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mátin il entra dans Kussnacht od il fit prisonnier le landammann ainsi que d'autres magistrats de l'endroit qu'il envoya garrottés et sous forte escorte à Schwytz. D'autres excès furent commis par ses soldats contre les propriétés.

La nouvelle de ces attentats parvint le lendemain à la diète de Zurich. Le plus grand nombre des députés déclara surle-champ qu'il fallait saisir cette occasion pour recouvrer là confiance du peuple: il fallait prouver que la diète savait faire respecter la justice et les résolutions par elle adoptées. L'envahissement de Kussnacht, considéré comme partie intégrante de Schwytz extérieur dont la Diete avait reconnu l'indépendance, était à leurs yeux un acte brutal d'hostilité envers la paix publique, et sans doute l'avant-coureur de projets plus vastes. Ils demandaient une décision énergique et prompte. En conséquence, tous les cantons , excepté ceux qui formaient la ligue de Sarnen, eurent ordre de mettre dès à présent sur pied ou à la disposition de la diète tout ou partie de leurs contingens. Le výrort fut invité à diriger sur Kussnacht et sur les districts 'extérieurs de Schwytz, un corps de 5 à 6,000 hommes de troupes fédérales. Les gouvernemens cantonnaux s'empressèrent de répondre à l'appel de la diète. Partout les contingens s'organisèrent avec rapidité, avec enthousiasme. Dès le 4 août; Kussnacht 'évacué sans résistance par le colonel Abyberg, était au pouvoir des forces envoyées au nom de la Confédération. Cette occupation militaire fut bientôt après étendue à tout le canton de Schwytz.

Presque au même moment la paix publique avait été troublée, d'une manière non moins subite et plus grave encore, dans le canton de Bâle.

Nous avons déjà raconté les longs démêlés de Bâle-ville et de Bâle-campagne (voy. les Annuaires de 1831 et de 1832). Les torts, comme il arrive dans toute discussion de ce genre, avec des baïonnettes pour argumens, avaient été mutuels. Toutefois Bâle-campagne était dans son droit en prenant le parti de se constituer et de s'administrer séparément, les

conditions d'union que la ville lui offrait ne lui ayant pas semblé équitables. Mais où expirait ce droit, c'est lorsque par des intrigues, des tracasseries , et même des agressions violentes, elle cherchait à rattacher de foree à sa cause les communes rurales qui voulaient rester fidèles à la ville. Enfin, après une dernière attaque, celles-ci demandèrent du secours à Bàle, et une expédition, dans le bụt de replacer toute la campagne sous le joug de la ville, fut décidée à la veille du jour où allait s'ouvrir à Zurich une conférence de conciliation que les Bàlois avaient eux-mêmes acceptée.

Le 3 août, une troupe de 1,200 hommes environ, ayant 8 pièces d'artillerie, se mit en marche contre Liestall, cheflieu de Bàle-campagne, qu'elle croyait surprendre sans défense. Mais les campagnards, prévenus à temps, s'étaient mis en mesure. Arrivés à Prattelen, les assaillans commencèrent à éprouver de la résistance. Toutefois ils entrèrent dans ce village, où ils commirent divers excès et incendièrent plusieurs bâtimens.

Pendant cette scène déplorable, une colonne de 3 à 400 hommes de Båle se dirigeait sur l'Erli, colline peu éloignée du village. A son approche, elle fut accueillie par une grêle de balles. Après un combat acharné, les soldats bâlois parvinrent à s'emparer du sommet de la colline. Leur dessein était de tourner une redoute flanquée de palissades et garnje de canons, que les campagnards avaient constrụite sur la grande route, tandis que le reste des forces bâloises se porterait d'un autre côté sur Liestall. Mais à peine ces dernières troupes étaient-elles en vue de la redoute, qu'une batterie placée sur une éminence à gauche, et protégée par un nombreux détachement d'infanterie, ouvrit un feu violent qui contraignit les Bâlois de s'arrêter, et jeta le désordre dans leurs rangs.

Cependant le combat continuait sur l'Erli et devenait funeste aux campagnards. Ils reculèrent pour occuper une position plus forte. Ils y furent attaqués par les Bâlois, et la

mêlée devint terrible. Enfin les campagnards, furieux de la mort de quelques uns des leurs , se précipitèrent sur les Bålois et les repoussèrent après une vigoureuse résistance.

Dans sa retraite, la colonne bâloise se dirigea sur Prattelen

elle vint se réunir au principal corps. Les campagnards fondirent avec une nouvelle impétuosité sur l'ennemi, qui prit la fuite à travers les vignes, en cherchant à regagner la grande route. Alors le carnage fut affreux. Des détachemens de carabiniers et d'infanterie, en embuscade des deux côtés de la route, attaquèrent en flanc les Bâlois vivement poursuivis par d'autres troupes de la campagne. Au milieu de ce feu croisé ils eurent cruellement à souffrir. Les campagnards ne firent aucun quartier ; ils achevaient à coup de crosse et de baionnette les blessés qu'ils rencontraient. A deux heures après midi, les Bâlois rentrèrent dans la ville, ayant eu 200 hommes à peu près tués ou blessés.

