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Il me déplait dans sa partie théorique.... Il me déplait bien davantage encore dans sa partie pratique... Il me déplaît, voilà la véritable origine du mépris professé par tant d'hommes à l'égard du christianisme. Rendez au sens sa rectitude, au goût sa pureté, et le christianisme sera l'objet d'un amour universel....

>> Tant que l'homme n'est que chair, et ne travaille qu'à satisfaire la chair et les sens.... n'espérez pas que la vérité du christianisme l'éclaire , que sa beauté l'attire, que sa nécessité le subjugue et le gagne ! »

Heureux donc celui qui étudie la religion avec un cœur pur et des intentions droites!

B. G.

INTRODUCTION AUX ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES, PAR MGR AUDIsio,

Ex-président de l'Académie royale de Soperga, professeur au collège de la Sapience à Rome. Ouvrage traduit de l'italien. Tournai 1856 chez Casterman et fils; 2 vol. in-12 brochés en 1, de XII-328-244 p. Prix 2 frs. 50 c.

En annonçant cet ouvrage, parmi les nouvelles littéraires de notre dernière livraison, nous avons dit qu'il se divisoit en 6 livres, où l'auteur traite successivement des lettres et de l'éloquence sacrée, de la philosophie, de la théologie, du droit canon, de l'histoire de l'Eglise, de la patrologie et du gouvernement civil. Nous allons analyser les deux premiers livres, et nous croyons devoir, aujourd'hui, nous borner à ces matières, qui occupent plus de la moitié du premier volume.

Nous sommes heureux de trouver en M. Audisio une sagesse et une tempérance de langage qui ne sont pas communes aujourd'hui. Il commence par déclarer dans sa préface, qu'il n'est ni trop attaché aux vieilles traditions, ni trop engoué des nouveautés. «Mais, ajoutet-il, fils légitimes de nos pères (et plût à Dieu que nous le fussions parfaitement!), nous nous efforcerons de ne rien proposer en fait d'innovation qu'ils n'admissent et ne consacrassent eux-mêmes par leur exemple, s'ils pouvoient revivre au milieu de nous. » Nous ap prouvons pleinement tout ce qu'il dit de l'importance des lettres et des langues. « L'étude des classiques profanes, se demande-t-il, estelle utile à l'éducation cléricale?» ll repond: « Cette question a été résolue affirmativement par les saints Pères et les docteurs ecclésiastiques, et spécialement par ceux qui ont résisté si énergiquement à l'empereur Julien, lorsque ce prince impie voulut leur en interdire l'usage; elle a encore été résolue en ce sens par la pratique constante et universelle des écoles catholiques. Pour ma part, je la crois non-seulement utile, mais même nécessaire... J'avoue que la précision du langage catholique ne pourra jamais s'emprunter aux auteurs du paganisme; ils n'en avoient point les idées, ils ne peuvent donc avoir les expressions; cependant on pourra leur emprunter l'art et

Thabitude d'un langage clair et pur, que l'on fera servir à exprimer les idées du christianisme. »

Mgr. Audisio ne craint pas de dire que les lettres anciennes sont plus propres que les sciences exactes à ouvrir l'intelligence. « Il y a dans les classiques des Grecs et des Latins, dit-il, ces deux peuples si distingués par le don d'une parole franche et vive, il y a une vertu puissante, qui met les idées comme en relief, qui ouvre les intelligences, anime, dirige et aiguise l'esprit peut-être plus efficacement, sous certains rapports, que les mathematiques elles-mêmes. En effet, la géométrie et le calcul doivent certainement aiguiser l'esprit, le familiariser avec ces lignes qui sont comme les os sur lesquels doivent s'etendre les chairs et les couleurs du discours. Mais la langue grecque et la langue latine, par leur efficacité toute particulière, découvrent la nature même des choses, et en expriment les couleurs; elles parlent à la raison, à l'imagination, à la sensibilité et au cœur. »

