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l'autre dans ébarbé, ébauché, éboulé, &c. Lorsqu'il est suivi d'un doublement de consones, il forme syllabe avec la premiere des deux , Ecclefiueft:que, Efe Elif , Ellipse , Emmanuel, Enneagone , Eppingen , Errata, Eljence , Étternach. ll se joint aufli avec

l'une des deux confones suivantes dans Ecdemique , Elbæuf, Ergot , Escalade , & beaucoup d'autres semblables, où il conserve le son ouvert & foible. Mais il a le lon ouvert & fort dans être, & il varie beaucoup dans ce verbe ; car il commence de s'afoiblir dans Vous étes ; il est foible dans l'écois , tu cois, il étoit ; nous étions , vous étiez , ils étoient : & il est fermé au commencement comme à la fin dans l'ai été, j'avois été , &c.

Quand il est précédé d'une ou deux confones , on le trouve également ouvert ou muet : l'usage varie beaucoup sur cela : essayons de dé: couvrir ce qui en décide. Liste de quelques mots l’E, dans la premiere Syllabe, eft

ouvert ou muet selon l'Académie. E ouvert.

E muer. Béat, Beatus.

Beau. Béatitude , Beatitudo.

Beauté. Bécabunga , Plante,

Becune, Poisson, Bécare , de Be.

Bedaine, Panse. Bécasse, Oiseau.

Bedeau.

Bedon, Tambour. Béguin.

Belandre. Béguine.

Belette. Béjaune.

Belier. Bêler , de Bééler.

Belître. Bémol, de Bé.

Benêt. Bénédićtion, Benedi&tio.

Benoît , Benedi&tus. Bénéfice, Beneficium.

Benoîte , Benedicta. Bénévole , Benevolus.

Beril, Beryllus. Bénignité , Benignitas.

Beface. Bénir, Benedicere,

Belaigre. Béquille.

Besaigue. Bérénice , Berenice.

Berant. Bétail.

Beset. Bête.

Befi. Bêtise.

Besicles, Bétoine, Betonica.

Befogne. Béton.

Besoin. Bétyle.

Betel. Bévue.

Bejeftan. Bézoard.

Dans ces exemples, on voit que l'E le prononce ouvert ; 1°, dans les noms qui vienent du Latin , tels que Beat , Béatitude, Bénédiétion,

1

Bégayer.

tels que

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& que

Bénéfice. 2°, dans ceux qui sont empruntés du Grec, tels que Béchique ; 3°, dans les noms propres , tels que Bérénice : & qu'il est muet , 1', datis ceux qui ne tirent leur origine ni du Latin, ni du Grec, Belier , Beface , Befogne , Besoin ; 2°, dans ceux qui, quoique dérivés du Latin ou du Grec, font devenus d'un grand usage, tels que Benoit , Beril; 3*, dans ceux qui font d'un usage trivial , Bedaine , Belitre, Beficles. L'expérience confirme que c'est en effet communément de l'usage plus ou moins fréquent des mots que dépend le son ouvert ou mult de le: enforte que le même mot sera prononcé avec un e muet par ceux qui se servent fréquemment de ce mot , tandis qu'il sera prononcé avec un e ouvert par ceux qui font moins d'uiage de ce moi : tel eft le mot Beril , que l'Académie écrit sans accent, d'autres écrivent avec accent Béril , parce qu'ils le regardent comme d'un usage moins commun, & qu'il vient du Latin Beryllus.

Ce que nous venons d'observer sur la syllabe BE, est également applicable aux autres syllabes composées d'une confone & d'une voyele: il faut seulement excepter les mots composés des particules D E & RE.

La particule D E, en composition, prend l'accent aigre , & l'E s'y prononce ouvert , soit que ce D Е viene du Latin , soit qu'il n'en viene pas : Exemples : Débâcler, Déballer , Debander , Débarbouiller , Debarder, Débarquer , Débarasser , Debarer , Debáter , Debatre, Débaucher, Decacheter , Dédaigner, Défácher , Degager , Dehaler , Déjeter, Delabrer, Démailloter, Dinater , Depaqueter, Déraciner , Défabufer: ici il faut remarquer que la lettre S qui intervient pour éviter le confli& des deux voyeles, le prononce comme Z ; mais que si le mot suivant doit commencer par une S, on la double pour lui conserver fa force , & l’E s'apuiant alors sur cette premiere S, se met sans accent, quoiqu'on le prononce ouvert, Desaisir , Dellaler , Dessécher , &c. Ainsi le' DE en composition a toujours l'e ouvert.

Mais le RE, en composition, varie : il a l'E tantôt ouvert , tantôt fermé, & tantôt muet. Essayons de découvrir d'où vient cette variété.

