête , Béte , Boéte , Conquête , Crête, Enquête , Féte , Quéte , Requête , Téte. Les autres sont communément réputés brefs , quoique l'on pût en excepter du moins ceux qui par leur étymologie devroient être longs , tels que Athlete, Comete, Poëte , Proa phete. Le mot Honête est long après son substantif : Un homme honete : mais avant il devient bref : Un honete homme ; & dans ce cas il doit perdre l'accent qui n'y est mis que pour le rendre long. Vous êtes , dans la Poésie, eft long ou bref au gré du Poête. Dans l'usage commun il eft bref.

ETRE, long dans Ancétre , Champêtre , Chevétre, Étre, Fenêtre , Guêtre , Hécre , Prêtre , Salpêtre : Je me dépêtre : & delà , se dépétrer,

Ers, toujours long, en sorte que dans les noms mêmes dont la finale est breve au fingulier , elle devient longue au pluriel : Sujet , Sujets.

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E long.

Theorema ,

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Eve, long dans Grêve, Trêve ; il rêve ; & delà Réver.

Je reviens sur les noms en EME, ESE, ETE, qui peuvent être longs ou brefs , selon leur étymologie tirée du Latin ou du Grec. Liste de mots en Eme, ou Emme, qui peuvent être longs ou brefs , selon leur étymologie.

Stratagema, Stratagême. Abflemius ,

Abstême.
Supremus ,

Suprême.
Apechema , Apechême.

Systema ,

Systême.
Apostema ,

Apoftême.
Tenesmus ,

Tenême.
Baptisma,
Baptême.

Theorême.
Biremis
Birême. Triremis

Trirême.
Blasphemia ,
Blasphême.

E bref.
Chrisma,

Chrême.
Diadema,
Diadême. Anathema ,

Anatheme.
Dilemma,
Dilêmme. Apozema,

Apozeme. Emblema,

Emblême.
Thema ,

Theme.
Enthymema,

Enthymême. Epicherema

Epichérême. Nota. Dans le mot Femme, dérivé Extremus ,

Extrême. du Latin Femina , l'E se prononLemma,

Lemme. ce comme l'A, mais il prend le Nicodemus ,

Nicodeme. son foible de l'A bref : on pro-
Poême.

nonce donc Femme , comme Polyphemus , Polyphême. Gamme & Lame , où l'A eft réProblema

Problême. puté bref en comparaison de Sal gemma,

Sel gemme.

Flamme & Ame , où il est long. Liste de mots en Ese qui peuvent être longs ou brefs,

selon leur étymologie.

Apothesis, Apothese. Antichrefis, Antichrére.

Diathefis ,

Diathese. Catachreis, Catachrêre. Diefis ,

Diere. Diaphoresis, Diaphorèse. Ephesus, Ephese. Diaporesis, Diaporêse. Genesis

Genese. Diæcefis ,

Diocese. Hypothesis ; Hypothese. Lafus ,

Lêre.
Metathesis ;

Métathese.
Megalefium , Megalése. Nemesis,

Nemese.
Peloponnesus

Parénere.
Peloponnese.

Parenesis,
Synderefis, Syndérèse. Parenthesis,

Parenthese.
E bref.

Prothaphærefis , * Prosthaphérefe Antithesis, Antithese.

* On trouve aussi en François Prostapherese, fans h après le 1: mais on voit ici que l'étymologie exige cette , quoiqu'on ne la prononce pas.

Poëma ,

E long;

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