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Si je pouvois encore de mon cerveau
Tirer cinq Vers, l'ouvrage seroit beau :
Mais cependant me voilà dans l'onzieme.
Er fi je crois que je fais le doúzieme :
En voilà treize ajustés au niveau,

Ma foi, c'est fait.

A la fontaine où s'enivre Boileau,
Le grand Corneille & le sacré troupeau
De ces Auteurs que l'on ne trouve guere ,
Un bon rimeur doit boire à pleine aiguiere ,
S'il veut donner un bon tour au rondeau.
Quoique j'en boive aussi peu qu'un moineau ;
Cher Benserade , il faut te satisfaire ,
T'en écrire un. Hé ! c'est porter de l'eau

A la fontainc.
De tes refrains un livre tout nouveau
A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire :
Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau ;
Papier, dorure , images , caractere ,
Hormis les Vers qu'il falloit laisser faire

A la Fontaine,

De l'Épigramme. L'Épigramme est une petite piece de Vers qui doit être terminée par une pensée vive , ingénieule & brillante , ou par un bon mot : ce que l'on appele la chute ou la pensée de l'épigramme ; & elle ne doit contenir qu'autant de Vers qu'il en faut pour amener cette pensée. C'est pourquoi il n'y en entre guere plus de dix ou douze.

L'Épigramme plus libre, en fon tour plus borné,

N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné. Au reste, elle n'est assujétie à aucune regle particuliere pour le mélange des rimes & pour la mesure des Vers, qui dépendent de la volonté du Poête. En voici une pour exemple :

Certain Huisfier étant à l'Audience,
Crioit toujours , Paix-là , Meffieurs , paix-là :
Tant qu'à la fin tombant en défaillance ,
Son teint pâlir , & fa gorge s'enfila.
On court à lui. Qu'est-ceci, qu'est-cela z
Maitre Perrin , du secours, il expire.
Bref on le saigne , il revieot, il respire.
Lors ouvrant l'ail clair comme un bafilic,
Voilà , Messieurs , fe pric-il à leur dire ,
Ce que l'on gagne à parler en public.

856 ABRÉGÉ DES REGLES DE LA VERSIFICAT. FRANÇOISE.

Du Madrigal. Le Madrigal est une autre petite piece de Vers dont la chute moins vive & moins frapante que celle de l'épigramme, doit toujours avoir quelque chose de fin & de délicat. Il n'a pas ordinairement moins de fix Vers, & il peut en avoir jusqu'à dix-sept , que l'on peut même quelques fois partager en stances, sans aucune regle particuliere. En voici un fait à la louange de Louis XIV. Les Mures à l'envi travaillant pour la gloire

De Louis, le plus grand des Rois ,
Orneront de con nom le temple de mémoire :

Mais la grandeur de ses exploits ,
Que l'esprit humain ne peut croire ,
Fera que la postérité
Lifant une di belle histoire ,
Doutera de la vérité.

Des Vers libres.

On appele Vers libres ceux qui n'ont aucune uniformité ni pour le nombre des fyllabes ni pour le mélange des rimes, & qui ne fone point partagés en stances, c'est-à-dire , que dans les pieces en Vers libres, un Auteur peut entremêler les rimes à son choix , & donner à chaque Vers tel nombre de fyllabes qu'il juge à propos , fans suivre d'autres regles que les regles générales de la Versification,

On met ordinairement en Vers libres les sujets qui ne demandent qu'un style simple & familier , comme les fâbles, les contes', & même quel quefois les comédies, ou les poêmes destinés à être chantés, comme les Opéra & les Cantates.

Dans les Vers libres , sur-tout dans ceux qui sont faits pour la muíque, il est permis de mettre trois Vers de suite sur la même rime, culine ou féminine.

Au reste , nous renvoyons à l'Art Poétique de M. Despréaux, ceux qui voudront avoir une connoissance plus exacte & plus étendue de la Poélie Françoise.

mal

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çoise,

819.

823

825.

832.