La coïncidence de cette tentative de Bâle-ville avec celle de Schwytz intérieur, lui donnait l'apparence d'une ramification d'un même complot, et cette apparence ne pouvait qu'engager la diète à persister dans la voie des mesures énergiques et promptes. Elle décréta

que

le canton de Bâle, ville et campagne, serait aussi occupé par des troupes fédérales, et Ja garnison soldée de la ville de Bâle désarmée et licenciée. La diète fit plus encore: une lutte qu'elle n'avait point appelée avait tourné tout à son avantage ; le moment était donc favorable pour pousser sa victoire jusqu'au bout , en faisant disparaitre le schisme fédéral qui affligeait la Suisse. Les seize cantons réunis à Zurich (non compris Båle-campagne et Schwytz extérieur), avaient oublié toute divergence d'opinion et de position devant le danger commun: Des sacrifices mutuels avaient été faits , et il en était résulté une unanimité imposante qui devait déconcerter bien des plans et des intrigues. Tout cela fit que le crédit et l'autorité revinrent à la diète dans la même proportion que les événeinens avaient affaibli l'audace et la confiance du parti sarnien.

Les députés formant la conférence de Schwytz quittèrent cette ville à l'approche des troupes fédérales et protestèrent contre les mesures prises par la diète à l'égard des cantons de Schwytzet de Bâle. A cette protestation, la diète de Zurich répondit par un coup décisif. Le 12 août, elle prononça

Ja dissolution de la conférence de Sarnen , et somma tous les états absens de se faire représenter à Zurich, aux termes de l'article 8 du pacte fédéral de 1815.

Les affaires de Bâle demandaient aussi une résolution décisive. Un nouveau décret, rendu le 17, portait'que ce canton formerait, comme jusqu'à présent, un seul corps dans ses relations avec la Confédération, mais qu'il serait divisé, quant à son administration, en deux parties, sous la réserve d'une réunion volontaire, savoir : la ville de Bâle et les trois communes sur la rive droite du Rhin, et tout le reste du territoire bâlois avec la désignation de Bâle-campagne (1). Les deux parties seraient représentées en diète , sur la base de l'égalité des droits. La préséance s'exercerait alternativement. La diète invita en outre Bâle-ville à refaire sa constitution, d'après les principes de l'égalité politique.

(1) Le canton de Båle-campagne, dans la nouvelle circonscription qui lui a été donnée par la diète, a une surface d'environ 40 lieues carrées de France, et une population de trente-deux mille âmes. Sa frontière occidentale est contiguë, sur une étendue de six à sept lieues, au département français du Haut-Rhin. Les districts voisins de la France sont catholiques. Ils ont fourni plusieurs militaires distingués à la France , lorsqa'ils étaient réunis à cet état, comme partie de l'arrondissement de Porentruy.

L'allemand est la seule langue parlée dans le nouveau canton. Liestall, son chef-lieu, est une jolie ville de 4,000 habitans, avantageusement située. Waldenbourg, petite ville enceinte d'un mur, et Sissach, bourg assez opulent , sont après Liestall, les endroits les plus importans du pays..

Bale campagne occupe exactement le territoire possédé par les Rauraques, au temps de Jules-César et d'Auguste. Le beau village d'Augst, báti sur l'emplacement de l'ancienne Augusta Rauracorum, présente de précieux restes d'antiquités romaines.

A Schwytz , où du moins le sang des eitoyens n'avait pas coulé, dans le cours de ces dissensions intestines, comme à Bâle, il y avait un espoir fondé de conciliation et de réunion entre les districts extérieurs et intérieurs. La diète ordonna que tous les moyens seraient pris pour arriver à ce but si désirable: une conférence des députés de tous les districts s'assembla pour s'entendre sur les bases d'une constitution en harmonie avec l'esprit de l'époque, et tout permit, dès l'abord, de prédire une heureuseissue à ces projets d'accommodement,

Les cantons de Schwytz, d'Uri et d'Unterwald, se soumirent sans résistance , sinon sans regrets, au décret de la dière concernant la dissolution de la ligue de Sarnen et l'envoi des députés à Zurich. Bàle-ville, quoiqu'elle eût montré d'abord quelque répugnance à reconnaître toutes les mesures adoptées précédemment par la diète , finit aussi par céder sur tous les points. Mais c'était maintenant du côté des vainqueurs que venait l'obstacle à la concorde et à l'arrangement de la que relle. Il ne suffisait pas aizx clubs qui couvraient la Suisse, que la ligue de Sarnen eût cessé d'être et que tous les états fussent représentés à la diète; il fallait encore que l'arrestation des fauteurs de la guerre civile, et notamment du colonel Abyberg, fût ordonnée; il fallait qu'ils fussent jugés par un 'conseil de guerre national, et que les membres de la conférence de Sarnen fussent exclus pour toujours de la diète. Voilà les voeux qui retentissaient dans les assemblées populaires, avec d'autant plus de force que les députés récemment envoyés à Zurich par Bàle-ville et Schwytz intérieur avaient figuré à Sarnen. Ces væux eurent pour organe, dans la diète, M. Schnell, l'un des représentans de Berne. Convaincu que la conférence de Sarnen n'avait rien moins en -vue que la "chute de l'autorité suprême fédérale, l'anéantissement des constitutions des cantons régénérés , et le rétablissement des priviléges abolis, il donna sa démission, pour ne pas siéger avec d'anciens membres de la conférence dissoute. Néanmoins la diète refusa d'entrer dans ces idées de vengeance et de

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