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Le lendemain le Roi des Bulgares * en prenant congé du Héros, voulut le combler de présens. C'est la dépouille de ma patrie que vous m'offrez , lui dit Bélisaire : vous rougiriez pour moi de m'en voir revêtu. II n'accepta que de quoi se nourrir lui & son guide sur la toute \ & la même escorte le remit où elle l'avoit rencontré.

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CHAPITRE IV.

3[l n'étoit plus qu'à douze milles du Château ou sa famille s'étoit retirée; mais fatigué d'une longue course , il demanda à son jeune guide s'il ne voyoit pas devant lui quelque village où se reposer. J'en vois un, lui dit celui-ci; mais il est éloigné : faites-vous y conduire. Non, dit le Héros, je l'exposerois à être pillé par ces gens-là -y 8c U renvoya son escorte.

Arrivé au village, il fut surpris d'entendre , Le voilà, c'ejl lui, cejl lui-même. Qu'est-ce ? demanda-t-il : C'est- toute une famille qui vient au devant de vous, lui répondit son conducteur. Dans ce moment un vieillard s'avance. Seigneur, dit - il à Bélisaire en l'abordant, pouvons-nous sçavoir qui vous êtes? Vous voyez bien , répondit Bélisaire, que je suis un pauvre , & non pas un Seigneur. Un pauvre, hélas ! C'est ce qui nous confond , reprit le paysan , s'il est vrai „ comme on nous l'a dit, que vous soyez Bélisaire. Mon ami, lui dit le Héros , parlez plus bas; & si ma misere vous touche , donnez - moi l'hospitalité. A peine il achevoit ces mots, qu'il se sentit embrasser les genoux ; mais il releva bien vîte le bon homme, & se fit conduire sous son humble toit.

Mes enfans, dit le paysan à ses deux filles & à son fils, tombez aux pieds de ce Héros. C'est lui qui nous a sauvés du ravage des Huns. Sans lui le toit que nous habitons auroit été réduit en cendre ; sans lui vous auriez vu votre pere égorgé 8a vos enfans menés en esclavage ;sans lui, mes filles, vous n'auriez peut-être jamais osé lever les yeux : vous lui devez plus que la vie. Respectez-le encore davantage dans l'état où vous le voyez ; & pleurez sur votre patrie,.

Bélisaire , ému jusqu'au fond de l'ame, d'entendre autour de lui cette famille reconnoissante le combler de bénédictions , ne répondoit à ces transports qu'en pressant tour à tour dans ses bras le pere & les enfans. Seigneur, lui dirent les deux femmes, recevez aussi dans votre sein ces deux innocens dont vous êtes le second pere. Nous leur rappellerons sans cesse le bonheur qu'ils auront eu de baiser leur libérateur, & de recevoir ses caresses. A ces mots, l'une & l'autre mere lui présenta son fils, le mit sur ses genoux; & ces deux enfans souriant au Héros, & lui tendant leurs foibles mains, sembloient aussi lui rendre graces. Ah! dit Bélisaire à ces bonnes gens , me trouvez - vous encore à plaindre? Et croyez-vous qu'il y ait au monde en ce moment un mortel plus heureux que moi? Mais dites-moi qui m'a fait connoîtte. Hier, lui dit le pere de famille, un jeune Seigneur nous demanda si nous n'avions pas vu passer un vieillard qu'il nous dépeignit. Nous lui répondîmes que non. Hé bien, nous dit

il, veillez à son passage , 8c dites - lui qu'un ami l'attend dans le lieu où il doit se rendre. II manque de tout -y ay ez soin , je vous prie , de pourvoir à tous ses besoins. A mon retour je reconnoîtrai ce que vous aurez fait pour lui. Nous répondimes que chacun de nous étoit occupé, ou du travail des champs-, ou des soins du ménage, & que nous n'avions pas le loisir de prendre garde aux passans. Quittez tout plutôt, nous ditil, que de manquer de rendre à ce vieillard ce que vous lui devez. C'est votre Défenseur, votre Libérateur, c'est Bélisaire enfin que je vous recommande j 8c il nous conta vos malheurs. A ce nom, qui nous est si cher, jugez de notre impatience. Mon fils a veillé tout la nuit à attendre son Général, car il a eu l'honneur de servir sous vos drapeaux quand vous avez délivré la Thrace ; mes filles, dès le point du jour, ont été sur le seuil de la porte. A la fin nous vous possédons. Disposez de nous, de nos biens:

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