TABLE DES SOMMAIRES

DE L'APPENDICE.
A BRÉGÉ DES Regles de la Versification Fran-

pag. 817.
ART. I. De la Structure des Vers,

818.
Des différentes fortes de Vers,

ibid.
De l’e muet à la fin des Mots,
Rencontre des Voyeles,

820.
Des Voyeles qui forment ou ne forment pas de Diph-

thongues,
Enjambement des Vers ,
Transposition des Mots,

826.
Mots à éviter dans les Vers,

827.
De la Célure,

828.
Des Licences dans la Versification ,
ART. II. De la Rime,
De la Rime Masculine & Féminine ,

ibid.
De ce qui suffit ou ne suffit pas pour la Rime,
En quelles occasions il faut faire acorder la Rime avec

l'Orthographe,
Rime d'un mot avec lui même,
d'un simple avec son composé,

ibid.
de l'é fermé avec l'é ouvert,

ibid.
des Voyeles longues avec les Voyeles breves,

842.
des Hémistiches,

843
Retranchement de l's dans certains Verbes,
ART. III. Du mélange & de la combinaison des Vers,
les uns avec les autres,

846.
Des Stances,

848.
Regles pour les Stances de nombre pair,

.
I. Stances de quatre Vers,

ibid.
I I. Stances de fix Vers,
III. Stances de huit Vers,

ibid.
I V. Stances de dix Vers,

851.

834:

835.

839.
841:

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844

849:

850.

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Regles pour les Stances de nombre impair,
I. Stances de cinq Vers,
I I. Stances de sept Vers,
III, Stances de neuf Vers,
De quelques Ouvrages compose's de Stances ,
Du Sonet,
Du Rondeau,
De l'Épigramme,
Du Madrigal ,
Des Vers libres,

ibid. ibid. ibid,

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Fin de la Table de l'Appendice.

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CENSEURS ROY AU X.
'A i lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Traité de l'Ortho-

graphe Françoise , en forme de Didionaire, composé originairement
par M. le Roi , revu fucceflivement par plusieurs Grammairiens instruits;
retouché

par M. Restaut; corrigé & augmenté de nouveau dans cette
réimpression : les Éditions multipliées qui se sont succédées rapidement
sont une preuve du mérite de cet ouvrage , & ont servi à le porter au
point de perfection où il est parvenu. A Paris, ce 16 Juillet 1769.

Signé , MARAIN.
"Ai lu , par l'ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Traité

de
est reconue depuis tant d'années , & la réputation établie sur l'estime
la plus éclairée. A Paris , ce 29 Décembre 1774.

Signé, PHILIPPE DE PRÉTOT.

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PRIVIL ÉG E DU ROI.
OUIS, PAR LA GRACE DE DIEU, ROI DE FRANCE

ET DE NAVARRE: A nos amés & féaux Conseillers les Gens
tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre
Hôtel, Grand Conseil , Prévot de Paris, Baillis, Sénéchaux, leurs
Lieutenans Civils , & autres nos Justiciers qu'il apartiendra : SALUT,
notre amé J. Felix FAULCON, Imprimeur, Libraire à Poitiers ,
Nous a fait exposer qu'il désireroit faire réimprimer & donner au public
plusieurs Ouvrages ; savoir , Traité des Fiefs en la Coutume de Poitiers;
Drapier , super Instituta ; Principes généraux de la Coutume de Poitiers ;
un Traité de l'Orthographe Françoise en forme de Diflionaire ; & le Calen-
drier ancien : s'il Nous plaisoit lui acorder nos Lettres de renouvélement
de Privilege pour ce nécessaires. A CES CAUSES, voulant favora-
blement traiter l'Exposant , Nous lui avons permis & permettons par ces
Présentes , de faire réimprimer lesdits Ouvrages autant de fois que bon
lui semblera , & de les vendre , faire vendre & débiter par tout notre
Royaume, pendant le temps de douze années consécutives , à compter du
jour de la date des Présentes. Faisons defenses à tous Imprimeurs , Li-
braires , & autres persones, de quelque qualité & condition qu'elles soient ,
d'en introduire d'impression étrangere dans aucun lieu de notre obeisance :
comme aussi d'imprimer , ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débi-
ter, ni contrefaire lesdits Ouvrages, ni d'en faire aucun extrait , fous

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