L'E eft fermé avant les voyeles : Réation , Réaggrave , ReajourneRent, Reaffignation, Réédification, Réimpofition, Reimpreffion, Reinkerande, Reiterarion , Réordination, Réunion,

La difficulté le réduit donc aux cas très-fréquens de l'E suivi d'une
consone. Voyons-en quelques exemples.
Liffe de quelques mois oil l’E de la particule RE se pronunce

ouvert, ou demeure muer selon l'Académie.
E muet.

E ouverk.
Rebaptisans, de Baptifer. Récalcitrer , du Latin Recalcitrare.
Rebatir , de Bárir.

Récapituler, du Latin Capitulare. Rebatre', de Batre.

Réchapet, du François Échaper. Rebondir , de Bondir.

Réchaufer, du François Échaufer. Reborder , de Border.

Récidiver, du Latin Recidivus.

Reboucher, de Boucher, Réclamer, du Latin Reclamare. Rebrasser, de Brasser. Récolliger , du Latin Recolligere. Rebroder, de Broder.

Récolter, du Latin Recolligere. Recéler , de Céler.

Récompenser, du François Compenser. Recenfer , de Cenfer.

Réconcilier , du Lacin Reconciliare. Rechanger , de Changer. Récondu&tion , du Lat. Recondufio. Recharger , de Charger. Réconforter , du Latin Confortarı. - Rechaffer , de Chaser.

Réconftitution, du Lat. Reconftitutio. Rechausser, de Chauffer. Réconvention, du Lat. Reconventio. Rechercher , de Chercher. Récréer, du Latin Recreare. Rechoir , de Ckoir.

Récrier, du François Écrier. Reclure , du Latin Recludere. Récriminer, du Lat. Recriminare. Recogner, de Cogner.

Récrire, du Francois Écrire. Recommander , de Commander. Récupérer , du Latin Recuperare. Recomposer , de Composer. Réculer, du Latin Recufare. Recompter , de Comple: . Reconduire , de Conduire. Sans qu'il soit nécessaire d'aller plus Reconoître, de Connoître. loin, on voit s', que le plus grand Reconquérir , de Conquérir. nombre des mois ainsi composés , Recoquiller , de Coquille. prend l'E muet ; 2', que la plupart de Recoudre , de Coudre.

ces mots qui ont l’E muet, dérivent Recouper , de Couper.

immédiatement du François; 3o, que Recourber , de Courber. ceux qui dérivent plus immédiatement Recourir , de Courir.

du Latin , ont communément l'E ouRecouvrer, du Latin Recuperare. vert comme en Latin ; 4", que quelRecouvrir , de Couvrir. ques-uns de ceux qui ont l'E ainsi ouRecroître , de Croître.

vert, vienent de certains mots FranRecueillir , de Cueillir. çois qui commencent par un E ; 5°, Recuire , de Cuire.

que quelquefois un verbe peut avoir Reculer , de Culée.

l'E muet, comme étant dérivé du

François , Reconduire de conduire , tandis

que son fubftantif aura l’E ouvert, comme étant dérivé du Latin, Réconduction, de Reconductio.

Ainsi en deux mots , l’E ouvert, dans la particule RE, nous vient des Latins ; l'E muet , dans cette particule , eft propre au François , & s'atache aux mots qui sont dérivés plus particulièrement du François.

ARTICLE VI. De la Lettre F.

La lettre F conserve toujours au commencement des mots l'articulation qui lui est propre, soit avant une voyele , soit avant une consone , telle que L & R. Ainsi on dit : Fáble , Féve, File , Fleuve , Force, France, Fuite.

Au millieu des mots les Latins doubloient cette lettre dans les come posés , Afficere , Efficere , Sufficere : Delà est venu en François , Affe&tion, Efektif , Suffire : mais dans les mots d'un fréquent usage, on

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ne prononce point ce doublement : ainli on dit Sufire , Sufisant ; si l'on ne dit pas éfeâif , au moins on dit Efet & éfets , lors même qu'en écrivant on conserve ce doublement, effet , effets', à cause de Métymologie. On a admis ce doublement jusques dans les mots qui ne venoient pas du, Latin , comme dans Affaire : mais ce mot est devenu fi commun qu'on prononce Afaire; & pourquoi ne l'écriroit-on pas ainfi? puisque dans ce mot le doublement n'est apuié ni fur l'étymologie ni sur la prononciation.

A la fin des mots , la lettre F se fait communément sentir : Bref , Chef, Fief, Grief, Nef, Relief, Cerf, Nerf , Serf , fignifiane esclave; Bauf, euf, Neuf, Veuf , Aktif, Canif, Darif, Esquif, If, Juif, Morif , Suif, Tarif. On le néglige cependant dans Clef , que l'on prononce Clé , même devant les voyeles; la clé à la main ; ce qui pouroit donner lieu de l'écrire ainsi , si l'on ne vouloit conserver dans Clef , le vestige de son étymologie , tirée du Latin Clavis , dont on a changé l'V. en } , & l'A en E.