Mgr. Audisio, tout italien qu'il est, préfère Démosthène à Cicéron. L'eloquence, dit-il, du plus grand orateur de la Grèce, de Démosthène, qui a surpassé les plus illustres orateurs des siècles postérieurs, l'a emporte, sinon dans les compositions académiques, certainement dans les discours qui concernent l'administration et le gouvernement de la république, sur l'éloquence de Cicéron, le plus grand orateur que Rome ait produit. Une allure plus simple et plus dégagée, une inspiration plus énergique, qui ont servi de modèles à toutes les nations, démontrent bien que l'on doit préférer à la marche, au genre de Cicéron, le genre de Démosthène, plus pratique, plus naturel, plus universel. »

Il faut se retremper aux sources de l'antiquité et se séparer, à cet égard, des temps modernes. Cette observation s'applique surtout aux jeunes gens qui se destinent au sacerdoce. " Qu'est devenu, dit l'auteur, l'homme de nos jours? A part quelques fervents disciples de l'Evangile, à part quelques exceptions qui honorent la nature humaine, l'homme moderne généralement, comparé à l'homme de l'antiquité, n'est plus qu'une espèce de fashionable et d'efféminé, en présence d'un homme dont la main vigoureuse brandit une hache, et dont la physionomie mâle et sévère respire la grandeur et commande le respect. Voulez-vous la raison de cette différence ? C'est que les anciens, plus accoutumés à faire qu'à parler, savoient donner une éducation forte, généreuse et pratique, bien différente de l'éducation que donnent les hommes de nos jours, plus prompts, plus habiles en paroles qu'en actions. Et quelle peut être sur eux l'influence de cette religion qui divinise l'homme et enfante les héros? La plupart en ignorent mème le catechisme; pour les autres, elle n'est qu'une espèce d'abstraction métaphysique, au lieu d'être un sentiment vif et magnanime du cœur. Or, ce n'est point dans le ciel, mais sur la terre, mais dans cette génération actuelle, que doivent nécessairement être choisis les ministres du culte. C'est en proposant ces modèles sublimes de vertus privées et publiques, si nombreux dans les écrits de ces deux grands peuples (les Grecs et les Romains), que nous commenceronsà déposer, dans ces jeunes âmes, les semences vitales d'une forte nature, pour les developper ensuite elles diviniser sous l'influence surnaturelle de la religion.

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Mgr. Audisio ose même proposer l'étude des classiques à la jeunesse chrétienne comme une école de vertus; ce qui doit singulièrement scandaliser l'auteur du Ver rongeur et ses amis. Après avoir rappelé les exemples de ces illustres consuls et dictateurs, qui passoient de la charrue à la chaire curule, après avoir cité les Curius, les Fabricius, les Aristide, les Valérius Publicola, les Menénius Agrippa, les Scipion, il ajoute: « C'est ainsi que les jeunes gens trouveront des préceptes et des modèles de toutes les autres vertus. Ne sont-elles pas bien morales et bien catholiques ces paroles de Scipion à Masinissa: «De toutes les vertus, la continence est la plus » admirable, et les jeunes gens ont moins à redouter les armes des » ennemis que les illusions des plaisirs ; il y a plus de gloire à y résis» ter que je n'en ai recueilli par mes victoires contre Syphax?

Mais quel besoin la jeunesse de nos colléges et de nos petits séminaires a-t-elle des exemples des payens, elle qui puise sa morale dans l'Evangile et qui a sous les yeux les saints personnages de l'ancienne et de la nouvelle loi? Mgr. Audisio répond ainsi à cette objection:

«Peut-être me suis-je trop étendu sur ce point; mais enfin, on m'excusera si l'on réfléchit qu'il faut aider au développement des facultés naturelles, par tous les moyens possibles. Avec ces exemples, les jeunes gens feront revivre l'esprit de leurs ancêtres. Ils rougiront de se voir, eux chrétiens, inférieurs en vertus aux payens. Ils apprendront à détester cette noblesse efféminée, les fadaises et les mignardises de tant d'hommes de nos jours, qui cependant osent, malgré tout, se croire et s'estimer des Hercules. Quand leur âme sera habituée à respirer cet air pur, quand ils se seront sentis émus de bonheur, en contemplant ces figures colossales et grandioses, alors ils aspireront à leur ressembler par les actes. Si l'on commençoit à leur proposer l'exemple des saints, ils ne tarderoient pas à vous répondre: « Oui, mais c'étoient des Saints! » Mettez-leur devant les yeux l'exemple des payens : ce sera là un argument à fortiori, auquel ils ne pourront résister, »

