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Frédéric, (se dégageant et se précipitant vers le paravent.) Il le faudra bien.

Air final de l'Amant jalout.

Gustave.
Grands dieux !
Frédéric, (ouvrant le paravent et regardant.)

Eh bien !

Je ne vois rien. Baptiste. Parbleu! il sera parti par où il était venu. (Le fauteuil est vide, et sur un des bras on aperçoit seulement le petit fichu que portait Cécile.)

ENSEMBLE.

Frédéric.
Quel est donc ce mystère ?
D'où venait ta frayeur ?

Gustave.
Ah! tâchons de lui taire
Le trouble de mon cour.

Baptiste.
Quel est donc ce mystère ?

Je tremble encor de peur.
Gustave, (à Baptiste.) Tais-toi, tais-toi.

ENSEMBLE.

Baptiste.
Quel est donc ce mystère ?
Je tremble encor de peur.

Gustave.
Ah! tâchons de lui taire
Le trouble de mon coeur.

Frédéric.
La plaisante aventure!
Dis-moi, je t'en conjure,
Qu'aviez-vous donc tous deux ?

ENSEMBLE.

Gustave.
Grands dieux! quelle aventure!
Ami, je te le jure,

Nous ignorons tous deux
Ce qui se passe dans ces lieux.

Baptiste.
Grands dieux ! quelle aventure!
D'échapper, je vous jure,

Nous sommes trop heureux! Frédéric. Allons, allons, tu as beau dire, il y a quelque chose, et ta tête... Écoute donc, jusqu'à ce jour, tu avais été trop sage, trop raisonnable : on finit par payer ça... Il ne faut d'excès en rien... Regarde-moi... Ah çå ! j'espère que

tu vas l'habiller; tu vois que je suis déjà en costume de ri. gueur... Je ne te donne que cinq minutes.

Gustave, (très-ému.) Sois sûr qu'on ne m'attendra pas... Baptiste, suis-moi... (A part.) Allons, il faut partir! (Ils sortent par la porte à gauche.)

SCÈNE VI. Frédéric, (seul, le regardant partir d'un air surpris.) Ma foi... Eh bien! en voilà un qui fera bien de ne pas se marier... Décidément il est timbré, et son effroi quand j'ai voulu approcher de ce paravent où il n'y a rien, absolument rien... (Approchant du fauteuil, et apercevant le petit fichu que portait Cécile, et qu'elle y a laissé.) Eh, mais ! si fait... cependant... Je n'avais pas vu... (Prenant le fichu, et étouffunt un éclat de rire.) C'est charmant ! (Déployant le fichu.) Je devine maintenant à quelle espèce de fantôme ce meuble peut appartenir.

Air de la Sentinelle.
Tissu charmant ! voile mystérieux,
Dont contre nous la beauté s'environne!
Gage d'amour! se peut-il, en ces lieux,
Que sans égards ainsi l'on t'abandonne?
D'un hasard tel que celui-là
Sans peine on pénétre les causes!
Ici, celle qui t'oublia,
Je le devine, avait dejà

Oublié bien d'autres choses. Mais à qui diable ça peut-il être ? La petite baronne, ou la femme du notaire! (Se reprenant.) Oh! la femme d'un notaire !... cependant ça s'est vu... Allons, je m'en vais prendre des informations... ce sera délicieux. Mais je ne sais pas ce qu'ils ont tous... Personne ne se lève donc aujourd'hui ? Eh ! voilà le beau-père.

SCÈNE VII.

Frédéric, Dormeuil, tenant par la main Cécile, qui est en

grande parure de mariée. Frédéric. Allons donc, papa, allons donc.

Dormeuil. Ce n'est pas ma faute. Il y a une demi-heure que j'entre chez Cécile; il faut lui rendre justice, elle était déjà levée : mais elle s'était endormie sur une chaise, et il a fallu nous dépêcher... Trois femmes de chambre... ; mais aussi, j'espère... Hein! comment la trouvez-vous ?

Frédéric. Ah! que vous êtes heureux d'avoir des enfants comme ceux-là ! Je ne parle pas de votre gendre; mais c'est un beau rôle que celui de père: les gants blancs, l'air respectable. J'aurais aimé à être père, moi, pour marier mes

enfants, pour leur dire : Soyez heureux ! je vous unis. “Enfin, vrai, si je n'étais pas moi, je voudrais être vous; mais on ne peut pas cumuler. Ah çà! les voitures sont-elles

prêtes ?

ça

Dormeuil. Pas encore.

Frédéric. Eh bien! qu'est-ce que vous faites donc ? vous regarde. Vous, ma chère Cécile, voulez-vous donner vos ordres pour faire servir ici le déjeuner ? (Vers le milieu de cette scène, entrent quelques domestiques qui rangent le paravent et ouvrent toutes les fenêtres. On aperçoit le jardin ; il fuit grand jour.) Moi, je cours réveiller tout le monde. J'ai tant d'affaires, que je ne sais en vérité... (A Cécile.) Ah! dites-moi donc, une aventure charmante que je vais vous conter... Non, que je vous conterai demain. Vous qui connaissez les toilettes de toutes ces dames, savez-vous à qui appartient cet élégant fichu ?

