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garder leur champ de victoire. II en est de même des Troupes répandues aux bords des fleuves ) a ): ces bords qu'elles rendent fertiles, nourrissent leurs cultivateurs.

Des essaims de Barbares se présentent en foule [b) pour être admis dans nos Provinces. On les y a reçus quelquefois avec trop peu de précaution ( c); mais le danger n'est que dans le nombre. Qu'on les disperse, & qu'on leur donne des terres vagues & incultes: vous n'en avez que trop, hélas ! ( d ) un gouvernement doux.& ferme en fera des Sujets fidéles & des Soldats disciplinés.

(a) On les appelloit ripenscs. AlexandreSévére les avoit établies. Voy. Lamprid. in Alexand.

(b) Ceux-ci s'appelloicnt Lui, Sc les terres qu'on leur donnoit à cultiver , terres Utiqu.es.

(c) Comme les Goths sous l'Empereur Valcns. {d) Celles du Fisc étoient immenses: la peine de la plupart des crimes étant la confiscation des .kiens. Yoy. Garn. de [orig. du Gouy. Fr.

tl4 BsLISjffRS.

U n'y a donc plus que les Légions qui soient à la solde du Prince, & le seul tribut de l'Egypte, de l'Afrique & de la Sicile en nourrirait trois fois autant que l'Empire en a jamais eu ( a ). Ce n'est donc pas sur elles que doit porter I épargne ; 8c ce n'est pas de leur entretien ( b ), mais de leur rétablissement que l'Etat doit s'inquiéter. II fut un tems , où l'honneur d'y être admis étoit réservé aux Citoyens (c), & où. 1élite de la jeunesse se disputoit cet

(<j) La Sicile donnoit pour tribut aux Romains, 7.100000 boisseaux de bled, l'Egypte • 1600000 , l'Afrique 45100000. A six hommes par boisseau , il y avoit de quoi nourrir iicoooo hommes.

(b) La paie du Soldat étoit, par mois, de 400 ailes, valans 15 deniers d'argent, qui valoient un denier d'or, nummus aureus. L'asse étoit une once de cuivre , plus foible d'un sixieme que la nôtre; le denier d'argent pesoit un gros, Sc Vaureus, 140 grains.

(c) Et à ceux des Provinces qui avoient droit 'de Cité à Rome.

avantage.

avantage. Ce tems n'est plus ; il faut le ramener. Et que ne fait-on pas dès hommes avec de l'honneur & du pain!

Les hommes neTont plus les mêmes, dit l'Empereur. Rien n'est changé, dit Bélisaire, que l'opinion souveraine des mœurs ; & il ne faut que l'ame d'un seul , que son génie & son exemple, pour entraîner tous les esprits. De mille traits qui me le prouvent, en voici un que je crois digne des plus beaux jours de la République s & qui fait voir que dans tous les tems les hommes valent ce qu'on les fait valoir.

Rome étoit prise par Totila. Un de nos vaillans Capitaines , Paul, à la tête d'un petit nombre d'hommes, s'étoit échappé de la ville, & retranché sur une éminence où l'ennemi l'enveloppoit. On ne doutoit pas que la faim ne l'obligeât de se rendre; & en effet, il manquoit.de tout. Réduit à cette ex. trémité, il s'adresse à,£à Troupe : > Mes

» amis, leur dit-il, il faut mourir ou

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y> être esclaves. Vous n'hésiterez pas , » sans doute; mais ce n'est pas tout de » mourir, il faut mourir en braves gens. » II n'appartient qu'à des lâches de se » lauTer consumer par la faim, & de » sécher en attendant une mort doulou» reuse & lente. Nous qui, élevés dans » les combats, sçavons nous servir de nos » armes, cherchons un trépas glorieux: * mourons, mais non pas sans vengeante ce , mourons couverts du sang de nos » ennemis; qu'au lieu d'un sourire in» sultant notre mort leur cause des lar» mes. Que nous serviroit de nous dés» honorer pour vivre encore quelques » années, puisqu'aussi-bien dans peu il » nous faudroit mourir? La gloire peut » étendre les bornes de la vie; la nature s» ne le peut pas «.

» II dit. Le Soldat lui répond qu'il est résolu à le suivre. Ils marchent l'ennemi juge à leur contenance qu'ils viennent l'attaquer , avec le courage du désespoir; & fans les attendre, U leur fait offrir le salut & la liberté (a).

Je crois connoître, mes amis, deux cens mille hommes dans l'Empire, capables d'en faire autant, s'ils avoient un Paul à leur tête; & de ces dignes chefs vous en avez encore: la victoire vous les a nommés. Ne croyez donc pas que tout soit perdu avec de pareilles ressources. Ignorez-vous à quel point la prospérité, l'abondance , la population peuvent multiplier les forces d'un Etat? Rappellez-vous seulement ce qu'étoient autrefois, je ne dis pas les Gaules, que nous avons perdues & lâchement abandonnées (b) ; mais l'Espagne, la Gréce, l'Italie, la République de Carthage ,& tous ces Royaumes d'Asie, depuis le Nil

[a) Leonard Aretin. De Bell, Ital. Adversus Gothos. L. 4.

(i) Les Empereurs , pour délivrer Rome 9c l'Italie du joug des Goths , leur avoient cédé les plus belles Provinces de la Gaule Faâa estservitus nostra irmum securitaús alient. Sidon.' Apolli. L. 7. Ef. 7.

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