Traitant ensuite de la nécessité de remettre en honneur l'étude des classiques italiens, il demande pourquoi, au seizième siècle, la littérature italienne prit-elle un si noble essor? Parce que, alors plus que jamais, dit-il, florissoit en Italie l'étude du grec et du latin; et la connoissance que les jeunes gens, au prix de grands efforts, avoient acquise de ces langues synthétiques et difficiles, aiguisoit les esprits, les fortifioit, les agrandissoit, et leur donnoit l'art des transitions naturelles, cette justesse de raisonnement, cette force et cette sûreté de jugement, cette vigueur de pinceau, ce goût exquis de la belle élégance, que l'on retrouvoit jusque dans les compositions des écrivains les moins distingués. »

Mgr Audisio voudroit voir revivre l'usage du latin dans l'enseignement et dans les compositions destinées à la publication. « Un moyen, dit-il, de former le bon goût dans les jeunes gens, et de les accoutumer à sentir et à rendre les beautés des classiques, c'est l'usage qui régnoit dans les cours publics autrefois, d'enseigner quelques sciences en latin, et d'obliger les étudiants à parler et à écrire

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en latin, de se servir de cette langue ( moyen universel de communication entre tous ceux qui cultivent la science) dans les disputes et dans les conférences ecclésiastiques. Cette nécessité portoit les plus ingénieux, les plus zélés, à étudier profondément les classiques, à les approfondir, à se les approprier. Car on ne peut se flatter de posséder une langue, que lorsqu'on est capable d'exprimer dans cette langue ses propres pensées d'une manière pure et élégante. Mgr. Audisio conclut en se justifiant d'avoir donné un assez grand développement à ces observations.« Si l'on considère, dit-il, la puissance de la parole dans chaque partie du ministère sacerdotal, le tort immense que le défaut d'une parole noble et cultivée, a fait, avant la réforme de Luther, à la discipline ecclésiastique, l'exemple des saints Pères, l'état actuel des esprits, et surtout l'obligation qui incombe au clergé de multiplier ses efforts pour conserver la suprématie et la prééminence dans le domaine des lettres et des sciences. si l'on considère toutes ces raisons, nous sommes persuadé que l'on ne nous fera point un reproche de nous être étendu longuement sur les points qui ont fait la matière des chapitres précédents. Et, pour en venir au point de vue d'utilité pratique, nous voudrions que nonseulement l'on remit en honneur l'étude des classiques dans l'enseignement secondaire, mais même qu'on tint un compte plus sérieux de l'élocution et du style dans les examens et dans les concours de theologie. Car nous sommes persuadé, comme d'une vérité incontestable, que celui-là pense bien qui parle bien, et qu'il est impossible d'avoir le cerveau mal tourné quand on a la langue bien exercée. » Finalement, le respectable auteur veut que l'étude du grec et celle du latin marchent de pair dans toutes les classes. Nos ancêtres, dit-il, que nous nous vantons si souvent d'avoir surpassés, faisoient marcher de pair le grec et le latin jusqu'à la rhétorique. Ce qu'ils ont fait, nous pouvons le faire: à moins qu'on n'admette qu'il y a, dans notre siècle de progrès, décadence dans les facultés intellectuelles. Si, après avoir appris le grec jusqu'à la rhétorique, dans les séminaires les plus importants, on unissoit à la philosophie l'étude de la langue hébraïque, on arriveroit en théologie avec ces deux clefs, qui font trop généralement défaut aux élèves. La jeunesse, ainsi préparée, seroit une mine féconde; le maître n'auroit plus qu'à en extraire l'or pur, caché en abondance dans ses veines. Cet age, où la mémoire peut tout sans un grand jugement, ne sauroit être mieux employé qu'à l'étude des langues savantes: elles sont les clefs de la science; elles sont éminemment utiles, quand même elles ne feroient que nous mettre sur la voie des étymologies. Au contraire, si l'on en prive la jeunesse, plus tard la fatigue ou des études plus importantes, d'une nécessité plus immédiate. en priveront toujours l'âge mûr,au grand détriment de la science et de la religion. »