Cécile, (le regardant.) C'est à moi.
Frédéric. Comment ! c'est à vous ?

Cécile. Oui, j'én étais même en peine.' Où donc l'avez. vous trouvé ?

Frédéric, (troublé et balbutiant.) Où je l'ai trouvé ? Mais là-bas dans le salon; parce que, peut-être ne savez-vous pas... (A part.) Parbleu! Je rirais bien. Le fait est qu'il n'est pas impossible, moi surtout qui ai toujours eu du malheur.

Dormeuil. Eh bien! venez-vous ?
Frédéric. Eh! sans doute.

Air: Mon ceur à Despoir s'abandonne
Allons réveiller tout le monde,
Parcourons tout du baut en bas ;
À ma voix il faut qu'on réponde:
Un jour de noce on ne dort pas.

(A part.)
Examinons avec prudence.
Tout voir et se taire est ma loi.
Je suis époux; il faut, je pense,
Remplir les devoirs de l'emploi.

Dormeuil, Frédéric.
Allons réveiller tout le monde,
Parcourons, etc.

SCÈNE VIII. Cécile, (seule.) Je suis encore si émue, si troublée ! je l'a. vais revu... nous étions raccommodés.

* J'en étais fort inquiète.

Air : Jeannot me dėlaisse, (de Jeannot et Colin.)

Oui, je croyais l'entendre,
Ainsi qu'en nos beaux jours,
Lorsque sa voix si tendre
Jurait d'aimer toujours.
Tout n'était qne mensonge :
Amour, constante ardeur,
Vous n'existez qu'en songe,
Hélas ! et dans mon caur.

Même air.
Et pourtant tout s'apprête
Pour un lien si doux;
Quel bonheur! quelle fête !
C'est ce qu'ils disent tons.
Chacun vante les charmes
De cet hymen flatteur.
Allons, séchons nos larmes
Le jour de mon bonheur.

SCÈNE IX. Cécile, Gustave, sortant de l'appartement à gauche. Gustave. C'est elle. (Cécile le salue froidement.) Ah! quelle différence ! Mais non, c'est un secret que j'ai surpris et qui ne m'appartient pas. (Haut.) Hier, madame, je croyais avoir l'honneur d'assister...; mais des événements inattendus...

Cécile. Vous serait-il arrivé quelque chose ? Quel changement dans vos traits !

Gustave. Non, non, je vous remercie; ce n'est rien, j'ai peu

dormi. Cécile, (à part.) Et moi !

Gustave. En vain je voulais vous éloigner, vous bannir de ma pensée. Partout je vous retrouvais, partout vous étiez avec moi... cette nuit même. Cécile, (troublée.) Cette nuit !

Gustave.
Air: Il reviendra, (de Romagnesi.)
J'ai cru vous voir... oui, c'était celle
À qui je devais être uni :

Au bal j'étais placé près d'elle.
Cécile, cherchant à rappeler ses idées.
Mon rêve commençait ainsi.

Gustave.
Ce que j'éprouvais, je l'ignore;

Pourtant je croi,
Que, malgré moi, j'aimais encore.

Cécile, (à part.)

C'est comme moi. Gustave. Il semblait que vous m'aviez pardonné; car vous saviez la vérité : vous saviez que jamais mademoiselle de Fierville...

Cécile. Comme dans mon rève!

Gustave. Et que c'est vous, Cécile, vous seule que j'ai toujours aimée, (presque hors de lui,) et que j'aime encore !

Cécile. Comme dans mon rêve !... (Tendrement.) Gustave!...

Gustave. Adieu! adieu! je sens, après un tel aveu, que je dois vous fuir pour jamais; mais je conserverai toujours votre image et cet anneau que vous m'avez rendu.

Cécile, (cherchant à son doigt.) Que voulez-vous dire ?

Gustave. Ah! ne cherchez point à savoir comment il est revenu entre mes mains; vous ne pouviez plus le garder, et moi il ne me quittera de la vie !

Gustave.
Air: Dormez donc, mes chères amours.
Pour jamais, il me faut vous fuir!

Cécile.
Dieux! qu'entends-je ! et quel souvenir !

Gustave.
En silence, il faut vous chérir.

Cécile.
À ma mémoire fidèle
Quels instants cette voix rappelle !

Gustave.
Adieu donc, adieu pour toujours !
Adieu donc, mes seules amours!

Ensemble.
Oui, mon caur gardera toujours
Le souvenir de nos amours;

Toujours, toujours,
Le souvenir de nos amours.

SCÈNE X. Cécile, (seule.) Il s'éloigne ! il me quitte! Gustave !... Je ne le reverrai plus! (Elle tombe sur le fauteuil qui est placé à gauche du spectateur et sur le devant de la scène.)

SCÈNE XI.

Cécile, Frédéric, Gustave, Baptiste, portant une valise; Dor.

meuil, qui entre un instant après. Ils sont tous dans le fond.

Frédéric, (tenant Gustave par le bras.) Comment, morbleu! qu'est-ce que ça signifie ? tu t'en allais ?

Gustave. Non, mon ami... non... certainement.

Frédéric. Et ces chevaux de poste que j'ai vus attelés ? Je t'en préviens, je ne te perds pas de vue.

Cécile, (à demi-voix.) Gustave! Gustave !...

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