Car la lettre F ayant affinité avec l'V confone , se confond avec lui , de maniere qu'en François, du masculin Neuf , se forme le féminin Neuve; & du nom de nombre cardinal Neuf , le nom de nombre ordinal Neuvieme.

Autrefois on disoit Baillif , d'où s'est formé le féminin Baillive : mais l'usage a prévalu de dire Bailli fans F & delà , Bailliage. L'Académie s'est déterminée pour Bailli sans F; mais dans l'impreslion de fon Di&tionaire, on a laissé ce mot au rang que lui donnoit cette F, c'est-às dire , après Bailliage.

On a quelquefois voulu confondre la lettre F avec le Phi des Grecs; c'est ainsi que quelques-uns ont écrit Filofophie & Fifique ; mais c'est trop s'écarter des étymologies, sur-tout lorsque rien n'y oblige; car sien n'empêche d'écrire Philofophie & Physique. De quelque maniere qu'on écrive ces mots , ils ont la même prononciation , & alors on doit préa férer l'Orthographe fondée sur l'étymologie.

Par un abus tout opposé, on a quelquefois employé le Phi des Grecs dans des noms Barbares, qui n'ayant aucun raport aux Grecs , devroient être écrits par une simple F. C'est ainsi que l'on écrit Pharamond pour Faramond; & en Latin Arnulphus pour Arnulfus ; d'où l'on a fait en François successivement Arnoulf, Arnoul & Arnou. De même Marcul phus pour Marculfus , d'où en François, Marcoulf , Marcoul & Marcou. De même encore Theodulphus pour Theodulfus ; d'où en François , Thioulf , Thioul, Thiou.

ARTICLE VII. De la Lettre G.
Le G varie comme le C, avec lequel il a beaucoup d'affinité. De même
le C se prononce fort dans Calore , Colonne & Cuve , mais s'afoiblit dans
Céfure , Cimene , Cycle : de même le G se prononce fort dans Gabele ,
Gobelet, Guttural, s'afoiblit dans Gelée , Gibier, Gymnase; c'est-da

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dire , qu'avant ces trois voyeles, E, I, Y, il prend l'articulation de notre j consone. Pour lui rendre avant l'E & l'I la prononciation torte, on infere un U entre ce G & la voyele : Guerre , Guichet. Il est peutêtre assez singulier que nous ne mettions jamais cet U entre le G & l’Y, quoique selon l'étymologie il dût y être. Car selon la prononciation des Grecs, on devroit dire Guymnase ; parce qu'il est formé du Latin Gymnalum , où le G se prononce foible comme l'I consone ; nous avons imité les Latins , & nous avons écrit & prononcé Gymnase. C'est ainsi que nous avons emprunté des Latins la 'maniere d'écrire & de prononcer la plupart des mots qui venant des Grecs , ont un G avant E, I, Y. :

Lorsqu'on veut afoiblir le G avant les voyeles, A, O, U, on met an E entre le G & ces voyeles : Ainsi du Verbe Manger , se forme au présent, nous mangeons ; à l'imparfait, je mangeois ; au parfait, je mangeai: & du Verbe Gager , fe forme le fubftantif, Gageure, que l'on prononce Gajure , de même que je manjai , je manjois , nous mane jons.

Le G conserve son articulation forte avane les consones I & R: Glace & Grâce, & même avant la lettre N, au commencement des mots qui nous vienent des Grecs : Gnomon , Gnostique.

Mais il s'afoiblit au milieu des mots avant cette confone M, à laquelle. il donne une articulation mouillée , comme dans Agneau , Regne Signal.

Il conferve son articulation forte avant la lettre H , soit au commencement des mots , soit au milieu , Ghisleri , Malpighi.

A la fin des mots , le G se prononce dans les noms propres , Agag Doëg, Magog, Sarug : dans les mots communs & d'un fréquent usage on ne le prononce pas ; rang, lang , étang , long, le prononcent lans g: si cependant ces mors , long , rang, sang , le trouvent suivis d'une voyele , ou de la lettre H non aspirée , on y prononce le G, mais comme si c'étoit un K ; c'est ainsi qu'on dit : Un sang épais ; un rang élevé ; un long hiver. L'Académie observe que même en ce cas on ne prononce point le G dans Étang.

Le G se trouve suivi d'un T dans le mot Vinge , & on ne prononce ni l'un ni l'autre devant les confones , Vinge perfones ; vingi femmes : devant les voyeles & devant la lettre H non aspirée , on prononce le T, mais le G demeure muet : Vingi hommes ; vingt animaux. On n'y conserve donc le G, qu'à cause de l'étymologie de ce mot , qui vient du Latin Viginti , quoiqu'il se soit éloigné de sa forme primitive.

ARTICLE VIII. De la Lettre H.

La lettre H n'est qu'une simple aspiration, qui au commencement des mots conserve ou perd fa force dans notre Langue , selon que ces mots sont plus ou moins usités. On peut en juger par les exemples fuiyans.

H aspirée.

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