Nous nous sommes nous-mêmes, comme on le voit, un peu étendus dans cette analyse, en laissant constamment parler l'auteur. Les passages que nous avons cités, nous ont semblé propres à maintenir les saines traditions et à dissiper les erreurs que des hommes exagérés se sont efforcés, depuis quelques années, de propager sur cette matière. Mgr Audisio ne pouvoit manquer de se montrer également sage

en traitant de la philosophie. Le bon sens lui sert de guide partout, et son esprit modéré le préserve généralement des excès. Ce qui nous a semblé manquer dans cette importante partie du livre, c'est l'unité, c'est une doctrine clairement énoncée. L'auteur parcourt les divers systèmes, il les examine brièvement, il les juge, sans dire ce qu'il faudroit mettre à la place. Cet examen d'ailleurs est loin d'être complet. Presque tout ce travail est consacré à la philosophie italienne; il est vrai que tout le livre semble spécialement destiné à I'Italie. L'école française, l'école allemande y tient très-peu de place; l'école anglaise et l'école écossaise encore moins; l'école espagnole y manque entièrement. Disons en passant que le traducteur auroit peut-être bien fait de chercher à combler cette lacune; car l'ouvrage, devenant français, devoit naturellement réunir ce qu'un livre de ce genre nous auroit présenté, si l'auteur s'étoit principalement adressé au clergé français.

Mgr Audisio commence par Descartes; et quoiqu'il le juge assez sévèrement, il s'abstient cependant de la plupart des reproches que lui fait certaine classe d'écrivains aujourd'hui. C'est sur le compte des disciples de Descartes, des cartésiens, qu'il met les doctrines hétérodoxes qui découlent de sa méthode. « Après avoir ainsi déclaré ma pensée, dit-il, qui ne flatte ni n'inculpe entièrement Descartes, à la vue des nombreuses erreurs que les cartésiens ont introduites dans ce sujet, je pense que c'est aux disciples. et non au maître, que doivent s'adresser les critiques que l'on a faites ou que l'on pourroit faire encore. »

pas la

De Descartes, Mgr Audisio passe sans transition à l'état de la philosophie en Allemagne; c'est un aperçu tout-à-fait insignifiant. Il revient alors à l'état de la philosophie rationnelle en France; et, outre que ce tableau est également défectueux, on ne voit raison de cette marche. Immédiatement après, il s'occupe de la philosophie italienne, en commençant par celle du quinzième et du seizièma siècle, où il rencontre Jérôme Cardano, Pomponaccio, Bernardino Telesio, Patrizi, Jordano Bruno et Thomas Campanella. Il expose avec quelque détail la philosophie du napolitain Vico (Science nouvelle), qui vécut de 1670 à 1744. « La première vérité qu'il convertit en fait, dit-il, c'est l'étre, c'est-a-dire Dieu, qui étant la vraie intelligence et la première cause, est en même temps le principe des choses et des connoissances. » Il montre ensuite les tendances et les caractères de la philosophie actuelle en Italie. Le premier auteur qu'il analyse ici, c'est Pascal Galluppi, qui a considéré dans toute son étendue le grand problème de l'origine et de la nature de nos connoissances, et formulé sa théorie dans les termes suivants : « Le principe fondamental de la philosophie ex» périmentale est qu'on ne doit point admettre d'autres existences » que celles qui nous sont attestées par l'expérience, ou qui dé» coulent des premières, en vertu du principe d'identité. D'après » cette philosophie, on commence par voir et non par croire ; » et l'on ne croit que parce qu'on voit. »

Après avoir fait l'éloge de cette philosophie, Mgr Audisio arrive à « Ce génie procelle de l'abbé Rosmini qu'il loue encore davantage.

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